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Une connaissance parfaite et un droit originel La possession de la connaissance universelle, parfaite puisque agissant sur les êtres et les choses, ou du moins sa reconquête depuis le Chute, constitue pour Louis-Claude de Saint-Martin une finalité légitime, puisque « l'âme de l'homme est faite pour embrasser dans sa pensée toutes les œuvres que le principe des choses a laissé sortir hors de son sein [1]. » Par ailleurs, tout désir se fonde, dans l'optique saint-martinienne, non pas tant sur un manque que sur une privation, ce que traduit cet adage sur lequel le Philosophe inconnu étaiera sa démonstration dans l'Esprit des choses : « On n'a point de désir pour une chose dont on n'a point de connaissance [2]. » Aussi l'homme qui soupire après une vraie connaissance qui sustente son être exprime-t-il la nostalgie d'une jouissance perdue qui était son droit originel. Cette connaissance, il la recevait tout entière contenue dans les dix feuilles du Livre de l'homme, qu'il savait alors déchiffrer. Les dix feuilles du Livre de l'homme Saint-Martin décrit ce Livre au chapitre IV de son premier ouvrage, Des erreurs et de la vérité (1775) [3]. « Au nombre des dons que l'homme avait reçus avec la naissance », il fait partie des attributs du mineur spirituel. Il contient « toutes les lumières et toutes les sciences de ce qui a été, de ce qui est et de ce qui sera » [4]. Il s'agit donc d'une connaissance universelle, prenant en compte aussi bien l'immuable que le temporel, la manifestation que le principe. Postérieur à la prévarication des premiers esprits pervers qui amena Dieu à créer un monde physique soumis à la matière et au temps, et à émaner le mineur spirituel pour contenir les esprits prévaricateurs, le Livre de l'homme déroule l'histoire des mondes : du passage de l'éternelle nature à une nature où « tout est morcelé et mixte [5] », à la nécessaire réintégration dans l'unité divine. Le Livre de l'homme est constitué de dix feuilles. Chacune contient une connaissance particulière qui lui est propre, bien que toutes soient liées, à tel point « qu'il est impossible d'en posséder une parfaitement, sans être parvenu à les connaître toutes » [6]. Si la première traite de l'Unité, du principe universel et indivisible de tout être, spirituel ou temporel, des lois immuables et éternelles, la deuxième rend compte de la confusion occasionnée par la prévarication, de la division qui s'ensuivit au sein de l'Unité, et de l'ordre mixte qui fut alors temporairement instauré. La troisième feuille étudie la base des corps formés de trois essences spiritueuses, le sel, le soufre et le mercure, dont la production dépend d'êtres immatériels ayant reçu la faculté d'action, mais non point celles de pensée et de volonté. Trois est leur nombre. La quatrième feuille contient quant à elle le nombre des êtres immatériels pensants dont fait partie le mineur spirituel, et par conséquent sa mesure et son poids, et « tout ce qui est actif ». Elle englobe aussi « le principe de toutes les langues, soit temporelles, soit hors du temps », et les préceptes de la religion et du culte que l'homme doit rendre à Dieu [7]. Quatre est le nombre de la manifestation divine, et par conséquent le nombre de l'homme, en tant qu'il a été émané de la divinité, puis émancipé pour lui servir de signe et de ministre au sein de l'univers ; comme le proclame Saint-Martin en conclusion d'Ecce Homo : « Ecce Homo, voilà l'homme, […] voilà le signe et le témoin du principe éternel des êtres, voilà la manifestation vivante de l'universel axiome [8]. » L'âme spirituelle de l'homme est donc quaternaire ». Quaternaire par essence, le mineur spirituel l'est aussi par son action qui s'étend aux quatre mondes, « en molestant ses ennemis [exilés dans les mondes céleste et terrestre], en commandant à ses sujets [vivant dans le monde céleste], en frayant avec ses pareils [dans le monde surcéleste] et en adorant Dieu [retiré dans l'immensité divine] » [9]. La cinquième feuille retrace l'histoire et les conséquences de la prévarication des êtres pervers. Le mineur spirituel commit la faute de l'étudier pour son propre compte et de céder à la fascination qu'exerça sur lui la matière.
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