« Si l’homme s’était conservé dans la pureté de sa première origine, l’initiation n’aurait jamais eu lieu pour lui […]. »
Extrait de l’Instruction aux Grands Profès (Régime écossais rectifié) :
« Si l’homme s’était conservé dans la pureté de sa première origine, l’initiation n’aurait jamais eu lieu pour lui, et la vérité s’offrirait encore sans voile à ses regards, puisqu’il était né pour la contempler, et pour lui rendre un continuel hommage. Mais depuis qu’il est malheureusement descendu dans une région opposée à la lumière, c’est la vérité elle-même, qui l’a assujetti au travail de l’initiation, en se refusant à ses recherches.
Il suffit pour s’en convaincre de jeter les yeux sur l’homme, d’abord après sa naissance, lorsqu’il commence à jouir de la lumière sensible ; à cette époque ses progrès sont lents et douloureux ; les années s’écoulent, et à peine a-t-il une idée superficielle des objets, qui frappent ses sens ; c’est par une étude pénible et assidue, qu’il apprend à les connaître. Arrivé à l’âge où il doit écarter lui-même les ténèbres, qui arrêtent ses pas, sa marche est incertaine ; les illusions des sens et de l’habitude le séduisent au point qu’il ne peut plus démêler la vérité d’avec l’erreur, et s’il parvient à découvrir quelques traits de lumière, ce n’est qu’en dégageant avec effort son intelligence de tout ce qui lui est étranger.
Cette première initiation, fondée sur la dégradation de l’homme, et ; exigée par la nature même, fut le modèle et la règle de celle qu’établirent les anciens Sages. La science dont ils étaient dépositaires étant d’un ordre bien supérieur aux connaissances naturelles, ils ne purent la dévoiler à l’homme profane, qu’après l’avoir affermi dans la voie de l’Intelligence et de la vertu. C’est dans ce dessein, qu’ils assujettirent leurs disciples à des épreuves rigoureuses, et qu’ils s’assurèrent de leur constance et de leur amour pour la vérité en n’offrant à leur intelligence que des hiéroglyphes ou des emblèmes, difficiles à pénétrer. Voilà ce qu’on voulut vous figurer, mon Cher Frère dans les grades de la maçonnerie par les travaux allégoriques, qu’on exigea de vous.
Si vous doutiez de la haute destinée de l’homme et de sa dégradation, qui est l’unique fondement de toute initiation naturelle, humaine ou religieuse, il vous serait difficile d’entrer dans la carrière, que vous vous proposez de parcourir, puisque vous admettriez alors, que l’homme sensible et animal, est ce qu’il doit être ; et dans cette supposition, quel rapport pourrait-il y avoir entre lui et la vérité ? Il est vrai que parmi les philosophes il s’en trouve un grand nombre, qui ont adopté cette erreur pernicieuse, n’ayant considéré dans l’homme que sa nature matérielle. En effet si l’on ne voit en lui, que des facultés sensibles, il faut bien convenir, que sa véritable place est parmi les êtres sensibles, et qu’il doit être abandonné, comme les autres animaux aux ténèbres des sens et de la matière.
Mais quoique les philosophes ne connussent point les droits de l’homme originel, ils auraient sans doute avoué l’excellence de sa nature, si après avoir aperçu les bornes de ses facultés sensibles, ils eussent observé de même l’étendue de ses facultés intellectuelles. Ce contraste étonnant leur aurait prouvé la grandeur de son origine et sa dégradation. Car l’homme est essentiellement doué d’une action spirituelle qui par sa nature n’a point de bornes, mais cette activité puissante, est tellement resserrée et contenue, qu’elle est presque toujours sans effet. L’insuffisance des organes par lesquels il doit nécessairement la manifester ne lui permet jamais de l’exercer dans toute l’étendue de sa volonté, ni d’atteindre le but qu’il se propose. Cependant malgré les obstacles qui arrêtent à tout instant ses efforts il est si intimement convaincu de sa supériorité naturelle qu’il tend sans cesse à soumettre à son action, tous les êtres qui l’environnent.
Il est aussi doué d’une intelligence sans borne, aucune connaissance ne surpasse sa pénétration et jamais on n’a fixé de terme à la science dont il est susceptible, cependant malgré l’étendue de ses facultés intellectuelles, les moindres Individus de l’univers sont des mystères impénétrables pour lui. Condamné à ne rien connaître que par l’entremise des sens, ces organes matériels et composés peuvent bien lui procurer la perception des individus corporels parce que ces corps ne sont eux-mêmes que des assemblages élémentaires, mais des sens organisés sont incapables par eux-mêmes de transmettre les vérités de la nature qui résident essentiellement dans l’unité et la réalité des êtres spirituels.
Ainsi l’homme qui pourrait encore tout connaître, si rien ne le séparait de la vérité, se trouve assujetti par son corps à n’apercevoir que des apparences sensibles et illusoires ; Il a des facultés infinies, mais il se voit privé des moyens d’en faire usage, étant éloigné de tous les êtres vrais de l’univers sur lesquels il devait les manifester, En sorte qu’avec un désir irrésistible de l’empire et de la jouissance, il ne voit autour de lui que résistances et limites, et que dans cet état tous les objets qu’il aperçoit étant finis et bornés, il ne s’en trouve aucun qui convienne à un Être que l’Infini seul peut contenter. »
Extrait de l’Instruction aux Grands Profès





