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› Dom Pernety et les Illuminés d’Avignon

   1 - Les mystères du Mont Thabor

      Xavier Cuvelier-Roy      

 

Notes :

1. Nous verrons par la suite qu’une branche dissidente fera école en Avignon même.

 

2. Meillassoux, M, Dom Pernety et les Illuminés d’Avignon, Paris,  Archè, 1992, 455 p.

 

3. Plaise à Dieu qu’il m’ait été épargné de trébucher au seuil d’un… troisième « Château du Grand Vaucroze », club libertin des environs !

 

4. Le patronyme exact et complet est Vernety-Vaucroze (ou Vaucrose) : ici, le protecteur de Dom Pernety est Anselme-Antoine-Xavier de Vernéty-Vaucroze ( ?- ?)

 

5. Alain Sicard, lettre du 4 mars 2004.

 

 

 

 

 

 

 

Les Illuminés de Berlin, à ne pas confondre avec les brûlants Illuminés de Bavière, se sont fixés en Avignon fin 1784, d’où l’appellation qui désormais  fera marque dans l’histoire : Les Illuminés d’Avignon. Il s’en fallut de peu que ce soit Les Illuminés de Bédarrides [1], puisque c’est aux abords de cette localité du Vaucluse qu’en réalité Dom Antoine Pernety, ancien compagnon de Voyage de Bougainville, ex bibliothécaire de Frédéric II s’est réellement installé.

Située au centre d’un triangle formé par les villes d’Orange, d’Avignon et de Carpentras, Bédarrides, la cité des 7 rivières, appartint jusqu’en 1791 aux états pontificaux du Comtat Venaissin. Tout chercheur s’intéressant à la vie et l’œuvre de Dom Pernety connaît cette ville pour savoir que celui-ci, rentré de Berlin et séjournant chez son frère à Valence, s’y est établi. « Une petite maison isolée […] sur une colline près de la route qui va de Bédarrides à Courthezon » nous avertit l’historienne M. Meillassoux [2] ; dans cette partie de la vallée du Rhône, en bordure de l’autoroute et de la Nationale 7, cela ne doit pas être trop laborieux à observer pensions-nous. Las, si Dom Pernety n’est pas Merlin, les charmes opèrent et font trébucher le pèlerin impatient !

En fait, première pierre d’achoppement : deux identifications toponymiques au patronyme de Vaucrose [3] (château du marquis du même nom, propriétaire de la dépendance de Bédarrides), une troisième au nomdu Mont Thabor ! Cela a entraîné quelques embrouillements qui se maintiennent encore. Le précieux cartographe Michelin signale Mont Thabor, château. Curieux pour une simple ferme !

Nous sommes au XXIe siècle, et en France (ce qui n’était pas le cas du temps de notre bénédictin) mais ce court passage dans la vie des bédarrisiens à laissé plus de traces et de souvenirs qu’ont ne pourrait l’imaginer. A savoir au premier chef, l’appellation topographique du lieu-dit, Mont Thabor. N’est-il pas extraordinaire qu’aujourd’hui encore soit indiqué le nom d’adoption qu’offrit Dom Pernety - pour quelques années obscurcies par la révolution française -  à son refuge hors des remparts d’Avignon où sévissait encore l’Inquisition ?

Muni d’une carte d’état major, d’une photo aérienne, je me fais fort d’arriver droit au but. De fait, très rapidement, j’identifie la colline !

Mais n’en doutons plus, une bonne fois pour toutes ! Alain Sicard, historien et topographe (qui donc  mieux que lui, saurait nous renseigner plus précisément !) m’écrit :

« Je vous confirme l’existence sur le territoire de Sorgues en limite de Bédarrides,  du château de Vaucroze, résidence du marquis [4] qui accueillit Dom Pernety. Par contre, le Dom Pernety en question fut installé dans une maison de campagne appartenant au marquis, située à une centaine de mètre de la R.N.7en sortant de Bédarrides, direction Courthezon, au quartier Saint Louis. Dom Pernety fit de cette maison son Temple, qu’il baptisa du nom de Mont Thabor. Ce domaine existe encore aujourd’hui et porte toujours le nom de Mont Thabor. » [5]

L'entrée du Mont ThaborLa vue qui m’est offerte de contempler répond à mes attentes : plateau isolé, situé au bon endroit me semble-t-il, mais je fais la grimace : si l’on aperçoit le faite d’un toit de tuiles émergeant des cyprès, des constructions modernes ceinturent l’ensemble, et je suis dépité de constater les dégâts. Quel intérêt – mineur – de présenter des vues où l’âme des vieilles pierres a disparue ! L’illustre Illuminé vint à mon secours sous la forme très temporelle d’une patrouille de la maréchaussée locale.

A ma demande de confirmation sur l’exactitude de l’endroit, l’un des fonctionnaires me répond par une autre question : « mais que cherchez vous exactement ? ». A quoi je réplique rapidement sinon stupidement : « la demeure de Dom Pernety ». Réalisant mon étourderie et voulant éviter la prospection grotesque d’un propriétaire ou locataire actuel des environs, j’allais préciser quand j’entend avec stupeur : « ah ! Mais ce n’est pas ici, suivez-nous, on va vous y conduire ! ».

C’est donc précédé d’un véhicule aux couleurs de la république, que je passe le lourd portail du Mont Thabor !

 

 

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