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Notes :

30. Viatte, Auguste, Les Sources occultes du romantisme, Paris, Honoré Champion, 1979, tome I, p. 122.
31. Court de Gébelin, Antoine, Le Monde primitif ..., op. cit., tome VIII, p. 580.
32. Viatte, Auguste, op. cit., p. 56.

 

 

33. Conseil des Philalèthes en 1785 pour l'organisation de leur convent fraternel.
34. Cf. Faivre, Tony (Antoine Faivre, dit), « Lettres inédites et commentées de J. R. Frey, Isaac Iselin, Court de Gébelin 1778-1779 », revue L'Initiation, p. 194-204. Il y apparaît que Court de Gébelin fut bien élu coën, « gagné depuis longtemps aux idées concernant la réintégration  » (p. 195).
35. Il se réfère pour affirmer cela à l'ouvrage de G. Van Rijnberk, Un thaumaturge au XVIIIe siècle, Martines de Pasqually, tome I, Paris, Alcan, 1935, p. 97, lequel donne une liste de membres lyonnais « du système de Martines Pasqually » figurant dans un carnet de notes autographes du prince chrétien de Hesse-Darmstadt.
36. Amadou, Robert, « Court de Gébelin », Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Paris, Le Livre de poche, coll. « La Pochothèque », 2000, p. 190-191
37. Saint-Martin, Louis-Claude de, « Cahier des langues », Les Cahiers de la Tour Saint-Jacques, n° 7, 1961, p. 186.
38. Saint-Martin, Louis-Claude, « Réfutation de Gerando », revue L'Initiation, octobre-décembre 1966, p. 157.
39. Amadou, Robert, in « Cahier des langues », op. cit. , p. 186-187. Il se réfère également, pour soutenir l'hypothèse d'une amitié entre Gébelin et Saint-Martin, à deux lettres de ce dernier à Willermoz in Papus, Louis-Claude de Saint-Martin, Paris, 1902, lettres du 8 mai 1781 (« M. Court de Gébelin que bien connaissez aussi l'accompagne [le frère de Tavannes, T. P. Mtre] dans son voyage et prendra soin de lui ; il m'a fort engagé d'en être, mais vous savez les raisons qui me retiennent. ») et du 10 mai 1782 (« Dites cependant à la mère que j'ai vu Gébelin au sujet des remarques envoyées par M. Ch. de Monspey, il les trouve intéressantes et curieuses et ayant des rapports instructifs avec notre affaire. Pour moi qui ne les ai point vues, je prétends néanmoins que dès qu'il y est question de rapports de nombre, vous, la mère et tous les vôtres en pourriez juger mieux que Gébelin. »)
40. Note 160 de la page 157. Dans cette même note, l'auteur fait allusion à l'article de A. Mellor dans le Dictionnaire de la franc-maçonnerie et des francs-maçons, Paris, Belfond, 1971-79, p. 251, pour l'infirmer.
41. Mercier-Faivre, Anne-Marie, Un supplément à « L'Encyclopédie »…, op. cit., p. 105.
42 Lettre de Desmont à Court de Gébelin du 13 juillet 1782, Société d'Histoire du Protestantisme français, Ms 1237.
43. Faivre, Tony, op. cit., p. 199. D'après sa lettre, Frey ne connaît manifestement pas Louis-Claude de Saint-Martin, dont il confond l'ouvrage avec celui d'un autre, « avocat à Nancy », qui a pour titre La Vérité rétablie. Mais il va avoir l'occasion de le découvrir grâce à une « lettre insérée dans le Journ. Encycl. de juillet 1775 [contenant] un éloge de cet ouvrage qui paraît être d'un homme très sensé, quoiqu'attaché aux mêmes idées » (lettre du 12 août 1779).
44. Cf. Court de Gébelin, Le Monde primitif…, tome I, p. 4.
45. Mercier-Faivre, Anne-Marie, Un supplément à « L'Encyclopédie »…, op. cit., p. 198.
46. Ibid., p. 222.
47. Chavannes, Alexandre César de, Essai sur l'éducation intellectuelle avec le projet d'une science nouvelle, 1787, p. III.
48. Pour Court de Gébelin, les consonnes sont groupées en 7 catégories et non 6. Anne-Marie Mercier-Faivre signale n'avoir pas trouvé d'autre différence entre le système de Chavannes et celui de Court de Gébelin.
49. Chavannes, Alexandre César de, op. cit., p. 96.
50. Mercier-Faivre, Anne-Marie, Un supplément à « L'Encyclopédie »…, op. cit., p. 225.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les relations de Court de Gébelin avec le martinisme

Selon Auguste Viatte (30), Court de Gébelin s'est imprégné des théories de Martinès de Pasqually, et notamment celle de la réintégration ( « Telle est la science du bonheur de l'homme considéré pendant le cours de ce qu'on appelle la vie, carrière d'épreuves, d'obéissance et de travail toujours récompensé par ses fruits ; passage pour arriver à la vie universelle et à la réintégration dans le sein du grand Auteur, source de tout ordre et de toute rémunération : telle est la science du bonheur de l'humanité considéré en masse, comme douée exclusivement d'intelligence et d'amour entre les œuvres du Créateur (31) »), mais aussi l'importance du ternaire et l'harmonie des nombres et du monde (32).

 

En tout cas, il est membre des philalèthes, l'obédience de Savalette de Langes que fréquentent plusieurs disciples de Martinès de Pasqually. Eux aussi recherchent « la doctrine perdue, la science antérieure à la chute de l'homme, à la punition de l'humanité et à sa dispersion rendue sensible par la confusion des langues (33) ». Il connaît par ailleurs Isaac Iselin – qui est en relation avec Kirchberger, un ami de Saint-Martin – et Johannes Rudolf Frey – qui est en relation avec les élus coëns de Martinès (34).

Hiéroglyphes de l'alphabet angélique de Martinès de Pasqually (extrait)Robert Amadou affirme que Court de Gébelin fut élu coën (35), la date approximative de sa réception se situant en mai 1781, et qu'il fut lié à Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint-Martin (36).

Nous savons que ce dernier convainquit Court de Gébelin que les consonnes étaient l'image des sensations, et les voyelles celle des idées, contrairement à ce qu'il affirmait : « Gébelin avait cru que les consonnes étaient l'image des idées et les voyelles celle des sensations. C'est absolument l'inverse ; et à ce sujet je dois rendre hommage à sa douceur et à sa docilité. Je ne lui eus pas plutôt communiqué mon opinion qu'il se rendit, quoiqu'il eût été embrassé auparavant par Diderot pour l'opinion contraire (37). »

Le Philosophe inconnu infléchit également la pensée de l'auteur du Monde primitif au sujet des signes et de la langue primitive : « J'ai su de lui-même que par la suite ses idées avaient pris une autre direction, comme on s'en aperçoit dans ses derniers volumes. Il m'a même avoué plusieurs fois que mes conversations avec lui avaient un peu contribué à sa nouvelle manière de voir (38). »

Pour Robert Amadou, la rencontre entre les deux hommes eut lieu entre 1775, date de la publication du tome III du Monde primitif, et 1784, date de la mort de Court de Gébelin. « Il nous semble que le ton du présent article, écrit très vraisemblablement entre 1780 et 1787-1788, évoque ces deux rencontres comme des événements assez anciens. Il nous paraît probable aussi que Saint-Martin, comme Diderot, a dû exprimer à Gébelin son sentiment sur le tome III du Monde primitif peu après la publication de cet ouvrage. Nous croyons donc que Saint-Martin a rencontré Gébelin en 1775 ou dans les années immédiatement postérieures (39). »

Anne-Marie Mercier-Faivre conteste néanmoins le fait que Court de Gébelin ait eu des relations importantes tant avec Willermoz qu'avec Saint-Martin : « Dans le fonds Willermoz de la Bibliothèque municipale de Lyon, je n'ai trouvé que trois références de lettres, peu significatives, tandis que dans la correspondance de Saint-Martin à Willermoz, il n'est question de lui qu'en termes distants (40). » Il est donc fort peu probable que Court de Gébelin ait été initié dans l'ordre des Élus coëns.

Toutefois, la pensée de Court de Gébelin se rapproche de celle de Saint-Martin par certains aspects : « millénarisme, méfiance envers les prophètes modernes, les inspirés et importance des images (41). » D'ailleurs, certains lecteurs n'ont pas manqué de souligner quelques ressemblances, tel Desmont qui lui écrit :

« [j'ai] trouvé dans votre dernier volume [le volume VIII] certains principes jetés ça et là, parfaitement conformes à ceux que j'ai vu développés énigmatiquement dans un livre intitulé Des erreurs et de la vérité (42). »

Court de Gébelin lui-même connaît le premier livre du Philosophe inconnu, qu'il n'hésite pas à recommander. Ainsi, dans une lettre adressée à Isaac Iselin en date du 26 janvier 1779, J. R. Frey recopie celle qu'il vient de recevoir de l'auteur du Monde primitif  :

« Connaissez-vous l'ouvrage intitulé Des erreurs et de la vérité ? On y lève une bien petite partie du voile, mais suffisamment pour fixer l'attention, et pour donner de ces objets la plus grande idée et un désir vif de la connaître. Peut-être fera-t-on paraître quelque chose de plus développé sur ces mêmes objets (43). » Mais les théories du Philosophe inconnu sont plus explicitées et plus cohérentes.

Conclusion

Avec son Monde primitif, Antoine Court de Gébelin nous offre un système circulaire, continu, pour lequel seules importent les constantes et les systématisations : la langue est le monde, et le monde est l'homme ; il n'y a pas de rupture babélienne, l'homme primitif est le même que l'homme moderne, donc pas d'histoire, pas d'altération, seulement des développements, des extensions (44). « La théorie du langage de Court de Gébelin est une eschatologie : les sons et les lettres ont pour visée de donner du sens à du discours et ce discours est un mythe d'origine, donc un projet pour le futur (45). »

« Court de Gébelin a réussi le rare exploit de plaire aux anti-philosophes tout en précipitant l'avancée des idées qu'ils combattaient (46). » Même si ses théories sont dépassées, il demeure l'un des fondateurs de la phonétique moderne, de l'historiographie linguistique, de la grammaire comparative et de l'anthropologie linguistique. Mais il a voulu trop prouvé, trop concilié, et a abouti à un système totalitaire, clos, malgré des intuitions originales et des idées novatrices.

Court de GébelinEn 1787, Alexandre César de Chavannes reprend les idées de Court de Gébelin, sans vraiment le nommer, si ce n'est à la fin de son ouvrage, avec son Essai sur l'éducation intellectuelle avec le projet d'une science nouvelle : celui-ci constitue le premier livre d'anthropologie au sens moderne du terme. « Sa théorie du langage est exactement la même : « le langage, quel qu'il soit, n'est qu'un résultat de la conformation organique de l'homme et de son penchant à imiter (47) », les différentes inflexions se divisent en sons et articulations (7 sons ou voyelles, 6 (48) articulations ou consonnes, labiales, dentales, nasales, réparties en fortes et faibles) répondant aux « touches » de l'instrument vocal, et exprimant, les premières les sensations, les secondes les idées. Les mots primitifs sont des peintures, et l'écriture primitive, d'où proviennent tous les alphabets, fut « destinée à peindre les objets ou les sons mêmes aux yeux (49) », etc. Tout ceci, à une exception près, est tiré du Monde primitif (50). » Mais Chavannes place l'homme pluriel au centre de son œuvre, lorsque Court de Gébelin y plaçait le langage unique comme révélateur de l'harmonie universelle.

Le regard de Court de Gébelin, porté uniquement sur les constantes et les systématisations, préfigure peut-être celui des structuralistes. Il a en tout cas le mérite d'avoir considéré tous les hommes, de tous les temps et de toutes les nations, comme des frères.

Marie Frantz


Voir aussi :

La langue primitive, de l'altération à la régénération

L'une des grandes passions du XVIIIe siècle a été de rechercher la langue primitive, et de nombreux auteurs s'y sont essayés. Le Philosophe inconnu n'ignorait pas leurs thèses, il s'appliqua au contraire à souligner leur méprise. La langue vraie ne trouve pas son origine dans l'exemple et l'instruction, elle est la marque du divin en l'homme, cette part qu'il doit régénérer pour pouvoir la parler à nouveau. Ainsi Louis-Claude de Saint-Martin s'inscrit-il dans la mouvance de ce que l'on pourrait appeler la « linguistique mystique ». – Marie Frantz

› Lire Le Monde primitif analysé et comparé avec le monde moderne considéré dans son génie allégorique et dans les allégories... d'Antoine Court de Gébelin, Antoine (1773-1782)
>> Site de la BNF

 

 

 

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