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Notes : 30. Viatte, Auguste, Les
Sources occultes du romantisme, Paris, Honoré Champion,
1979, tome I, p. 122.
33. Conseil des Philalèthes
en 1785 pour l'organisation de leur convent fraternel.
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Les relations de Court de Gébelin avec le martinisme Selon Auguste Viatte (30), Court de Gébelin s'est imprégné des théories de Martinès de Pasqually, et notamment celle de la réintégration ( « Telle est la science du bonheur de l'homme considéré pendant le cours de ce qu'on appelle la vie, carrière d'épreuves, d'obéissance et de travail toujours récompensé par ses fruits ; passage pour arriver à la vie universelle et à la réintégration dans le sein du grand Auteur, source de tout ordre et de toute rémunération : telle est la science du bonheur de l'humanité considéré en masse, comme douée exclusivement d'intelligence et d'amour entre les œuvres du Créateur (31) »), mais aussi l'importance du ternaire et l'harmonie des nombres et du monde (32).
En tout cas, il est membre des philalèthes, l'obédience de Savalette de Langes que fréquentent plusieurs disciples de Martinès de Pasqually. Eux aussi recherchent « la doctrine perdue, la science antérieure à la chute de l'homme, à la punition de l'humanité et à sa dispersion rendue sensible par la confusion des langues (33) ». Il connaît par ailleurs Isaac Iselin – qui est en relation avec Kirchberger, un ami de Saint-Martin – et Johannes Rudolf Frey – qui est en relation avec les élus coëns de Martinès (34).
Nous savons que ce dernier convainquit Court de Gébelin que les consonnes étaient l'image des sensations, et les voyelles celle des idées, contrairement à ce qu'il affirmait : « Gébelin avait cru que les consonnes étaient l'image des idées et les voyelles celle des sensations. C'est absolument l'inverse ; et à ce sujet je dois rendre hommage à sa douceur et à sa docilité. Je ne lui eus pas plutôt communiqué mon opinion qu'il se rendit, quoiqu'il eût été embrassé auparavant par Diderot pour l'opinion contraire (37). » Le Philosophe inconnu infléchit également la pensée de l'auteur du Monde primitif au sujet des signes et de la langue primitive : « J'ai su de lui-même que par la suite ses idées avaient pris une autre direction, comme on s'en aperçoit dans ses derniers volumes. Il m'a même avoué plusieurs fois que mes conversations avec lui avaient un peu contribué à sa nouvelle manière de voir (38). » Pour Robert Amadou, la rencontre entre les deux hommes eut lieu entre 1775, date de la publication du tome III du Monde primitif, et 1784, date de la mort de Court de Gébelin. « Il nous semble que le ton du présent article, écrit très vraisemblablement entre 1780 et 1787-1788, évoque ces deux rencontres comme des événements assez anciens. Il nous paraît probable aussi que Saint-Martin, comme Diderot, a dû exprimer à Gébelin son sentiment sur le tome III du Monde primitif peu après la publication de cet ouvrage. Nous croyons donc que Saint-Martin a rencontré Gébelin en 1775 ou dans les années immédiatement postérieures (39). » Toutefois, la pensée de Court de Gébelin se rapproche de celle de Saint-Martin par certains aspects : « millénarisme, méfiance envers les prophètes modernes, les inspirés et importance des images (41). » D'ailleurs, certains lecteurs n'ont pas manqué de souligner quelques ressemblances, tel Desmont qui lui écrit : « [j'ai] trouvé dans votre dernier volume [le volume VIII] certains principes jetés ça et là, parfaitement conformes à ceux que j'ai vu développés énigmatiquement dans un livre intitulé Des erreurs et de la vérité (42). » Court de Gébelin lui-même connaît le premier livre du Philosophe inconnu, qu'il n'hésite pas à recommander. Ainsi, dans une lettre adressée à Isaac Iselin en date du 26 janvier 1779, J. R. Frey recopie celle qu'il vient de recevoir de l'auteur du Monde primitif : « Connaissez-vous l'ouvrage intitulé Des erreurs et de la vérité ? On y lève une bien petite partie du voile, mais suffisamment pour fixer l'attention, et pour donner de ces objets la plus grande idée et un désir vif de la connaître. Peut-être fera-t-on paraître quelque chose de plus développé sur ces mêmes objets (43). » Mais les théories du Philosophe inconnu sont plus explicitées et plus cohérentes. Conclusion Avec son Monde primitif, Antoine Court de Gébelin nous offre un système circulaire, continu, pour lequel seules importent les constantes et les systématisations : la langue est le monde, et le monde est l'homme ; il n'y a pas de rupture babélienne, l'homme primitif est le même que l'homme moderne, donc pas d'histoire, pas d'altération, seulement des développements, des extensions (44). « La théorie du langage de Court de Gébelin est une eschatologie : les sons et les lettres ont pour visée de donner du sens à du discours et ce discours est un mythe d'origine, donc un projet pour le futur (45). » « Court de Gébelin a réussi le rare exploit de plaire aux anti-philosophes tout en précipitant l'avancée des idées qu'ils combattaient (46). » Même si ses théories sont dépassées, il demeure l'un des fondateurs de la phonétique moderne, de l'historiographie linguistique, de la grammaire comparative et de l'anthropologie linguistique. Mais il a voulu trop prouvé, trop concilié, et a abouti à un système totalitaire, clos, malgré des intuitions originales et des idées novatrices.
Le regard de Court de Gébelin, porté uniquement sur les constantes et les systématisations, préfigure peut-être celui des structuralistes. Il a en tout cas le mérite d'avoir considéré tous les hommes, de tous les temps et de toutes les nations, comme des frères.
› Voir aussi : La langue primitive, de l'altération à la régénération
› Lire Le
Monde primitif analysé et
comparé avec le
monde moderne considéré dans son génie allégorique
et dans les allégories... d'Antoine Court de Gébelin,
Antoine (1773-1782) |
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