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Notes : 13. Court De Gébelin, Antoine, Le Monde primitif..., tome I, « Plan », p. 78-79. 14. Mercier-Faivre, Anne-Marie, Un supplément à « L'Encyclopédie »…, op. cit., p. 183. 15. Ibid., p. 184. 16. Court de Gébelin, Antoine, Histoire naturelle de la parole ou Origine du langage, de l'écriture et de la grammaire universelle à l'usage des jeunes gens, I, 1, 2, p. 10.
17. In Varia linguistica, Paris, Ducros, 1970, p. 122.
18. Cf. la théorie des besoins de Condillac. 19. Court de Gébelin, Antoine, Histoire naturelle..., op. cit., p. 66.
20. Vico, Giambattista, La Science nouvelle, 1725-1743, p. 173. 21. Ibid., p. 176. 22. C'est le Président de Brosses qui a fourni des arguments à Court de Gébelin pour formuler sa thèse. Par contre, pour ce dernier, l'onomatopée n'est pas la seule imitation possible ; d'autres sens que l'ouïe sont convoqués pour créer des mots imitant la nature. 23. In Les Éléments primitifs des langues, 1764. 24. Cf. Le Guern-Forel, Odile, thèse Lyon II Lumière, 1983. 25. Court de Gébelin, Antoine, Le Monde primitif ..., op. cit., tome III, p. 357-359.
26. Condillac, Étienne Bonnot de, Essai sur l'origine des connaissances humaines, 1746, tome II, chap. I à IX.
27. Court de Gébelin, Antoine, Le Monde primitif ..., op. cit., tome III, 12. 28. Genette, Gérard, Mimologiques, Paris, Le Seuil, 1976. 29. Mercier-Faivre, Anne-Marie, Un supplément à « L'Encyclopédie »…, op. cit., p. 196. |
De l'origine du langage au XVIIIe siècle Rechercher la langue primitive de l'humanité, en découvrir les traces dans les langues humaines a été une des passions du XVIIIe siècle. Différents auteurs ont déjà traité de ce sujet. Parmi eux, nous pouvons citer : – John Locke : le langage n'apparaît que progressivement (Essai philosophique concernant l'esprit humain, 1700). – Alphonse Costadau, un dominicain : Dieu est l'auteur du premier langage, comme il le fut d'Adam et Ève (Traité historique et critique des principaux signes dont nous nous servons pour manifester nos pensées, 1717). – Étienne Bonnot de Condillac : l'hypothèse de l'invention du langage est une « fiction épistémologique nécessitée par un devoir de philosophe » (Essai sur l'origine des connaissances humaines, 1746). Pour de nombreux auteurs tentant d'expliquer le passage du cri non articulé au mot articulé, il faut admettre l'existence du langage pour que celui-ci puisse être inventé. « Si les hommes commencent par exister sans parler, jamais ils ne parleront », écrit Beauzée dans l'article « Langue » de l'Encyclopédie, réfutant ainsi Rousseau et son état de nature.
Court de Gébelin ne tranche pas entre la conception du langage comme l'imitation par l'homme de l'acte divin ou celle du langage comme une invention humaine qui oblige Dieu à l'utiliser pour se faire entendre, autrement dit comme l'imitation par Dieu du langage humain : « Dieu pour lui n'invente pas le langage, il le révèle comme s'il avait existé de toute éternité dans la nature même des choses (14). » Il évite ainsi de répondre à la question : qui a pris la parole le premier, Dieu ou l'homme ? en posant un langage « parfaitement motivé, ressemblant à ce qu'il voulait évoquer pour être compris (15) », autrement dit un langage naturel, accordé aussi bien aux organes de l'homme et à ses facultés de raisonnement qu'à la nature même des choses, un langage qui procède par analogie, « à l'image et à la ressemblance » de la nature, si bien qu'il préexiste presque à la création de l'homme. « Les premiers qui donnèrent des noms aux choses […] n'inventèrent pas ces noms ; on n'invente rien et de quel poids eût été un langage de fantaisie ? Quel homme aurait pu dire le premier : tel mot signifiera telle chose ? et comment se serait-il fait entendre ? l'arbitraire n'a nulle autorité, et ne peut jamais faire loi, dans les mots comme dans la conduite des peuples et des familles (16).» Pour Court de Gébelin, il ne fait aucun doute que l'homme et lui seul a reçu et des organes de la parole, et le désir et la nécessité de communiquer avec ses semblables. Examinons tout d'abord l'importance de la physiologie dans la représentation de la naissance du langage.
Toutefois, pour Court de Gébelin, l'origine du langage est aussi sociale. Comme Locke, et contrairement à Rousseau, il affirme en effet que la parole naît du besoin inné de communiquer avec ses semblables, autant pour subsister, exprimer ses besoins (18), que pour exprimer ses émotions. C'est pourquoi les enfant sauvages n'ayant pas rencontré leurs semblables ne parlent pas, bien que disposant des organes adéquats. À la question de savoir comment l'homme est passé du cri au mot, Court de Gébelin apporte la réponse suivante : le cri, comme le geste, ont accompagné la naissance du langage sans la précéder. En fait, d'emblée, la langue est apparue sous trois aspects : le cri, le chant et la parole, « instrument merveilleux dont la Divinité fit présent à l'homme quand elle le forma, et qui devait lui servir à manifester ses sensations par des cris, ses plaintes par le chant, ses idées par la parole (19) ». Les mots sont donc des peintures des choses, d'où l'idée d'un rapport existant entre l'idée et le son qui la représente : les voyelles peignent ainsi les sensations, et les consonnes les idées. De même, Giambattista Vico a décrit la langue humaine comme étant composée de mots « formés des interjections ou des monosyllabes que les hommes prononcèrent pour donner passage à la violence de leurs passions (20). » Pour lui, l'invention du langage obéit aux « lois de la nature universelle ; lois qui désignent les substances indivisibles comme les éléments dont toutes choses se composent, et en qui toutes vont se résoudre (21). » Tout naturellement, pour Court de Gébelin, comme pour le Président de Brosses (22) et l'abbé Bergier (23), il suffit d'attribuer son sens à chaque son pour retrouver la langue primitive qui procède par imitation. Ces sons se combinent ensuite entre eux pour former des mots d'une ou deux syllabes. Ainsi obtient-on la langue originelle, mère de toutes les autres langues, qui ne lui sont donc pas supérieures, contrairement à ce qu'affirment R. Simon, Costadau et Mersenne (24).
Les mots de la langue primitive désignent tous des notions concrètes. Les sens abstraits, eux, sont obtenus par un emploi figuré de ces notions concrètes. Aussi Court de Gébelin annonce-t-il deux dictionnaires : le dictionnaire physique ou propre des langues (qui constitue un premier état de la langue primitive) et le dictionnaire figuré, ou des idées intellectuelles et morales. Il s'agit en fait d'un double dictionnaire « qui n'offre cependant que les mêmes mots (25) ». Condillac soutient la même thèse : pour lui, nous l'avons vu, le langage naît du besoin (26). Or le besoin tend à éviter le déplaisir pour rechercher le plaisir. Les premiers mots désignent donc tout naturellement d'abord les objets de crainte, puis les objets de plaisir. Puis ils nomment les choses – toutes choses – avant de les décomposer en leurs différentes parties : par exemple, l'arbre sera décomposé en racines, tronc, branches, feuilles… Les verbes et les adjectifs naissent de la volonté d'attribuer des qualités à ces choses. C'est à partir d'eux que naîtront plus tard les substantifs abstraits. Dans le tome V, Court de Gébelin modifie ces répartitions : l'homme nomme d'abord ce qui l'entoure – les choses naturelles – puis ce qu'il fabrique ou transforme, enfin les objets « spirituels, intelligents ou moraux ». Le langage nécessite donc cette fois-ci trois dictionnaires et non plus deux : le dictionnaire physique, le dictionnaire des arts et le dictionnaire intellectuel. Dans le tome VIII, il remplace le dictionnaire physique par le dictionnaire concret, le dictionnaire des arts par le dictionnaire abstrait, et le dictionnaire intellectuel par celui des vérités supra-humaines.
La peinture est la première forme de l'écriture primitive. L'art en général n'est pas un art d'agrément, mais un mode d'expression collective destiné à instruire les hommes. Ce que Court de Gébelin appelle poésie (le recours aux images, le sens de l'analogie, ce qu'il appelle l'allégorie) est un trait dominant de l'homme primitif. La théorie de l'écriture de Court de Gébelin relève en fait de « l'idéomimographie généralisée », selon la terminologie de Gérard Genette (28). Comme l'abbé Pluche, il pense, avec Vico, que les hiéroglyphes ne cachent pas de mystérieuses et sublimes vérités, mais constituent une « peinture sommaire de choses très simples et surtout laïques » (29). Il n'y a donc pas de différence fondamentale entre la parole et l'écriture, pas plus qu'entre la poésie et la peinture. Toutes deux procèdent par imitation et sont par conséquent motivées et universelles ; elles naissent du besoin de communiquer pour assurer et la subsistance et la cohésion du groupe.
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