
Notes
- En 2002, Le Bulletin de la Société Martinès de Pasqually a publié dans son numéro 12, la reproduction de la première page de ce Traité. dont nous donnons ici un extrait.
- Le Forestier, René dans La Franc-Maçonnerie occultiste au XVIIIe siècle et l'ordre des Élus Coëns, Paris, Dorbon, 1928, note 3 page 534).
- Le volume, Mélanges historiques et philosophiques se compose des textes suivants : Fol. 1. « Traité sur la réintégration des estres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine. » — Fol. 103. Mémoire relatif à la Ligue. — Fol. 117. « Des fondemens de l'Estat et des moyens de régner, traduit d'italien en françois. » — Fol. 130 v°. « Le héros, traduit de l'espagnol de Balthasar Gratian, par le P. Courbeville. » — Fol. 133. « Pour servir à l'histoire des négociations depuis le traité de Risvick jusqu'à la paix d'Utrecht. » — Fol. 136 v°. « Différentes anecdotes tirées des lettres du cardinal Dodda. » — Fol. 163. « De la prudence humaine. » — Fol. 188. « Liber continens tabulas de systemate mundi, ex libris Sanctae Catharinae Parisiensis. ». XVIIe et XVIIIe s. Pap. 222 feuillets, montés in-fol. Demi-rel.
- Par exemple, p. 31, marque dans la marge avec un # signalant une correction faite dans le texte dont un mot est rayé et remplacé au dessus par sa correction ; p. 36, ajout dans la marge d’un passage oublié : « je vous préviens, leur dit-il… ».
- A partir de la page 49, les lettres « d » sont caractéristiques avec une courbe allongée vers le haut à gauche. Avec la page 97, une nouvelle écriture, très régulière et bien lisible, fait son apparition et enfin, à partir de la page 145, on retrouve la graphie du deuxième copiste, à moins qu’il ne s’agisse d’un quatrième.
- Omont, H. de, Nouvelles acquisitions du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, 1913-1914,(Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, année 1915, volume 76, numéro 1, p. 400.
8. L’inconnu d’outre-Rhin, ou le revenant de Divonne ?
La rumeur a couru, puis la confirmation est tombée : En Allemagne, lors d’une vente organisée par Zisska & Kistner à Munich, les 6 et 7 novembre 1998, un exemplaire du Traité (inscrit sous le numéro 6523) a été acquis par la Bibliotheca Philosophica Hermetica pour sa collection privée [1], où il est référencé Ms M388. Le copiste est ignoré, la provenance inconnue.
Interrogé, l’actuel propriétaire nous renseigne sur le nombre de pages soit 98 (ce qui le rangerait dans la version courte) et précise avec des réserves, l’ajout en allemand de notes attribuées à Franz von Baader. Souvenons-nous de l’hypothétique exemplaire de Divonne, signalé par von Baader justement… Se pourrait-il qu’il ait survécu à la destruction des ses archives ?
Jusqu’à présent, le manuscrit Kloss était le seul exemplaire connu de la version B.
De nouveau, Catherine Amadou a bien voulu nous apporter la précision suivante :
« le catalogue de vente annonce 107 ff. ; la BPH nous indiquait jadis 211 p. (puisque le catalogage comprend uniquement les pages comportant du texte). En tout cas le texte s’arrête avec le § 229, comme le ms. Kloss, et c’est pour cela que le ms. de Solesmes est important, puisqu’il va aussi loin que la version A. Maintenant il nous faut trouver les §§ 230- à 258 » !
L’on pourra suggérer, sans trop nous avancer, qu’une livraison de douze copies ait été faite au minimum. Douze est en effet le chiffre annoncé par Le Forestier, de Réau-croix ordinés, qui ne pouvaient pas ne pas avoir reçu un exemplaire du Traité [2]. A ce chiffre, il faut bien entendu ajouter les copies de copies citées dans notre article. Réjouissons-nous des découvertes à venir !
9. Le manuscrit Gaudard
Grâce à la précieuse découverte de Jean-Louis Boutin, l’évocation d’un manuscrit « venant de Mr. de St-Martin », nous annonce l’anonyme sieur D. dans sa lettre du 25 septembre 1851 à J. de Saint-Genois, Professeur-Bibliothécaire à l’Université, Rédacteur à la revue Messager des Sciences Historiques des arts et de la Bibliographie de Belgique. Il indique avoir eu entre les mains (en-t-il devenu propriétaire ou simple consultant ?) « Un manuscrit aux apparences modestes mais dont le titre suffisait pour exciter vivement ma curiosité […] cahier in-4° de 149 pages, d’une écriture serrée, régulière et très lisible ».
Il nous livre, outre le titre « Traitté (sic) sur la réintégration des Etres, dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine, par Dom Martinetz Pasqualis, Venant de Mr. de St.-Martin », une précision absolument capitale, puisqu’elle l’identifie : « Commencé la copie le 19 juillet et fini le 14 août 1818. F. Gandard [sic pour Gaudard] colonel, à Vevey en Suisse ». Sur ce personnage et cette copie, voir l’étude fournie par Dominique Clairembault sur ce site : « Une référence au Traité sur la réintégration en 1851 ».
Dans sa lettre, figure deux extraits qui mettent en lumière nombre de différences, d’omissions par rapport au manuscrit de Louis-Claude de Saint-Martin qui nous font douter – personnellement, mais la parole est aux historiens – qu'il s’agisse de celui qui nous fait référence dorénavant, le 7 précédemment évoqué, du Fonds Z. A remarquer d’ailleurs que la copie Gaudard fait mention de la fameuse note : « L’auteur n’a pas été plus loin dans ce traité qui devait être beaucoup plus long ; c’est surtout à la venue du Christ qu’il devait être le plus important, selon ce qu’il a dit lui-même à ses amis. »
Localisé à cette date, qu’est-il devenu ? Une piste à fouiller, assurément ! L’affaire s’annonce difficile, car toute trace est perdue tant à l’Université de Gand qu’à la maison communale. Deux incendies ont ravagé la bibliothèque et les archives de l’Université, le premier pendant la dernière guerre mondiale, le second en 1995 ! De même pour les archives municipales entre 1944 et 1945…
10. Le
manuscrit Delard de Rigoulières, 97J6. 
Grâce à l’invention généreuse de Mariette Cyvard, ce manuscrit déposé en 1930 aux archives départementales de Dordogne à Périgueux par le marquis de Fayolle (1851-1933, membre de la Société Française d’Archéologie), en provenance directe de la famille Delard de Rigoulières, laquelle est apparentée aux Raffin d’Hauterives, aux Lusignan. Seule une étude généalogique sérieuse permettrait d’établir un lien formel avec Jean-Jacques Du Roy d’Hauterive. L’on peut en douter et écarter cette piste : dans l’arbre généalogique de cette famille, publié par Robert Amadou dans les numéros 16 & 17/1997 de L’Esprit des choses, l’on peut vérifier que la branche Raffin d’Hauterives n’y figure pas. C’est à partir de la génération du père de Jean-Jacques, Henri Du Roy de Fontenailles, que le patronyme Du Roy est suivi d’une désignation de seigneurerie. Ainsi Du Roy de Villiers, Du Roy de Vinhais, Du Roy de Blicquy, Quand à Jean-Jacques, il avait abandonné ses droits sur le titre et sur le château.
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Relevons son intitulé précis : Traité sur la réintégration des êtres créés, dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine, au singulier, à l’identique des manuscrits S.O. ou de l’exemplaire de Louis-Claude de Saint-Martin, sauf pour le mot créés.
L’avancement actuel de nos recherches est pour l’heure, bloqué, l’état de ce manuscrit ne permettant pas sa reproduction, ainsi que nous l’indique la Conservatrice des Archives Départementales du Lot et Garonne, à Agen, détentrice actuelle du fonds par transfert de Périgueux, probablement en 1931.
L’examen (réduit) des deux documents obtenus nous fait observer :
- Qu’à partir de la page 162 (d’après mes calculs), les suivantes ont disparues (arrachées ?).
- Qu’ainsi, ce fragment du Traité s’interrompt au parricide de Kaïn par son fils Booz, ce qui correspond exactement au chapitre 77 à la page 152 de l’édition faite par Robert Amadou à la Diffusion Rosicrucienne (1995).
- Ecriture fine, élégante, marquée.
Le texte débute sur la version originale (pages impaires) de l’édition du bicentenaire, mais bien vite, s’en détache singulièrement. Quels regrets de ne pouvoir, à ce jour, consulter les pages indisponibles ! Patientons, donc !
11. Le manuscrit de la BnF, NAF
22373
Chez nous, en France et à Paris ! Ne gâchons pas notre plaisir, même cocardier.
Le onzième manuscrit du Traité sur la réintégration des êtres exhumé ! Sur une information de Mariette Cyvard (récidiviste éclairé) qui a relevé l’existence de ce document mentionnée dans l’ouvrage : Nouvelles acquisitions du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, 1913-1914 (Bibliothèque de l’École des Chartes, année 1915, volume 76, numéro 1, p. 400), de H. Omont. À partir de ces données, Dominique Clairembault et Xavier Cuvelier-Roy sont remontés à la source, le premier s’étant rendu sur place.
L’examen in situ, le 30 janvier 2010 à la BnF, a permis la validation de cette information. Le document est bien archivé sous la cote NAF 22373 (et microfilmé sous la référence MF 21257). Il est incorporé dans un volume relié regroupant plusieurs manuscrits sous le titre général de Mélanges historiques et philosophiques [3] Le Traité sur la réintégration des êtres [et non pas estres] dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle figure en tête de ce volume.
En voici les caractéristiques principales :
Le Traité occupe les 102 premiers folios de ce volume, soit les pages 1 à 205. Le texte est le même que celui du manuscrit autographe de Louis-Claude de Saint-Martin. Il s’agit donc du Traité dans sa version longue, pour reprendre la typologie de Robert Amadou. Comme ce dernier, il s’achève avec le récit sur Saül et la Pytonisse. Il ne comporte pas la note indiquant que « L’auteur n’a pas été plus loin dans ce traité… » placée à la fin du manuscrit de Saint-Martin. De même, « L’expérience pour convaincre de la vérité de l’axe feu central », est absente. Rappelons ce que texte est barré sur le manuscrit autographe de Saint-Martin et qu’il est possible qu’il n’appartienne pas à ce texte.
Une première étude du Traité figurant à la BnF, permet d’apporter les remarques suivantes :
On trouve plusieurs corrections signalées en marge par une # qui montrent que le texte a été relu après sa rédaction [4]. L’attention du relecteur n’a cependant pas remarqué, page 41, l’oubli du paragraphe sur les nombres, texte figurant à la page 67 du manuscrit de Saint-Martin (§ 66 de l’édition typographiée de ce texte). Il est possible que ce texte ait été absent de la version utilisée par le copiste.
Plusieurs copistes semblent avoir travaillé sur ce document, car on remarque trois, voire quatre écritures différentes [5].
Le schéma du Tableau universel figure après la page 159, c'est-à-dire au milieu du « Grand discours de Moïse », juste avant la description de ce dessin. Cette position semble plus logique que celle adoptée dans le manuscrit de Saint-Martin, qui le place au début du discours (entre les pages 136 et 137, ce qui correspond au § 215 de l’édition typographiée de ce texte).
Le grand cercle qui commence dans le « cercle dénaire » et descend pour entourer la « création universelle » se fond dans sa partie basse avec le cercle de la création universelle. La légende « Immensité de l’axe feu incréé » est au dessous de ces deux cercles fusionnés alors que sur le dessin du manuscrit de Saint-Martin elle est entre les cercles, sachant que dans cette version les cercles ne se mélangent pas.
Dans le « triangle terrestre » figure une légende qui n’est pas sur le dessin de Saint-Martin. En effet, au-dessus des lettres hébraïques on peut lire « ame [sic pour âme] terrestre ». La légende « Immensité céleste », absente sur le schéma de Saint-Martin, figure ici de chaque côté du « cercle de saturne ». La ligne verticale reliant le centre du « cercle dénaire » au « triangle terrestre » est bien tracée, alors qu’elle est invisible sur le dessin de Saint-Martin. En dehors de ces différences les deux dessins sont très ressemblants et pourraient presque être superposés.
Aucune indication ne permet de connaître l’origine de ce document, pas plus que le nom de son propriétaire ou commanditaire. Deux notes, l’une figurant en tête du manuscrit et l’autre à la fin et comportant une signature pourraient sans doute nous en apprendre davantage. Hélas, nous n’avons pas encore réussi à les décrypter.
La présence de deux tampons nous permet de dater approximativement ce document de l’époque impériale. Il s’agit des tampons de la « Bibliothèque Royale » et de la « Bibliothèque Impériale ». Après la Révolution, la Bibliothèque de la Nation devient Bibliothèque Impériale sous Napoléon pour prendre le nom de Bibliothèque Royale avec le retour de la royauté. Quoiqu’il en soit, le manuscrit du Traité semble avoir quitté les fonds de la bibliothèque étant donné qu’il n’entre dans les collections de la BnF qu’entre 1913 et 1914, à la suite d’une acquisition [6].
Conclusion :
Le manuscrit du Traité de Martines de Pasqually conservé à la Bibliothèque nationale est très complet et l’on peut s’étonner que personne jusqu'à ce jour n’ait remarqué l’existence de ce document. Très proche de la version du manuscrit autographe du Philosophe inconnu et malgré quelques défauts, il s’agit d’une très belle copie du célèbre texte de Martinès de Pasqually.
Résumons profitablement le premier volet de notre article par un tableau secourable : cliquez sur l'image ci-dessous (ou ici) pour l'ouvrir.
Après la source, venons-en aux diverses éditions qu’a connues notre Traité.
