Notes
- La version originale de cet article est parue dans le Bulletin
de la Société Martinès de Pasqually (2007,
n° 17)
ainsi que sur la page internet réservée à la dite
société.
> voir ce texte - Des Chevaliers Maçons Élus-Coëns de l’Univers, d’abord et comme il se doit, puis au sein de celles des Chevaliers Bienfaisants de la Cité-Sainte, pour connaitre une survivance dans la pratique contemporaine du Rite Écossais Rectifié.
- Traité sur ou de la réintégration des êtres. A suivre tout au long de cet article, nous écrirons simplement Traité lorsque nous le convoquerons de façon générique.
- Frank, Adolphe, pp. 203-226 dans La philosophie mystique en France, à la fin du 18° siècle.
- Philippon,René, Directeur de la Bibliothèque Rosicrucienne aux éditions Chacornac. Il n’aimait guère Papus, qui semble-t-il, le lui a bien rendu ! René Philippon était également associé à Pierre Dujols, qui tenait la fameuse Libraire du Merveilleux. Il était initié à la Loge Athanor N° 7 (Golden Dawn) au domicile des époux Mathers, 1 avenue Duquesnne, au 7° arrondissement de Paris.
- Amadou, Robert, 1924-2006, homme de lettres, historien, chercheur, conférencier, docteur ès-lettres et sciences humaines (Saint-Martin, le martinisme) docteur en Ethnologie (Paris 7, Ethnologie) docteur en théologie et prêtre orthodoxe (syriaque). Membre d’Honneur de la Société Martinès de Pasqually.
- Paradoxalement, ce sont les défauts typiques de Martinès de Pasqually qui font preuve ( ?) d’une bonne ou défectueuse copie du Traité : formulations particulières, orthographe-phonétique, etc.
- Lettre de Martinès de Pasqually à ses adeptes de Paris, en date du 11 juillet 1770, 12° article.
- De même que Napoléon… d’où de surprenantes notes raturées, de confusions parfois amusantes et charmantes dans la correspondance de l’Empereur. Il ne devait pas être facile d’être secrétaire-écrivain à cette époque !
- Cette assertion ne doit pas pour autant cautionner la légende d’un Martinès de Pasqually comprenant et parlant mal le français. Michelle Nahon, Présidente de la Société Martinès de Pasqually me fait très justement remarquer, à titre d’exemple, le style de sa lettre à Jean Baptiste Willermoz, en date du 19 Septembre 1767. Voir pages 77 à 80, Tome second de la biographie de van Rinjberk (voir Bibliographie).
- Introduction à l’édition dite « du Bicentenaire », infra note 12.
- C’est bien entendu de reliures dont il s’agit, la première liasse contenant cinq parties et deux dans la seconde. Toutes ces précisions sont données par Matter dans l’ouvrage précité à la note 5. Cela est à noter, car bien des historiens et non des moindres, ont écrit et répété que Matter était en possession de deux manuscrits !
- Pages 59 à 74 dans Un thaumaturge au 18° siècle, Martinès de Pasqually tome 1.
- Amadou, Robert, Introduction à l’édition dite « du Bicentenaire », pages 11 à 57 Traité de la réintégration.
- Ibid.
- Ibid.
- Amadou, Robert, pages 37 à 57 dans le Trésor Martiniste.
- Fidèle à ses habitudes, Robert Amadou a dressé un tableau des variantes entre les deux manuscrits, voir page 44 et suivantes, infra Trésor Martiniste.
Le Traité sur la réintégration des êtres :
des manuscrits
aux éditions
Xavier Cuvelier-Roy
I - Les manuscrits : 1. Matter — 2. S.O.
th18 — 3.
S.O. th19 — 4. Letourneur — 5. Kloss — 6. Solesmes — 7. Fonds
Z — 8. Divonne — 9. Gaudard — 10. Delard-Rigoulières — 11. BnF — 12. Saint-Martin G.O. — 13. J-H. de Virieu GLNF — 14. Fragment Wukassovich, fonds G.O. — 15. Manuscrit de Cahors. ![]()
II - Les éditions : 1. Chacornac — 2. O.M.S. (anglaise) — 3. Ed. Traditionnelles — 4. Dumas — 5. Edicöes 70 — 6. Amenothes (italien) — 7. DRC (fac-similé) — 8. DRC (texte) — 9. Grecque — 10. Arbre d'Or — 11. Septentrione Books — 12. Allemande — 13. Japonaise – 14. Russe — 15. Kloss/Philippon.
Étude en hommage à Robert Amadou (1924-2006)
Un document très-secret, circulait de loge en loge [1], par copies manuscrites, exclusivement [2]. Ce n’était pas un livre destiné à être publié, mais une sorte d’exposé doctrinal, sur une base judéo-chétienne, élaboré par Martinès de Pasqually, thaumaturge et fondateur d'un ordre mystérieux : les Chevaliers Maçons élus coëns de l'univers, rite maçonnique de hauts grades où se mêlent franc-maçonnerie et magie angélique.
C’est à l’aube du XXe siècle que fut publié pour la première fois l’intégralité du Traité [3] par Henri Chacornac, en 1899 très exactement. Précédemment, il n’y eu que des extraits « saucissonnés » au gré de l’humeur ou du devoir de réserve : Jacques Matter, quelques lignes en 1862, quatre ans plus tard, Adolphe Frank publia 26 feuillets [4] du même ouvrage pour aboutir à celui de Chacornac, ou de préférence, celle que l’histoire retient sous le nom « d’Édition Philippon [5] », nous y reviendrons.
Mais avançons avec ordre. Précédant l’édition, privilégions les manuscrits !
I - Les manuscrits
Vigilance ! Nous attirons l’attention du lecteur sur l’existence de deux versions du Traité, répertoriées longue (A) et courte (B) par un historien du martinisme, donc de Martinès de Pasqually en premier et de Louis-Claude de Saint Martin en particulier, Robert Amadou [6]. Celui-ci ne manquera pas de nous accompagner tout au long de cet article. Car avec lui, toute l’histoire moderne de notre Traité a été bouleversée, j’écrirai même métamorphosée tant les découvertes furent abondantes et riches
Il a existé un document manuscrit originel, bien qu’il soit peu vraisemblable qu’il ait été écrit de la main même de Martinès de Pasqually, mais plutôt dicté [7]. S’agissait-t-il simplement d’un synopsis, de notes, de réflexions, tout l’art du maître étant de diriger la confection, laissant à son secrétaire l’habileté de rédiger sous son contrôle ? Saura-t-on jamais ! Mais nous connaissons le véritable titre que lui a donné Martinès de Pasqually dès 1770 : La Réintégration et la réconciliation de tout être spirituel avec ses premières vertus, force et puissance dans la jouissance personnelle dont tout être jouira distinctement en la présence du Créateur [8]. Curieusement, ce fait est rarement rapporté.
L’abbé Fournié, si dévoué qu’il fut, n’avait pas la carrure à imposer au Maître les nécessaires corrections à sa dictée. Nous le savons, Martinès de Pasqually parlait un français avec un fort accent [9] qui pouvait prêter à confusion [10], d’où les nombreux barbarismes, fautes d’orthographe et de ponctuation, lapsus, voire de méprises phonétiques par l’abbé. Considérons sans l’affirmer qu’il est probablement le rédacteur de la version B (la courte). C’est la version qui a circulé le plus dans les loges. C’est aussi le texte le plus sûr car il offre une propriété particulière : il est de toutes les copies, y compris celle du Fonds Z, et pour cause, la version la plus proche de la pensée « brute » de Martinès. L’on voit mal Fournié oser intervenir !
Assurément, ce n’est pas le cas de son collègue puis successeur. Excellent écrivain, exigeant, le Philosophe Inconnu possédait l’entregent, l’habileté diplomatique inhérente à son éducation, pour intervenir avec prudence et courtoisie. Il en résulte un texte plus long, la version A, souvent plus explicite, sans pour autant lever toutes les obscurités, loin s’en faut ! Corollaire, selon Robert Amadou, le texte le plus apprêté n’est assurément pas le plus parfait, quel paradoxe ! Mais c’est le meilleur, nous le verrons.
Ce qui est avéré n’est plus discutable : Saint-Martin dans sa lettre du 4 mars 1771 à Willermoz indique que « cet ouvrage important à été commencé par le Maître pour l’avancement de ses disciples. Le prix est fixé à cinquante écus couvrant le salaire des travaux du Maître et l’entretien d’un secrétaire chargé de faire toutes les copies ». Le fait que Saint-Martin ne se désigne pas lui-même comme ce secrétaire ne permet pas pour autant de « s’autoriser à penser, ou de déduire » qu’il ne l’est pas ! Bien au contraire : un mois plus tôt, il a quitté l’armée, s’est mis à temps plein, à la disposition de Martinès de Pasqually… L’indication inverse de Willermoz, datant de 1821, au seul bénéfice de de Grainville et Champoléon nous semble suspecte, car produite par un homme avancé en âge, aigri et rancunier à l’encontre du Philosophe Inconnu.
L’écrit confidentiel on l’a vu et compris, ne fut jamais édité et se transmettait donc au Réaux-Croix par copie. Aussi, n’évoquerons nous ci-après que celles attestées par de solides garanties, ayant fait l’objet d’observations, d’études, et pour leur majorité, de leur conservation. Aux fins de simplifier une situation déjà bien confuse, nous garderons l’ordre adopté (jusqu’au sixième) par Robert Amadou. [11]
1. Le manuscrit Matter
Du manuscrit qui gouverna la recherche de Matter, Frank puis Philippon, il ne reste hélas que le souvenir. De son origine d’abord, rien d’autre que la déclaration de son inventeur, Matter : « Une rare bonne fortune a fait tomber entre mes mains, dans un voyage à l’étranger, les deux petits volumes [12] du traité de don Martinez ». Matter nous précise que l’ensemble « forme environ (sic) 355 pages d’une écriture assez serrée ». Au moins avons-nous ainsi la certitude qu’en ayant fait l’acquisition, il n’en a pas reçu héritage de Frédéric Salzmann. Contrairement à ce qui a été affirmé et repris par de nombreux biographes, Jacques Matter n'est pas le petit-fils de Frédéric Salzman. Ce dernier est le grand-père ( branche maternelle) de son épouse Marie, née Goguel. Il n'y a donc aucun lien de parenté. Nous remercions Jean-Louis Boutin pour cette précision qui nous permet de mettre fin à une longue série de méprises.
Le manuscrit a été réduit en cendres durant la seconde guerre mondiale. Entre-temps, Gérard van Rijnberk l’a consulté puisqu’il publie sur 16 pages [13] une étude comparative entre cette version et le manuscrit Kloss que nous allons bientôt examiner. Ce fait sera relaté avec davantage de développement dans la seconde partie de l’étude.
2. Le manuscrit référencé S.O. Th. 18
Un second Traité est identifié dans un fonds d’archives privées maçonnique, à Genève, dans le fonds des archives du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie, soit l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité-Sainte. Il se présente en deux volumes, au format 18x23 cm, respectivement de 206 et 248 pages. L’écriture révèle qu’il est l’ouvrage d’un seul copiste, « tracé d’une petite écriture régulière, fin du dix-huitième siècle, ou plus probablement début du vingtième »[14]. Au total, 454 pages.
3. Le manuscrit référencé S.O. Th. 19
Le troisième, situé au même fonds que le précédent, est reconnu comme « une copie d’après l’exemplaire du Traité venu de Saint-Martin à Joseph Gilbert (1769-1841). Copie partielle en l’état »[15] ? Il s’organise en cinq cahiers brochés, au format de 20x22 cm. Deux copistes ont cette fois exécuté. Mention particulière sur la couverture, « Propriété de l’Ordre des Grands Profès de Genève ». [16] Joseph Gilbert, héritier de Louis-Claude de Saint-Martin l’a offert à son ami le capitaine Cunliffe Owen en 1839, lequel l’offrit au Collège métropolitain des Grand-Profès. Matter en prit connaissance et le confronta à son propre exemplaire. Détail pour la petite histoire, un titre différent, un de plus, sur la reliure : Traité sur la Réintégration des Êtres dans leurs premières prérogatives : vertu et Puissance spirituelle divine.
4.
Le Manuscrit Letourneur, référencé L.T.
Quelques confidences sur cet exemplaire cité par Robert Amadou dans son introduction à l’édition du Bicentenaire, mais bien davantage dans le développement qu’il nous offre dans une étude spéciale [17]. Volume in-8°, un seul mot de titre sur le dos de la reliure cuir, Traité. Copiste inconnu mais unique, 489 pages.
De l’enquête menée par les historiens spécialisés, il ressort une seule certitude, il ne peut s’agir de Türkheim. Mais est-ce l’exemplaire cité par Gérard van Rinjberk, provenant de l’élu coën de Raimond ?
Ce n’est pas une copie de copie comme, on le verra, le manuscrit Kloss. Il appartient à la famille A, version longue très proche du Manuscrit Matter [18], et se trouve mutilé des pages 51 à 52.
Son parcours est rocambolesque : on le découvre publiquement dans le catalogue du libraire Durel en Novembre 1877, sous le numéro 3634 ; puis on le retrouve répertorié dans la bibliothèque du couvent des Capucins minimes de Lyon mais… oublié lors du déménagement de cette dernière vers 1927. Récupéré (au poids du papier, merveilleuse époque ! ) par le libraire Ebrard, quai Fulchiron (toujours à Lyon) il est vendu à un descendant de Jean-Baptiste Willermoz. Après la seconde guerre mondiale, celui-ci le cédera – manifestement sans état d’âme car il ne s’agit pas de l’exemplaire de son aïeul – au Libraire parisien Marcel Dommergues. C’est alors qu’aux alentours de 1950, Robert Letourneur en fit la bienheureuse acquisition. Probablement dans années 70, il s’en dessaisit sans que nous puissions le localiser

