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Un faux portrait de Martines de Pasqually

Un dessin circule, qui se prétend être le portrait de Martines de Pasqually et est tiré d'un ouvrage d'Arthur Edward Waite paru en 1911 : The Secret Tradition in Free-Masonry. Cet auteur l'a vraisemblablement repris au fort peu recommandable Léo Taxil, dont il connaissait l'œuvre.

Le portrait figure en effet dans l'un de ses livres, Le Diable au XIXe siècle (Paris, Delhomme et Briguet, s.d. [1893]), avec cette légende : « Martinez de Pasqualis, fondateur du Rite des Illuminés martinistes ». Léo Taxil n'y fait aucune mention de son origine... et pour cause, il s'agit là d'une imposture, car il n'existe aucun portrait du premier maître du Philosophe inconnu.

Affiche publicitaire pour un ouvrage de Léo Taxil

Léo Taxil, de son véritable nom Gabriel Jogand (1854-1907), était passé maître dans l'art de distiller les fausses informations. Il reste l'un des écrivains antimaçonniques les plus célèbres. La critique de la franc-maçonnerie fut son fonds de commerce. Il exploita en effet les milieux antimaçonniques chrétiens pour atteindre à une renommée à laquelle il n'aurait jamais eu accès par ses maigres talents d'écrivain. Provocateur et opportuniste, ce franc-maçon exclu du Grand Orient réussit à utiliser les préjugés antisémites et antimaçonniques de son époque pour ridiculiser à la fois la superstition des catholiques et ceux qu'il surnomme les « Frères Trois-Points ». On s'étonnera donc que sur quelques sites internet, ce portrait soit présenté comme celui de Martinès ! La chose est d'autant plus étonnante que le portrait incriminé a été dénoncé comme étant un faux, il y a près de quarante ans déjà, par Robert Amadou, dans la revue L'Initiation (n° 4, décembre 1965).

Rappelons qu'il n'existe aucun portrait de Martines, les seuls renseignements que l'on possède sur son apparence physique sont ceux qui figurent sur un certificat de catholicité daté du 29 avril 1772. Sur ce document, que Martines fit enregistrer avant de s'embarquer sur le Duc de Duras, navire avec lequel il quitta la France pour se rendre à Saint-Domingue, on peut lire : « Moyenne taille, cheveux noir, portant perruque ». (Voir Gérard Van Rijnberk, Un thaumathurge au XVIIIe siècle, Martines de Pasqually, sa vie, son oeuvre, son ordre, Lyon, P. Derain-L. Raclet, 1938, p. 8.)

Note : le faux portrait de Martinès que nous présentons ici a été légèrement coloré et placé sur fond dégradé.

Dominique Clairembault


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