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Notes

  1. Arthur Edward Waite, The Secret Tradition in Free-Masonry, London, Rebmann Limlited, 1911, p. 177.
  2. Le Diable au XIXe siècle ou, Les mystères du spiritisme, la franc-maçonnerie luciférienne, Paris, Delhomme et Briguet, s.d. [1893], p. 377.

Vrais ou faux portraits ?

Dominique Clairembault

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En octobre 2008, Serge Caillet publiait dans le Bulletin de la Société Martinès de Pasqually (n°18, oct. 2008, p. 45-47) un portrait supposé être celui de Martinès de Pasqually (n° 1 ci-dessus). Le dessin en question ne représente pas les traits de son visage, il s’agit d’une silhouette. Ce document, présenté comme venant des milieux initiatiques d’Amérique du Sud, a été envoyé à Serge Caillet par un correspondant anonyme. Dans son article, il exprime ses interrogations quant à son authenticité.

À notre plus grand étonnement, à la fin de l’année 2009, un libraire parisien, qui ne connaissait pas le document que nous venons d’évoquer, nous communiqua un portrait du même personnage provenant d'une source suédoise (n° 2 ci-dessus). Or, ce dernier était le même que celui qui fut publié par Serge Caillet un an plus tôt, à la différence près qu’il présentait un agencement différent. Nous livrant à notre propre enquête, nous découvrimes rapidement qu’il était assez facile de le trouver sur l’Internet : ces deux documents figuraient également sur des pages de Facebook et de Wikipedia imageWikipedia Martines Pasqually.

Ce portrait venant d’Amérique du Sud pour les uns et des pays nordiques pour les autres est-il authentique, ou sommes-nous en présence d’un faux ? Telle est la question qui a motivé la rédaction de l’analyse que nous vous proposons ici.

Une étrange silhouette

Les deux versions de ce document proposent le même portrait, la silhouette d’un buste accompagnée de la signature de Martinès de Pasqually. Sur le premier, la signature est sur le côté gauche et tracée de bas en haut. Sur le second, elle se trouve sous le portrait ; ajoutons que trois dessins sont placés entre la signature et le portrait : le cachet de Martinès de Pasqually et deux « griffes magiques ».

Une première remarque s’impose : le portrait en question est une silhouette. Rappelons que ce type de dessin, inventé par Étienne de Silhouette (1709-1767), représente un profil tracé à partir de l’ombre d’un personnage. Ce dessin était généralement noirci à l’encre de chine ou découpé sur un papier coloré. Un détail semble montrer que le dessin prétendant représenter Martinès de Pasqually a été modifié pour lui donner cet aspect. En effet, le cou du personnage est recouvert d’une cravate tracée en blanc, ce qui est en contradiction avec la technique utilisée pour obtenir une silhouette. Il reste néanmoins possible que cet effet soit obtenu par découpage, mais le contour également trop détaillé de la chevelure nous incite à la réserve, il ne correspond pas à ce qu’on trouve généralement sur ce type de portrait

En transformant son dessin, l'auteur a-t-il cherché à imiter des images existant déjà dans l’iconographie martiniste ? On se souviendra en effet des silhouettes de Jean-Baptiste Willermoz, du duc Ferdinand de Brunswick et du comte de Virieu, qui furent réalisées par Grasmeyer lors du convent de Wilhemsbad en 1782 (Alice Joly, Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie, 1730-1824, Macon, Protat frères, 1938, p. 182, d’après le ms 5426 de la bibliothèque de la ville de Lyon).

silhouettes

Silhouettes du convent de Wilhlemsbad : au centre, le duc Ferdinand de Brunswick ; en haut, de gauche à droite, le Dr Giraud et Bode ; en bas, le comte de Virieu et le marquis de Chefdebien. Bilbliothèque de Lyon, ms. 5426.