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Martinès de Pasqually Franc-Maçon
Martinès de Pasqually définit ainsi sa mission, « je ne suis qu'un faible instrument dont Dieu veut bien, indigne que je suis, se servir, pour rappeler les hommes mes semblables à leur premier état de maçon, afin de leur faire voir véritablement qu'il sont réellement hommes-Dieux, étant créés à l'image et à la ressemblance de cet Etre tout-puissant ». Martinès de Pasqually est franc-maçon et fréquente les loges du sud de la France. Il estime cependant que la Franc-Maçonnerie de son époque est « apocryphe », c'est-à-dire d'une authenticité douteuse, et propose de la ressourcer autour d'une doctrine particulière.
Ses activités maçonniques débutent en 1754 à Avignon, Marseille et plus particulièrement à Montpellier, où il aurait fondé le chapitre des Souverains Juges Ecossais. A la fin de l'année 1760, il se présente à la loge Saint Jean des trois loges réunies, située à l'orient de Toulouse. Martinès expose à ses frères toulousains une sorte de « plan parfait » de la Franc-Maçonnerie et ses projets d'établir l'ancien et le nouveau temple des « Chevaliers Lévites, des Coënim-Leviym et des Élus Coëns ». Les frères de Toulouse se montrent septiques, Martinès de Pasqually a alors l'imprudence de se laisser entraîner dans une démonstration de ses pratiques théurgiques pour satisfaire leurs exigences. Hélas, la démonstration tourne court. Après deux essais infructueux, notre théurge est remercié et on l'invite à quitter les lieux. Les responsables de la loge toulousaine, qui avaient déjà souffert des manœuvres de plusieurs aventuriers, préférèrent ne pas pousser l'expérience plus loin.
A Foix, Martinès aura plus de chance, et c'est dans la loge Josué du régiment de cette ville qu'il va recruter ceux qui seront ses premiers disciples, le lieutenant-colonel de Grainville et le capitaine des grenadiers Champoléon. Là, il fonde un chapitre, le Temple des Élus coëns. Mais c'est à Bordeaux que commence réellement l'histoire de cet Ordre. Martinès, qui suit le régiment de Foix, alors en garnison au Château-Trompette de Bordeaux, s'y installe en avril 1762. C'est donc tout naturellement que le travail commencé à Foix s'étend à Bordeaux.
Il y établit son Tribunal Souverain, c'est-à-dire le centre des activités de l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l'Univers. Il intéresse bientôt un jeune officier, le sous-lieutenant de grenadiers du régiment de Foix, alors en garnison à Bordeaux, Louis-Claude de Saint-Martin. Louis-Claude de Saint-Martin. Ce dernier est initié dans l'Ordre en 1765. Il devient rapidement un disciple assidu. Dès 1771, il quitte la carrière militaire pour se livrer totalement à ses activités spirituelles. Il devint ainsi le secrétaire personnel de Martinès de Pasqually. Ce dernier trouva en lui un collaborateur zélé. La coopération de Saint-Martin fut précieuse à Martinès de Pasqually, qui grâce à son aide, réussit à améliorer l'organisation de l'Ordre.
Les voyages de Martinès à Paris lui permettent de former d'autres disciples, Bacon de la Chevalerie, le comte de Lusignan, du Gers, Henri de Loos et Jean-Baptiste Willermoz, qui se trouve alors dans la capitale pour ses affaires personnelles. L'Ordre s'étend rapidement à Paris, Versailles, Lyon, Grenoble, la Rochelle, Strasbourg... L'abbé Fournié (1738-1825), disciple de la première heure, nous renseigne sur la manière dont Martinès recrutait ses disciples. « Dieu m'accorda la grâce de rencontrer un homme qui me dit familièrement : "vous devriez venir nous voir, nous sommes de braves gens : vous ouvrirez un livre, vous regarderez au premier feuillet, au centre et à la fin ; lisant seulement quelques mots, et vous saurez tout ce qu'il contient : vous voyez marcher toutes sortes de gens dans la rue ; hé bien ! ces gens là ne savent pas pourquoi ils marchent, mais vous vous le saurez". Cet homme dont le début avec moi semble extraordinaire, se nommait Don Martinets de Pasqually. »
Un
rite judéo-chrétien
L'Ordre fondé par Martinès de Pasqually est une société initiatique mystique. Il est structuré autour d'un système théosophique très particulier dont les origines sont énigmatiques. Sa mystique est chrétienne, mais dans un sens particulier, car son christianisme est teinté d'un judéo-christianisme assez proche du christianisme des premiers temps. La mystique de Martinès n'est pas une simple spéculation, elle conduit à une pratique. Cette mise en œuvre s'appuie sur une magie divine, une théurgie. Elle vise à amener l'homme, par purifications successives, à la communication la plus haute avec le monde des esprits. D'abord avec son « compagnon fidèle », l'ange personnel de l'Initié, puis avec les esprits des mondes supérieurs, pour enfin entrer en relation avec ce qu'il nomme mystérieusement « La Chose », l'Innommable.
La doctrine de la Réintégration
Martinès de Pasqually ne prétendait pas être le chef suprême ni le créateur de l'Ordre qu'il instituait. Il se présentait comme étant l'un de ses sept Grands Souverains. L'ordre serait dirigé par un mystérieux Grand Maître Suprême. S'il se présentait comme étant le responsable de la partie septentrionale de l'Ordre, il ne révéla jamais l'existence des six autres souverains. En fait, ce nombre septénaire est probablement à considérer d'une manière symbolique et Martinès semble bien avoir été le seul et l'unique dirigeant de l'ordre. Contrairement aux divers systèmes de hauts grades maçonniques, qui manquent souvent d'unité doctrinale, celui de Martinès se développe autour d'une doctrine précise, celle de la Réintégration. Cette doctrine est longuement expliqué dans le Traité sur la réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine, un texte d'instruction qu'il réservait à ses disciples les plus avancés.
Ce texte a connu sa première publication en 1866, dans un livre d'Adolphe Franck La Philosophie mystique en France à la fin du XVIIIe siècle, Saint-Martin et son maître Martinez Pasqualis (Paris, Germer Baillère). Il en propose un extrait en appendice de son livre (p. 201-228). Cependant ce n'est qu'en 1899, grâce aux éditions Paul Chacornac qu'il connaît sa première publication complète. Hélas cette dernière comporte de nombreuses erreurs de transcriptions. Plus récemment, en 1995, Robert Amadou en a publié une version plus fiable, basée sur l'exemplaire manuscrit de Louis-Claude de Saint-Martin, chez Diffusion Rosicrucienne. Il avait précédemment publié le fac-similé de ce texte chez le même éditeur en 1993.
Le Traité de Martinès est un midrach judéo-chrétien. Il commente la Bible en apportant des développements ésotériques. Sans entrer dans les détails, de la doctrine exposée dans le Traité, nous dirons qu'elle se réfère au fait que l'homme est en état d'exil et qu'il est privé, depuis un drame cosmique, de la communication directe avec Dieu.
On peut résumer ainsi le propos de ce texte. Avant les temps, Dieu émane de Lui des êtres libres. Certains d'entre eux veulent exercer eux-mêmes la puissance créatrice. Dieu les écarte donc de Lui en les enfermant dans la matière qu'il crée à cet effet pour leur servir de prison. Ce monde, placé à l'extérieur de l'Immensité divine se divine en trois niveaux : l'immensité surcèleste, l'immensité céleste et le monde terrestre (voir dans la Bibliothèque l'extrait du Traité de Martinès intitulé « Le Grand discours de Moïse » qui en décrit la structure). Dieu émane alors l'Homme, un androgyne au corps de lumière doté des pouvoirs appropriés, qu'il envoie garder les esprits rebelles et pour les amener à leur résipiscence. Cependant, l'Homme chute à son tour. Il perd alors son corps de lumière pour être enfermé dans un corps de chair. Exilé sur la terre, il garde cependant la même mission. Il doit cependant réintégrer d'abord sa position glorieuse avant de pouvoir la mener à bien. Ne disposant plus des mêmes pouvoirs, il en est réduit à utiliser un culte extérieur, la théurgie, pour en appeler à des « agents intermédiaires », les anges restés fidèles. Ce sont ces rites théurgiques, qui nécessitent de longues préparations dont les Élus coëns sont les héritiers. Ils sont mis en œuvre d'une manière progressive au sein d'une hiérarchie initiatique particulière.
Les
grades Coëns
Chaque degré met en scène et fait vivre à l'Initié les divers épisodes de la vie de l'homme : son émanation dans l'Immensité divine, la mission primitive donnée à l'homme, la chute d'Adam dans le monde de la matière et sa remontée à travers les sphères célestes. Décrire cette hiérarchie n'est pas chose facile, car elle a évolué au fur et à mesure où Martinès structurait son rite. De plus, les différents grades portent plusieurs noms, ce qui complique la tâche.
Les catéchismes propres à chaque degré ou encore les Statuts des Chevaliers Élus Coëns de l'Univers et le Cérémonial des initiations, ne proposent pas tous la même division. René Leforestier, Papus, Gérard Van Rijnberk, Robert Ambelain et Robert Amadou n'ont pas tous retenu la même hiérarchie. Roger Dachez, dans le revue Renaissance Traditionnelle, a publié une étude concernant la genèse des grades Coëns à laquelle nous renvoyons le lecteur. Sans nous attarder sur les divers systèmes, nous proposons ici celui qui semble la plus réaliste.
La hiérarchie Coën débute par les trois grades « bleus » : Apprenti, Compagnon et Maître.
Le plus souvent, ces grades étaient conférés en une seule cérémonie. Ils sont suivis des degrés de : Maître Parfait Elu (ou Grand Elu sous la bande noire), Apprenti Elu coën (ou Fort marqué), Compagnon Elu coën (ou Double fort marqué), Maître Elu coën (ou Triple fort marqué, ou encore Maître écossais).
Nous trouvons ensuite ceux de : Grand Maître Coën (ou Grand architecte), Grand Elu de Zorobabel, (ou Chevalier d'Orient), Commandeur d'Orient (ou Apprenti Réau-Croix).
Enfin, la hiérarchie de l'Ordre est couronnée par un degré suprême, celui de Réau-Croix (ou R+). Les membres de ce dernier degré participent à un travail mystique basé essentiellement sur la théurgie. La hiérarchie de l'Ordre conduit l'initié à une gradation de purifications du corps, de l'âme et de l'esprit propres à le rendre sensible aux bonnes influences spirituelles, plus particulièrement par l'intermédiaire de son guide, son esprit compagnon, son « ange gardien ». Lorsque le Coën a réalisé cette jonction, son esprit compagnon lui ouvre les portes du monde surcéleste qui conduit au Monde divin, à l'Immensité Divine.
Les
rites théurgiques
Les Réaux-Croix pratiquent la théurgie. Quelle est donc cette mystérieuse science ? Selon l'étymologie, le mot théurgie vient du grec theos, Dieu, et ergon, ouvrage. La théurgie est donc « l'ouvrage de Dieu ». Au IIIe siècle, Jamblique l'a introduit dans la philosophie, comme adjuvant à la sagesse purement spéculative dont se contentaient ses prédécesseurs. Il considérait la théurgie comme une magie supérieure, visant non pas à obtenir des bienfaits matériels, mais à réaliser progressivement l'union mystique avec la Divinité. La théurgie de Martinès a les mêmes objectifs : elle a pour but de mettre l'homme en relation avec le Divin en utilisant des intermédiaires devenus nécessaires depuis la chute de l'homme, les « anges », ou plutôt, pour coller au langage martiniste, aux esprits célestes et surcélestes. La théurgie de Martinès vise essentiellement à obtenir les bénédictions des « esprits bons ». Elle a aussi pour but d'exécrer, de conjurer les « esprits mauvais », pour chasser leurs influences mauvaises qui tendent sans cesse à éloigner l'homme de sa mission.
