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Notes

  1. CAILLET Serge, Les Sept Sceaux des Élus coën, Grenoble, Le Mercure Dauphinois, 2011, p. 265.
  2. Voir AMADOU Robert, « État sommaire du Fonds Z », Bulletin martiniste, n° 6, 1984, p. 5.
  3. BnF, FM4 1282.
  4. Les Sept Sceaux des Élus coëns, op. cit., p. 265.
  5. VAN RIJNBERK Gérard, Un thaumaturge au XVIIIe siècle, Martinès de Pasqually, sa vie, son œuvre, son ordre, 1780-1824, t. I, Paris, Alan, 1935, p. 130-135.
  6. BORD Gustave, La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815, t. I (le seul paru), « Les ouvriers de l’idée révolutionnaire (1688-1771) », Paris, 1908, Nouvelle Librairie Nationale – « Bibliothèque d’histoire nationale période révolutionnaire », p. 227-230.
  7. VAN RIJNBERK Gérard, Un thaumaturge au XVIIIe siècle, op.cit., p. 186.
  8. BORD Gustave, La Franc-Maçonnerie en France, op. cit., chap. VII, p. 244-249.
  9. Notons cependant quelques incohérences dans les dates situant le séjour de Bacon de la Chevalerie à Saint-Domingue à une période où il est à Paris.
  10. Sur ces archives, voir Gérard VAN RIJNBERK, Un thaumaturge au XVIIIe siècle, op. cit, t. I, p. 92.
  11. JOLY Alice, Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie, Mâcon, Protat frères, 1938, p. 23-24.
  12. AMADOU Robert, « Extraits des notes manuscrites... », L’Esprit des choses, n° 19-20, 1998, p. 181.
  13. L’Esprit des choses reprend les pages 39 à 42 du Manuscrit d’Alger, (n° 22-23, 1999, p. 128-131).
  14. Nous avons corrigé le texte de Martinès de Pasqually, lequel comporte les fautes caractéristiques qu’on rencontre dans ses correspondances.

L'initiation au grade de Réaux-Croix

D. Clairembault

Le MAgnétisme à Saint Dominque

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Le grade de Réaux-Croix reste l’un des plus énigmatiques du système initiatique de l’ordre des Chevaliers Maçons élus coëns de l’univers. Alors qu’il existe nombre de textes et documents sur les cérémonies d’initiation aux divers grades de l’ordre fondé par Martinès de Pasqually, celui qui couronne sa hiérarchie n’est que partiellement connu. Dans le livre qu’il a consacré à l’étude des grades coëns, Les Sept Sceaux des Élus coëns, Serge Caillet se livre à une enquête minutieuse sur les diverses sources permettant de soulever les mystères qui entourent le grade de Réaux-croix [1]. Il évoque en particulier « deux pièces majeures » y faisant référence : une note de Louis-Claude de Saint-Martin figurant dans le Fonds Z, les « Extraits des notes manuscrites confiées par le maître de la Chevalerie [2] », et l’« Extrait de préparation et de précaution pour une réception de R+ » dans le Manuscrit d’Alger[3].

Serge Caillet souligne que ces documents, d’une parfaite cohérence, permettent de « reconstituer les grandes lignes et le cadre de la cérémonie [4] ». Or, il existe une autre source, la lettre adressée par Martinès de Pasqually à Jean-Jacques Bacon de la Chevalerie le 2 mai 1768. Dans ce texte, le Grand Souverain décrit à celui qui est alors son Substitut Universel la procédure qu’il doit suivre pour conférer le grade de Réaux-Croix à Jean-Baptiste Willermoz, lors d’une cérémonie prévue les 11, 12 et 13 mai 1768 à Paris. Contrairement à qui est dit parfois, Bacon de la Chevalerie n’outrepasse pas ses droits en conférant ce grade. Par contre, Martinès de Pasqually lui reproche d’avoir promis à Willermoz de l’initier en dehors des périodes d’équinoxe. Ce défaut ne permettant pas d’attaquer « à l'Est directement, ce temps étant passé », Martinès de Pasqually recommande donc à Bacon de la Chevalerie : « Attaquez l'angle de l'Ouest comme votre chef angle. » Le Grand Souverain précise cependant qu’une opération « faite hors de son temps est sans fruit ». De fait, devant le peu de bénéfices recueillis par Willermoz, Martinès de Pasqually proposera bientôt de corriger cette situation en procédant à une « ordination par correspondance sympathique [5] ». Par la suite, il se montrera plus vigilant sur les modalités de transmission au grade de Réaux-Croix et se réservera le privilège de la conférer.

La mise en parallèle de cette lettre avec les deux « pièces majeures » évoquées au début de cette étude donne l’impression qu’il s’agit là de la source à partir de laquelle ces dernières ont été rédigées. Elles en reprennent en effet les éléments essentiels, suivant exactement les phases du cérémonial décrit dans la lettre de Martinès de Pasqually. Il s’agit donc d’un document capital, que Gustave Bord a publié dans La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815 [6]. Gérard van Rijnberk lui-même ne le reproduit pas dans l’ouvrage qu’il a consacré au fondateur des Élus coëns. Pourtant, il s’intéresse à son ordination, car il publie d’autres lettres évoquant cet épisode, notamment celle de Martinès de Pasqually à Jean-Baptiste Willermoz, datée du 16 février 1770, où le Grand Souverain lui propose de rectifier l’ordination qu’il a reçue en 1768.

Lorsqu’il évoque le livre de Gustave Bord, Gérard van Rijnberk s’interroge sur les sources utilisées par cet auteur « animé d’un esprit anti-maçonnique et anti-occultiste, mais historien honnête [7] ». En l’absence d’informations, il se contente de constater qu’il « a puisé des documents importants dans des archives, sur lesquelles il ne donne pas de précisions » (ibid.). Le livre de Gustave Bord est en effet fort bien documenté. Outre le document qui nous intéresse, il y donne des informations assez précises sur l’histoire de l’ordre des Élus coëns [8]. Il reproduit d’ailleurs une version intéressante de la signature de Martinès de Pasqually ornée de glyphes caractéristiques.

signature

(G. Bord, p. 287)

Observons également que l’ouvrage de Gustave Bord comporte une notice biographique très documentée sur Bacon de la Chevalerie (p. 328-337) [9], tout comme il offre de nombreuses informations au sujet de Savalette de Langes et de la loge des Amis réunis (p. 342-355 ; 358-362). Ses sources pourraient provenir du fonds Villaréal, c’est-à-dire de documents hérités des Philalèthes, parmi lesquels figurait une part importante des archives des Élus coëns [10]. Gustave Bord réservait-il pour le second volume de son étude les précisions concernant les origines des documents qu’il présente ? Nous l’ignorons, celui-là n’ayant pas été publié.

Plus tard, Alice Joly reprendra de larges extraits de la lettre de Martinès de Pasqually dans Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie, ouvrage publié en 1938 [11].

Si elle ne reproduit pas cette lettre dans son intégralité, elle restitue cependant l’ordination de Willermoz dans son contexte.

Parmi les documents majeurs que nous évoquions au début de notre étude figurent les « Extraits des notes manuscrites confiées par le maître de la Chevalerie ». Lorsque Robert Amadou publie ces textes en 1984 dans la revue L’Esprit des choses, il ne souligne pas leurs relations avec la lettre de Martinès de Pasqually à Bacon de la Chevalerie [12]. Pourtant, ces « extraits » semblent y puiser leur source et complètent même à merveille le texte reproduit par Gustave Bord. Les notes de Saint-Martin comportent en effet les hiéroglyphes et la prière évoqués dans la lettre de Martinès de Pasqually, des éléments que Gustave Bord n’a pas reproduits. La copie des prières semble cependant lacunaire, c’est du moins ce qu’on peut penser lorsqu’on les compare avec celles qui figurent dans le second témoin, le Manuscrit d’Alger.

En 1999, la revue L’esprit des choses a publié le fac-similé de ce second témoin, « Extrait de préparation et de précaution pour une réception de R+ », d’après le Manuscrit d’Alger [13]. Ce texte suit exactement le même plan que celui de la lettre de Martinès du 2 mai 1768 ; cependant, il est plus précis. Il offre même plus de détails que l’ensemble formé par la lettre et les « Notes » de Saint-Martin (Fonds Z). Les hiéroglyphes y sont introduits par des titres plus explicites : « Première prière à la tête au Nord... », ils sont associés à des nombres absents de la reproduction publiée dans L’Esprit des choses d’après le Fonds Z. De même, les instructions pratiques et les prières y sont plus complètes.

Contrairement au texte du Fonds Z, les invocations ne commencent pas par « Tu es saint, père de toutes choses... », mais par « Ô + 10, tu es saint, ô père de toute choses... ». Cette désignation, typique des rituels élus coëns, se répète d’ailleurs plusieurs fois à l’intérieur des prières, alors qu’elle est absente des « Notes » du Fonds Z.

Malgré ces lacunes, la lettre de Martinès de Pasqually à Bacon de la Chevalerie concernant l’initiation de Willermoz demeure un document de première importance. Elle est sans doute le témoin le plus ancien du grade de Réaux-Croix et elle a d’autant plus d’intérêt qu’elle est de la main même de l’auteur du rituel en question. Il est d’ailleurs intéressant d’étudier ce document en parallèle avec l’analyse proposée par Serge Caillet dans les Sept Sceaux des Élus coëns (p. 259-285). Pour permettre cette étude, nous reproduisons la lettre de Martinès de Pasqually en lui joignant quelques uns de ses compléments figurant dans le Fonds Z et dans le Manuscrit d’Alger [14].