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Le Bienheureux Jacob Boehme

 

Le texte ci-dessous a été publié par Sédir
en 1901 sous le titre :

Le cordonnier-philosophe, révélation véridique de sa vie et de sa mort, de ses œuvres et de ses doctrines, d'après les récits d'Abraham von Frankenberg, des Dr Cornélius Weissner et Tobias Kober, de Michel Curtz et du conseiller Hegenitus.

 

Pour décrire la vie admirable de cet homme miraculeux et comblé de grâces divines, dit Frankenberg, il faudrait un rhéteur plus accompli que moi-même. Mais, comme aucun de ses compatriotes ne s'est encore chargé de ce soin jusqu'à ce jour, je vais essayer de le faire brièvement au moyen de souvenirs que je recueillis de sa propre bouche, pendant les années 1623 et 1624, où je fus son voisin. C'est cette relation que nous allons reproduire, en la complétant par celles d'autres disciples du théodidacte ; le portrait que nous donnons est dessiné d'après un cuivre dont nous devons la communication à l'obligeance de M. L. Bodin, le libraire bien connu.

Le bienheureux Jacob Boehme est né en 1575 après Jésus-Christ dans la bourgade d'Alt-Seidenberg, à environ deux lieues de Görlitz en Ober-Lausitz. Son père Jacob et sa mère Ursule étaient de pauvres paysans honnêtes et vertueux. Dès sa jeunesse, il fut employé avec les autres enfants du village à garder les troupeaux.

Pendant l'une de ces journées solitaires, où le calme de la nature développait puissamment son esprit méditatif, il lui arriva une chose remarquable. S'étant trouvé un jour, vers l'heure de midi, un peu éloigné de ses camarades, il avait gravi les premières rampes d'une colline avoisinante, nommée « Landes-Crone », lorsqu'il aperçut, à un endroit qu'il me fit voir par la suite, une façon de porte formée de grandes pierres rouges ; il y entra et s'engagea dans un souterrain qui le mena devant une grande masse d'argent ; arrivé là, il sentit un vent de terreur pénétrer son être ; il n'osa donc toucher à rien, et redescendit précipitamment la colline.

Bien qu'il retournât souvent, par la suite, à cè endroit, avec ses jeunes camarades, l'entrée du souterrain resta invisible aux yeux de tous. Cette aventure fut, peut-être, la figure symbolique de l'initiation ultérieure de Boehme aux secrets de la sagesse naturelle et divine. Frankenberg apprit, par la suite, de sa propre bouche, que le trésor avait été enlevé par un étranger, mais ce dernier était mort misérablement parce qu'une malédiction avait été portée contre lui.

Mais revenons à notre Boehme. Ses parents, ayant remarqué dans leur fils une nature bonne, douce et spirituelle, l'envoyèrent à l'école, où il apprit à lire, à écrire et à faire ses prières jusqu'à ce qu'on lui fit apprendre le métier do cordonnier. Il termina son tour de compagnon, en 15 mois et se maria dans la même année avec Catharina Kunschmanns, fille d'un boucher de Görlitz.
Il vécut pendant trente ans avec elle, jusqu'à sa mort, dans une union constante ; la bénédiction de Dieu lui donna quatre fils ; il fit, du premier, un orfèvre, du second, un cordonnier ; et des deux autres, des ouvriers.

On voit que, dès son enfance, Jacob Boehme s'était tenu dans la plus pieuse humilité et dans la crainte de Dieu. L'un des textes sacrés sur lesquels il méditait le plus souvent était celui-ci : « Le Père qui est au ciel donnera le Saint-Esprit à ceux qui le lui demanderont. » (Luc, XI, 1 3.) Le peu que Boehme avait appris des disputes théologiques lui avait fait désirer avec ardeur la connaissance de la vérité, vers laquelle il aspirait sans cesse. Cette prière constante fut exaucée pendant son tour de compagnonnage : le Père le plaça par le moyen de son Fils dans Très Saint Sabbat, lieu du repos des âmes, et il demeura dans la lumière divine sept jours entiers, dans la plus haute exaltation et contemplation.

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