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Selon cette école apocalyptique de l'Esprit de Dieu, que la perversité et l'aveuglement des hommes ont corrompue, Jacob étudia les écrits des saints patriarches, des prophètes, des apôtres et des hommes de Dieu ; et il persévérait sans cesse dans la science des mystères du royaume de Dieu.
On peut croire qu'un feu secret s'alluma dans son être par l'opération magico-astrale de cet esprit sidérique. Voici ce que lui-même nous dit lui être arrivé dans sa jeunesse. Il gardait un jour la boutique de son patron, pendant l'absence de celui-ci, lorsqu'un étranger, mal mis, quoique de belle et respectable apparence, vint marchander une paire de souliers. Jacob lui en proposa un prix un peu plus élevé que celui de leur valeur réelle ; l'inconnu paya sans observation, et s'en alla jusqu'au milieu de la rue ; puis il appela à haute voix : « Jacob ! viens ici ! » Le jeune apprenti, bien qu'effrayé d'entendre qu'un inconnu connaissait son nom, s'approcha cependant : l'homme lui prit la main droite, et, le regardant avec des yeux étincelants, qui pénétraient jusqu'au fond de l'âme, lui dit d'un ton grave et doux: « Jacob, tu es humble, mais tu deviendras grand ; tu deviendras un tout autre homme ; de sorte que le monde s'émerveillera devant toi. Sois donc pieux, crains Dieu, et honore Sa parole ; lis toujours la Sainte Écriture ; tu y trouveras réconfort et instruction, car il faut que tu souffres grandement du besoin, de la pauvreté et de la persécution. Mais console-toi et demeure constant, car tu es aimé de Dieu et ll t'est favorable ! » Sur quoi l'étranger lui jetant encore une fois un regard perçant, lui serra la main et s'en alla. Sa figure se grava profondément dans la mémoire de Jacob, ainsi que ses paroles ; le jeune apprenti s'appliqua dès lors avec une nouvelle ardeur à parfaire sa conduite, de sorte que ses pieux efforts furent bientôt récompensés par un second appel de l'Esprit à un second sabbat.
La ville de Görlitz, d'après un plan ancien
Lorsqu'il en sortit, il abandonna complètement les plaisirs de la folle jeunesse ; il ne fréquenta plus que les églises, s'enfonçant dans l'étude de la Bible, et recueillant avec empressement la parole des prédicateurs et la vertu des sacrements. L'austérité de sa vie et la pureté de ses mœurs ne firent que lui susciter les persécutions de son entourage ; son maître alla même jusqu'à le renvoyer.
Tout en se livrant avec ardeur au travail, et en gagnant son pain à la sueur de son front, il fut, en 1600, à la vingt-cinquième année de sa vie, saisi encore une fois par la lumière divine et conduit, dans son propre esprit sidérique, au moyen de la vue soudaine d'un vase d'étain (luisance joviale), jusqu'au CENTRE de la Nature secrète. Comme il restait dans le doute, combattant ce qu'il supposait être une fantaisie de ses facultés, il sortit de Görlitz par la porte de la Neiss (près de laquelle il demeurait) pour méditer dans les champs ; la même vision se reproduisit alors pour la seconde fois, de sorte que la SIGNATURE des êtres lui fut révélée et qu'il put désormais en déchiffrer la Nature intérieure (ainsi qu'il l'explique dans son livre De Signatura Rerum) ; il en conçut une grande joie, remerciant Dieu silencieusement du fond de son cœur, mais il n'en tira nullement vanité et tint cette grande lumière secrète.
Son effort obscur et actif vers Dieu fut encore béni ; dix ans après, le Saint-Esprit l'obombra pour la troisième fois et le remplit de lumières et de grâces. Mais, pour ne pas laisser perdre de tels trésors, il en consigna la substance pour lui seul et sans l'aide d'aucun autre livre que la Bible.
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Frontispices
des œuvres de Jacob Boehme selon l'édition
de Gichtel publiée en 1682 à Amsterdam |
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