D’ordinaire tout traité spéculatif
sur les nombres effraye un peu, à première vue. Mais c’est à tort,
ce me semble. Une étude qui a tant occupé la grande intelligence
de Pythagore ne doit pas si facilement alarmer notre raison. Au fond
on a moins peur de l’élévation de cette étude
que de l’opinion, du malheur de passer pour un chercheur de mystères.
Chercher des mystères ! Quelle aberration aux yeux de la multitude
! Et pourtant quelle chose vulgaire : la raison ne fait que cela. Et
elle serait bien à plaindre s’il n’y avait plus de
mystères. On n’est pas mystique, au surplus, pour aimer à savoir
ce que vaut le mysticisme, on n’est que philosophe. Il ne s’agit,
après tout, dans les spéculations sur les nombres, que
des rapports des choses de la nature, soit matérielle, soit spirituelle.
Au premier aspect les rapports de principes et de conséquences
ou de causes et d’effets s’expriment mal en nombres. Cependant
ne formule-t-on pas en nombres les proportions qui existent entre les
unes et les autres ? Il est vrai que le problème des rapports
implique d’autres problèmes, celui des origines, et que
le problème des proportions implique celui des fins de toutes
choses. Mais ici encore la science du chiffre trouve une place : le temps
et l’espace ne sont-ils pas les deux facteurs nécessaires
de ces problèmes et ne sont-ils pas tous deux évaluables
en nombres ? Or ces problèmes-là sont précisément
les plus grands de toute la philosophie ?
Note de lecture :
Saint-Martin définit ainsi les nombres
:
« Les nombres ne sont que la traduction abrégée
ou la langue concise des vérités et des lois dont le texte
et les idées sont dans Dieu, dans l'homme et dans la nature. On
peut aussi les définir le portrait intellectuel et oral des opérations
naturelles des êtres ou encore, si l'on veut, la limite et le terme
des propriétés des êtres, et cette mesure qu'ils
ne pourraient passer sans s'égarer et se dénaturer, ce
qui a fait dire à quelqu'un que les nombres étaient la
sagesse des êtres et ce qui empêchait qu'ils ne devinssent
fous.
Il faut donc s'instruire à fond de ce qui
est contenu dans ce sublime texte et dans ces idées principes
pour pouvoir se garder des fautes que les traducteurs et les peintres
ont pu faire et font tous les jours dans leurs versions et dans leurs
tableaux. »
Dans ce traité d'arithmosophie, le Philosophe
inconnu nous convie à réfléchir
sur les aspects métaphysiques des nombres. Tout en précisant
leurs sens symboliques selon la théosophie de Martinès de Pasqually,
il se garde de dogmatiser, invitant chacun d’entre nous à aller
plus avant dans sa recherche.
La version e-book proposée par L'Arbre d'Or
a été réalisée à partir
de l'édition publiée par Louis Schauer en 1861. Elle reprend l'ensemble
des textes figurant dans ce volume, c'est-à-dire la préface
de Louis Schauer, l'introduction de Jacques Matter, le texte sur les
Nombres et un autre traité de Saint-Martin : l'Éclair
sur l'assocation humaine.
L'introduction de Matter reproduit deux articles qu'il avait publiés dans
la Revue
d'Alsace en
novembre 1960 et avril 1961 : « Saint-Martin,
Mme de Boeklin, les deux Salzmann et Goethe ».
Éditions de L'Arbre
d'Or, texte intégral imprimable,
164 p.