Martinès de Pasqually - Un énigmatique franc-maçon théurge du XVIIIe siècle fondateur de l'ordre des Élus coëns
Michelle Nahon

Présentation de l'éditeur : La première biographie depuis 70 ans du fondateur de la Franc-Maçonnerie mystique. Un ouvrage de référence pour les francs-maçons spiritualistes et les martinistes.
Ce livre, résultat d’un long travail – près de trente ans – de recherches faites avec l’aide d’historiens de métiers, retrace l’histoire et le cheminement de ce très curieux personnages que certains considèrent comme un maître spirituel et d’autres comme un gourou peu scrupuleux. Pourtant ce livre, qui est en fait un essai historique, montre que Martinès de Pasqually ne s’est pas enrichi au détriment de ses disciples et qu’il a même été confronté à de sérieux problèmes d’argent.
Là où la vie de Martinès de Pasqually devient passionnante c’est lorsque l’on constate qu’il a eu des appuis de hauts personnages, lui qui a été ouvrier en voiture et au mieux petit négociant : il possédait une patente, signée par le prince Charles-Edouard Stuart, lui permettant de fonder une loge maçonnique et de créer quelques années plus tard l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers ; il a certainement eu de sérieux appuis de la part du duc de Richelieu, maréchal de France, gouverneur de Guyenne et proche de Louis XV : il a été de nombreuses fois reçu par le prince de Rohan, archevêque de Bordeaux, qui l’a introduit à la Cour auprès des ministres, sans parler de ses nombreux disciples de noblesse.
Soit missionné soit se sentant missionné dans son œuvre paramaçonnique et spiritualiste, Martines de Pasqually a su saisir les opportunités avec finesse et décision pour établir son Ordre. Malheureusement ses ennemis finirent par gagner, il dut quitter Bordeaux, espérant un retour proche. Mais l’éloignement puis la maladie mirent un terme à son grand projet.
Questionnée depuis ses études de lettres classiques par l’intérêt que les hommes portaient aux Écoles de Mystères dans l’Antiquité, Michelle Nahon a étudié divers domaines spiritualistes, ésotériques, philosophiques, dont la franc-maçonnerie, le rosicrucianisme et le martinisme. Encouragée par Antoine Faivre et Robert Amadou ainsi que par les premières découvertes de documents à Bordeaux concernant Martinès de Pasqually, elle a entrepris, avec passion et sérieux, une recherche approfondie en collaboration avec un enseignant en histoire, Maurice Friot, aide précieuse dans ce travail minutieux de consultation et d’interprétation des archives. Ils ont publié régulièrement leurs découvertes depuis 1983 d’abord dans diverses revues et depuis 1990 dans le Bulletin d’une société de recherches historiques, la Société Martinès de Pasqually, fondée en 1989 à Bordeaux pour retrouver les traces de cet homme mystérieux et de son Ordre. Membre fondatrice de cette Société, elle en est devenue la présidente en 1997 avec l’objectif –réalisé- de préserver la qualité historique du Bulletin et de lui donner une reconnaissance nationale et internationale. Grâce à cet ouvrage, Michelle Nahon nous permet de découvrir le cheminement spirituel et initiatique du fondateur de la première école de maçonnerie mystique du XVIIIe siècle. Cet ouvrage s’adresse non seulement à tous les adeptes ou passionnés de la Franc-maçonnerie ou du Martinisme mais aussi aux amateurs du Siècle des Lumières.
Note de lecture : Cet ouvrage offre une synthèse des recherches entreprises par Michelle Nahon depuis plusieurs dizaines d’années. Ses travaux furent d’abord publiés dans les Cahiers de Saint-Martin entre 1983 et 1990, puis dans le Bulletin de la Société Martinès de Pasqually (20 numéros parus jusqu’à ce jour) entre 1990 et 2010. Même si ce livre ne lève pas totalement le voile sur le mystère des origines de Martinès de Pasqually, il en révèle des aspects méconnus, souvent inédits. Sa carrière militaire, découverte par Christian Marcenne il y a quelques années, apparaît de plus en plus clairement, et Michelle Nahon pose des éléments montrant qu’il exerça par la suite, avec plus ou moins de succès, le métier de négociant.
Pour ce qui est du parcours maçonnique de Martinès de Pasqually, il se révèle ici avec beaucoup plus de précision que dans les précédentes études traitant de ce sujet. Son cheminement est présenté depuis ses premiers pas dans le Sud de la France, à Marseille en 1754, son passage à Toulouse en 1760, puis à Bordeaux de 1761 à 1772, jusqu’a sa mort en septembre 1774 à Saint-Domingue. Cependant, on perçoit mal le moment où l’ordre des Élus coëns devient une entité à part entière, car ce n’est que petit à petit qu’il prend la forme qui sera la sienne à la veille de la Révolution. De même, l’aspect spécifique de cet ordre ne nous semble pas assez souligné. En effet, les rites que Martinès de Pasqually cherche à promouvoir sont si différents de ceux qui sont pratiqués par la franc-maçonnerie qu’il aurait été nécessaire de les présenter davantage. De plus, cela aurait permis de mieux comprendre les difficultés qu’il rencontra pour faire reconnaître l’ordre des Chevaliers Maçons élus coën de l’univers auprès des autorités de la franc-maçonnerie française. Certes, l’objectif de l’auteur n’est pas d’analyser la doctrine de l’ordre des Élus coëns, mais il aurait été nécessaire d’y consacrer davantage de place.
Ces faiblesses sont toutefois compensées par la multitude d’informations révélées par Michelle Nahon, qui retrace avec force détails chacune des étapes de la vie de Martinès de Pasqually, mettant en évidence les rencontres qui ponctuent ce voyage. C’est là le point fort du livre. L’auteur apporte de surcroit des éclaircissements intéressants concernant les circonstances qui conduisirent le fondateur de l’ordre des Élus coëns à quitter la France en 1772. En effet, elle apporte des précisions sur la charge confiée à Martinès de Pasqually pour une parente de sa femme, d'aller recouvrer une sucession injustement retenue à Saint-Domingue. Michelle Nahon nous montre ensuite que les complications de l’affaire Labeaume, franc-maçon, alchimiste et mage bordelais accusé d’escroquerie, pourraient avoir poussé Martinès de Pasqually à quitter la France de crainte de se voir lui-même suspecter dans une affaire qui, sans le concerner directement, aurait pu lui porter ombrage.
Le livre de Michelle Nahon est complété par un index fort utile pour approfondir les nombreuses informations qu’il contient sur les multiples personnages présentés dans cette étude. De plus, une table chronologique présente une synthèse des évènements importants de la biographie de Martinès de Pasqually. On regrette cependant l’absence de quelques références dans la bibliographie, notamment à l’édition magistrale donnée par Robert Amadou du Traité sur la réintégration des êtres. Cette dernière est en effet dotée d’un appareil critique indispensable pour comprendre la pensée du fondateur des Élus coëns, et la qualité de la transcription, réalisée à partir de la copie autographe de Louis-Claude de Saint-Martin, corrige les nombreuses erreurs de l’édition publiée par Albéric Thomas chez Chacornac en 1899. Dans la courte postface qui termine cet ouvrage, Roger Dachez s’interroge : D’où vient la doctrine des Élus coëns ? Martinès l’a-t-il reçue ou forgée lui-même ? Constatant que la documentation ne permet pas encore de répondre à ces questions, il souligne l’importance de cette énigme essentielle.
Malgré des défauts qui restent inévitables dans une étude aussi vaste, il faut souligner que le livre de Michelle Nahon est un ouvrage d’une grande richesse, indispensable pour qui s’intéresse à l’illuminisme dont Martinès de Pasqually est un personnage emblématique. Loin d’une littérature qui tend le plus souvent à présenter le portrait fantasmé d’un maître, c’est l’homme que fut Martinès de Pasqually qui est ici peint, un être de chair et de sang dont l’histoire et les documents conservent des traces précieuses que Michelle Nahon nous invite à partager. ![]()
Dominique Clairembault
Éd. : Pascal Galodé - novembre 2011
ISBN : 978-2-35593-174-1
266 p.
Préface de Jean-Claude Drouin, p. 9
INTRODUCTION, p. 15.
– Pourquoi s'intéresser à ce personnage ? p. 17.
– Notre choix de présentation, p. 21.
VIE DE MARTINÈS DE PASQUALLY, p. 23.
SES ANNÉES OBSCURES, p. 25.
– Le document maçonnique de Martinès, p. 27.
- Les Stuarts, p. 28.
- Lettres patentes de 1738, p. 28.
– Le projet de Martinès, p. 33.
- L'ordre, p. 34.
- Le grade de Réau-Croix, p. 34.
- Les rituels, p. 35.
– Que sait-on sur l'homme qui détient cette patente ? p. 37.
- Qui est-il ? p. 38.
– Enfance et début de vie active dans l'armée, p. 41.
- Sa jeunesse, p. 41.
- Ses campagnes militaires, p. 43.
- Sa longue absence 45.
- Son retour, p. 46.
– Ses débuts dans les loges maçonniques, p. 51.
- Réception de Martinès dans la franc-maçonnerie, p. 52.
- Martinès dans les loges du midi de la France entre 1754 et 1759, p. 53.
- Avignon, terre papale au XVIIIe siècle, p. 54.
- Les « pouvoirs » de Martinès, p. 56.
- Essor des hauts grades, p. 57.
– Un court séjour à Toulouse, p. 59.
- Admission dans une loge toulousaine, p. 59.
- Fondation d'un temple à Toulouse, p. 60.
- Attestations militaires et maçonniques, p. 61.
- Visite dans une autre loge toulousaine ? p. 62.
SES ANNÉES FASTES
– L'arrivée à Bordeaux, p. 65.
- Arrivée à Bordeaux en 1761 et affiliation à la loge La Française..., p. 65.
- Deux brèves visites à Toulouse et création d'un temple à Bordeaux, p. 67.
- Étienne Morin à Bordeaux, p. 69.
– Année de réalisations, p. 75.
- Graves dissensions à la loge de Toulouse, p. 76.
- Arrivée à Bordeaux du maître toulousain exclu, p. 77.
- Réception de Lapeyrie par Martinès, p. 78.
- Grande Loge Écossaise, p. 78.
– Grande Loge Écossaise de Bordeaux, p. 81.
- Échanges de courriers avec la Grande Loge, p. 81.
- Les valeurs maçonniques, p. 84.
- La « vraie » maçonnerie de Martinès, p. 84.
- Les loges bordelaises, p. 85.
- Dégradation des relations bordelaises, p. 86.
- Loges légitimes, p. 88.
- Des résultats malgré les difficultés, p. 89.
- Création de chambres de justice, p. 91.
– L'affaire de l'officier étranger, p. 93.
- La Française, février 1764..., p. 94.
- Qui est cet officier ?, p. 96.
- Hostilité déclarée des loges bordelaises, p. 97.
- Liste des officiers nouvellement installés, p. 98.
- Les loges se liguent contre Martinès, p. 99
– Contexte général, p. 101.
- Les juifs, p. 101.
- Les Anglais, p. 103.
- La franc-maçonnerie, p. 103.
– Développement et scission de l'Ordre, p. 107.
- Tensions entre L'Amitié et L'Anglaise, p. 108.
- Arrivée à Bordeaux du régiment de Foix, p. 108.
- Requête en plainte, p. 110.
- L'expert de la Grande Loge, p. 112.
- Témoignage du chevalier du Fauga, p. 114.
- Dissidence au sein du temple de La Perfection Élue Écossaise, p. 115.
- Freins sur la Grande Loge écossaise, p. 117.
– Projet de mariage de Martinès, p. 119.
- Les Collas, p. 120.
– Martinès à Paris et progression de l'Ordre, p. 123.
- Le rapport Zambault, p. 124.
- Martinès à Versailles, p. 125.
- En visite dans des loges parisiennes, p. 126.
- Relations Martinès/Zambault, p. 128.
- Tensions parisiennes et décision du Grand Maître, p. 130.
- L'Ordre de Martinès à Paris, p. 131.
- Admission de Willermoz, p. 132.
– L'école de Martinès, p. 135.
- Découvertes récentes, p. 135.
- Le système de Martinès, p. 136.
- Réception des réaux-croix, p. 137.
- Journée d'un élu coin, p. 139.
- Lectures conseillées, p. 139.
- Succès de l'ordre de Martinès, p. 142.
– Progression de l'Ordre et retour à Bordeaux, p. 145.
- Visites de loges sur le chemin du retour, p. 146.
- Arrivée à Bordeaux, p. 147
SES ANNÉES DIFFICILES
– Vie quotidienne et difficultés à Bordeaux, p. 151.
- Maladie de Martinès, p. 151.
- Mariage, p. 152.
- Reprise des activités à Bordeaux et difficultés, p. 152.
- Extension de l'Ordre, p. 154.
- Initiative malheureuse de Bacon de la Chevalerie, p. 156.
- Martinès et le négoce, p. 156.
- Reprise du Tribunal Souverain de Bordeaux, p. 157.
– Arrivée de Bonnichon du Guers, p. 161.
- Préparation et travaux d'équinoxe, p. 162.
- Contretemps, p. 163.
- Attaques de Bonnichon du Guers, p. 164.
- Lettres de Grainville, p. 166.
- Questions au sujet de Martinès, p. 167.
– Martinès toujours à Bordeaux, p. 169.
- Solution aux problèmes financiers?, p. 170.
- Visite de Bacon de la Chevalerie, p. 171.
- Interventions de Grainville, p. 171.
- De nouveaux émules bordelais, p. 172.
- Période difficile, p. 174.
- Décision de Saint-Martin, p. 177.
– Deux séjours à Paris, p. 179.
- Arrivée de Willermoz à Paris, p. 180.
- Où en est la franc-maçonnerie à Paris ?, p. 181.
- Retour à Bordeaux, p. 182.
- Décès du Grand Maître, p. 183.
- Second séjour de Martinès à Paris, p. 185.
- Restructuration maçonnique, p. 187.
– Retour à Bordeaux et départ outre-mer, p. 189.
- Rédaction du Traité, p. 190.
- Travaux théurgiques, p. 191.
- Deux événements dommageables pour Martinès, p. 192.
- Dénonciation de Labeaume, p. 195.
- Préparatifs de départ, p. 196.
- Raisons de ce départ ?, p. 197.
– Martinès à Saint-Domingue et l'Ordre en France, p. 201.
- Création du Grand Orient, p. 203.
- L'Ordre en France et à Saint-Domingue, p. 204.
- Saint-Martin à Lyon, p. 206.
- Réactions de Martinès, p. 208.
– La fin officielle de l'Ordre, p. 211.
- Décès de Caignet, p. 213.
- Jean de Latour de Lacase, p. 213.
CONCLUSION
– Le rôle des élus coëns dans le milieu maçonnique, p. 219.
- Les actions de Willermoz et de l'abbé Rozier, p. 220.
- Bacon de la Chevalerie, p. Grand Orateur, p. 221.
- Bacon de la Chevalerie, Willermoz et les hauts grades, p. 223.
- La voie de Saint-Martin et celle de l'abbé Fournié, p. 224.
- Et Saint-Domingue ?, p. 225.
Bibliographie, p. 227.
Chronologie, p. 233.
Index, p. 251.
Postface par Roger Dachez, p. 261.


