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De l’influence attribuée aux philosophes,
aux franc-maçons et aux illuminés
sur la Révolution de France

Jean-Joseph Mounier

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Avec ce livre, Jean-Joseph Mounier, né à Grenoble en 1758 et mort à Paris en 1806, répond à la théorie formulée par l'abbé Augustin Barruel, celle qui veut que la révolution française résulte d'un vaste complot fomenté contre l'Église et la royauté par les philosophes, les francs-maçons et les illuminés. Le témoignage apporté par Jean-Joseph Mounier dans ce livre est d'autant plus intéressant qu'il fut un acteur de ces événements.

Élu secrétaire des États du Dauphiné en 1788, député du Tiers État aux États généraux, c'est lui qui proposa et rédigea le texte du Serment du Jeu de paume (20 juin 1789). Partisan d'une monarchie à l'anglaise, il fut l’un des créateurs du groupe des monarchiens. Soulignons qu'il a participé à la rédaction du texte de la Déclaration des droits de l'homme, dont il rédigea les trois premiers articles. Président de l'Assemblée constituante, il fut cependant découragé par l'évolution de la Révolution et démissionna en novembre 1789.

Exilé en Suisse, il publia un livre dans lequel il expose ses déceptions : Recherches sur les causes qui ont empêché les Français d'être libres (1792). Par la suite, il s’installa à Weimar pour y enseigner la philosophie et le droit. En 1801, il rentra en France, et l’admiration que lui portait Napoléon, le Premier Consul, lui valut d'être nommé préfet d'Ille-et-Vilaine avant d'être désigné conseiller d'État en 1805.

C’est en 1801 qu’il a publié à Tübingen, Paris, Londres, Amsterdam et Leyde, le livre que nous présentons ici : De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution Française, ouvrage par lequel il réfute les théories de l'abbé Barruel. Rappelons que c'est entre 1797 et 1799 que ce dernier avait publié les cinq volumes de son Histoire pour servir la mémoire du jacobisme. Reprenant les thèses de Robison (1) et d'Edmund Burke (2), Barruel s’en prenait aux philosophes et à la franc-maçonnerie, aux martinistes, et plus particulièrement aux illuminés de Bavière qu’il accusait d’être à l’origine de la Révolution. Il élaborait ainsi la thèse du « complot maçonnique » à l’origine de la révolution française. Son Histoire pour servir la mémoire du jacobisme connut un immense succès en Europe. Il fut traduit en anglais dès 1798, en allemand en 1801, et en espagnol en 1821. De nos jours encore, les thèses de Barruel font régulièrement leur apparition chez ceux qui veulent porter des accusations sur quelque obédience ou mouvement spiritualiste marginal.

Avec son livre, Jean-Joseph Mounier répond à l’abbé Barruel, tout comme à celui de son comparse Robison, et s’applique à démonter que leurs raisonnements sont faux et injustes. L’ouvrage comporte trois parties : la première s’intéresse à l’influence attribuée aux philosophes (p. 9-134), la deuxième évoque celle qui est attribuée à la franc-maçonnerie, et la troisième celle des Illuminés. Faute de place, nous nous contenterons ici d’évoquer la deuxième partie de l’ouvrage, étant donné qu’elle accorde une certaine place au martinisme.

Déclaration des droits de l'hommePrécisons que Mounier n’était lui-même ni franc-maçon ni martiniste, ainsi qu’il l’affirme dans son livre (p. 178). Il se montre d’ailleurs méfiant envers ces mouvements. Pour lui, toutes les associations secrètes sont plus dangereuses qu’utiles, et il n’a guère d’estime pour « les beaux esprits qui pratiquent la théosophie ». De son côté, Barruel connaît mal les martinistes, qu’il confond avec les Illuminés d’Avignon et les swedenborgiens : « Les mystères des martinistes n’étaient guère qu’une nouvelle forme donnée à ceux de Swedenborg. Aussi les connaissait-on également en France sous ces deux noms d’illuminés et de martinistes. » (volume II, p. 386.) Barruel s’en prend à plusieurs reprises à Saint-Martin et à son livre Des erreurs et de la vérité, dont il fait un ouvrage panthéiste et manichéen.

S’il ne partage pas le point de vue de Barruel sur le rôle de la franc-maçonnerie dans la Révolution, Mounier prend ses distances avec les théosophes, et se montre lui-même critique à l’égard des lecteurs du premier livre du Philosophe inconnu. « L’obscurité volontaire des expressions, l’usage mystérieux des nombres à l’imitation de Pythagore et des Platoniciens, que d’attraits pour les petits esprits occupés sérieusement de niaiseries maçonniques ! » (p. 151). Cependant, il défend Saint-Martin lorsque Barruel dit que Des erreurs et de la vérité « a pour but de renverser tous les gouvernements », car il est évident pour lui que les réflexions du Philosophe inconnu « ont un sens mystique, que l’auteur n’a pas eu d’autre dessein que de montrer la supériorité naturelle des hommes vertueux et éclairés sur ceux qui ne le sont pas » (p. 167).

Corrigeant Barruel, Mounier précise que le centre du martinisme n’était pas à Avignon mais à Lyon, dans la loge de la Bienfaisance. Cette loge, précise-t-il « méritait le nom qu’elle avait choisi, par les secours abondants qu’elle donnait aux pauvres » (p. 169). Évoquant le cas d’une région qu’il connaît bien, le Dauphiné, il parle du rôle de Prunelle de Lière, un martiniste de Grenoble. Il souligne que si ce dernier peut être critiqué pour certaines de ses prises de position, ce n’est « ni la franc-maçonnerie, ni la doctrine de Saint-Martin, qui ont créé ses erreurs et ses fautes ». Du reste, il minimise le rôle de Prunelle de Lière, « ce zélé martiniste […] qui n’a pas eu la moindre influence sur la révolution de France et qui n’a paru que dans la troisième assemblée » (p. 235). Et il ajoute que « Le nombre des francs-maçons martinistes qui se sont opposés aux progrès de l’anarchie, surpasse de beaucoup le nombre de ceux qui les ont favorisés » (p. 171).

Toujours à propos du rôle des martinistes pendant cette période troublée, Mounier ajoute qu’il a « été le témoin de l’anxiété qu’éprouvait un autre martiniste appelé par l’estime générale à l’une des magistratures établies par la constitution de 1791. Il savait que cette constitution était vicieuse, et ne voulait pas promettre de contribuer à la maintenir. Il savait en même temps qu’il était de la plus grande importance de ne pas laisser tomber l’autorité dans les mains des hommes avides et cruels. Cependant le respect religieux qu’il avait pour le serment, ne lui permit point d’interpréter celui qu’on lui demandait et il le refusa. J’ai connu des martinistes amis d’une sage liberté qui désiraient de voir substituer des lois fixes au pouvoir arbitraire : mais qui voulaient des améliorations successives sans troubles et sans violences. […] Je ne nomme ni les derniers ni les précédents, pour ne pas rallumer des haines trop mal éteintes » (p. 171-172).

Ces quelques points ne sauraient suffire à montrer l’importance de ce livre dans l’histoire de l’illuminisme et du XVIIIe siècle. Il est heureux que les éditions Gutenberg Reprints aient eu l'idée de remettre en circulation un ouvrage introuvable depuis longtemps. Cette édition est un fac-similé de l'édition originale.

Dominique Clairembault

Notes:

(1) Robison, John, Proofs of a Conspiracy against all the religions and Governments of Europe, Carried on the secret Meetings of Freemasons, Illuminati and Reading Societies, collected from Good Authorities, Londres, 1797-1798.
(2) Burke, Edmund, Reflections on the Revolution in France, Londres, 1790. C'est chez cet homme politique et avocat anglais que s'était réfugié Augustin Barruel pendant la Révolution.

Gutenberg Reprints, 252 p.
ISBN : 2-86554-039-1

 

• De l'influence attribuée aux philosophes

De l'influence attribuée aux sociétés de francs-maçons

Des illuminés d'Allemagne

 
 
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