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René Guénon et le Rite écossais rectifié

Jean-Marc Vivenza

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En 1913 et 1914, René Guénon publiait dans La France anti-maçonnique plusieurs articles virulents à l'encontre du Rite écossais rectifié (1). Jean-Marc Vivenza se propose ici de revenir sur ces critiques, soulignant les erreurs de cet auteur à propos des origines de cet ordre et de ses sources.

René Guénon, tout comme ceux qui se réclament de son œuvre, considère en effet que la doctrine de Martinès de Pasqually, la théosophie du Philosophe inconnu et la réforme élaborée par Jean-Baptiste Willermoz sont entachées d’éléments les excluant des sphères réservées de la « Tradition ». Pour Jean-Marc Vivenza, c’est au contraire ce courant spécifique au sein de l’ésotérisme chrétien qui est sans doute le plus clairement autorisé à pouvoir se revendiquer d’une véritable authenticité.

Selon lui, l'attitude surprenante de René Guénon est sous-tendue par une méconnaissance des fondements du christianisme et de la mystique chrétienne. L'examen des arguments présentés par cet auteur révèlent également qu'ils reposent sur une relative incompréhension de l’histoire, de la structure et de la doctrine du Rite écossais rectifié.

Comme le précise fort justement Jean-Marc Vivenza, cet ordre a hérité d'une partie importante de la doctrine de Martinès de Pasqually. En effet, Jean-Baptiste Willermoz a judicieusement adapté les théories de ce dernier, et il était important de le rappeler. Sur ce point, l'exposé de Vivenza apporte un éclairage intéressant. Il faut cependant souligner que le Rite écossais n'en constitue pas pour autant « la » continuité de l'ordre des Élus coëns, dont il n'a pas conservé les pratiques rituelles. D'un autre côté, il aurait été utile de souligner que ce rite prend sa source dans la Stricte Observance templière, et que cette racine n'est pas à négliger pour comprendre son évolution.

De même, il aurait été intéressant d'insister plus longuement sur le contexte dans lequel les critiques de René Guénon sont formulées. Elles font suite d'une part à son exclusion du mouvement martiniste créé par Papus, et naissent de l'autre à un moment où le Rite écossais reprend ses activités en France. Enfin, elles s'inscrivent dans une époque où l'anti-maçonnisme est particulièrement virulent. Il est bon de rappeler qu'alors, René Guénon, tout en étant franc-maçon, écrivait dans une revue anti-maçonnique chrétienne traditionnaliste très virulente, s'appliquant à dénoncer le « complot judéo-maçonnique ». Ce contexte n'est sûrement pas étranger aux critiques formulées par René Guénon.

Dans ce livre, Jean-Marc Vivenza s'attarde sur les jugements de Guénon à propos de la doctrine martiniste. Pour lui, cette dernière est marquée par une certaine tendance au dualisme, au manichéisme, et il considère que sa vision du monde comme « lieu de privation » est une erreur, un manquement à la doctrine. Jean-Marc Vivenza montre que si la doctrine martiniste n'a rien à voir avec le manichéisme, elle reste cohérente par rapport à la tradition chrétienne, tout comme avec les grandes lignes des principes énoncés par les Pères de l'Église. Ajoutons que cette accusation avait déjà été formulée par Augustin Barruel dans son Histoire pour servir la mémoire du jacobisme (1797-1799), qui voyait dans le martinisme deux hérésies contradictoires : le panthéisme et le manichéisme.

Pour ce qui est des jugements de Guénon à l'encontre de Saint-Martin, Jean-Marie Vivenza souligne avec justesse sa méconnaissance des écrits du Philosophe inconnu, tout comme de ceux relevant de la mystique chrétienne en général. Comme il le précise, cette position est d'autant plus étonnante que Guénon avait par ailleurs une certaine admiration pour Jacob Boehme, dont Saint-Martin fut le promoteur.

Dominique Clairembault

Note : (1) « Le Régime écossais rectifé », (article non signé), La France anti-maçonnique, 31 janvier 1913 et « Le Régime écossais rectifié », (signé sousle nom du Sphinx), La France anti-maçonnique 1er janvier 1914. Ces articles ont été réédités dans Études sur la franc-maçonnerie et le compagnonnage, 2 vol. Éditions Traditionnelles, 1964-1964. Pour une biblographie compléte de Guénon voir les références de Jean-Pierre Laurant : site René Guénon.

Editions du Simorgh
ISBN : 2-915769-03-6
140 p.

Site de l'éditeur

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Sommaire

— Introduction.

— La manifeste erreur de Guénon au sujet du Rite écossais rectifié.

— Une tragique méconnaissance de la structure intérieure du Régime Rectifié.

— La reproduction, par ses disciple, de l'initiale erreur de Guénon.

— Le nécessaire rappel des faits.

— Une stupéfiante ignorance de la nature des travaux des Élus coëns

— De la prétendue « non-orthodoxie » des conceptions martinésiennes et willermoziennes.

— L'incroyable confusion de Guénon vis-à-vis de la théosophie « saint-martinenne ».

— Conclusion.

— Bibliographie.

 

 
 
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