La Philosophie mystique en France à la fin du XVIIIe siècle - Saint-Martin et son maître Martinez de Pasqualis

Adolphe Franck

Retour listeAdolphe Franck (1810-1893), philosophe, professeur de philosophie à Douai, Nancy et Versailles, puis conservateur adjoint de la Bibliothèque impériale (1842), entre à l’Académie des sciences morales et politiques, en 1844. Il reprend l’enseignement en 1847 en donnant un cours de philosophie sociale à la Sorbonne. De 1849 à 1852, il est le suppléant de Barthélemy Saint-Hilaire dans sa chaire de philosophie grecque et latine. Enfin, de 1854 à 1856, il est chargé du cours de droit de la nature et des gens au Collège de France. Il devint titulaire de cette chaire de 1856 à 1881. Il meurt le 11 avril 1893, en laissant une œuvre importante.

Adolphe Franck est surtout connu pour sa participation au Dictionnaire des sciences philosophiques (1843-1852) dont il fut le rédacteur principal. Son livre La Kabbale ou philosophie religieuse des hébreux, publiée en 1843 a fait de lui le rénovateur des études sur la kabbale.

C’est en 1866 qu’il a publié l’ouvrage qui nous intéresse plus particulièrement : La Philosophie mystique en France au XVIIIe siècle, Saint-Martin et son maître Martinès de Pasqually (Paris, Germer Baillière, collection « Bibliothèque de philosophe contemporaine », 228 p). Il s’agit là d’une des premières études importantes sur la philosophe de Louis-Claude de Saint-Martin, après celles d’Elme Caro, Du mysticisme au XVIIIe siècle, essai sur la vie et la doctrine de Saint-Martin, publié en 1852 et de Matter, Saint-Martin, le Philosophe inconnu... Même si sur certains points, notamment en ce qui concerne la biographie du Philosophe inconnu, ou de celle de son maître, Martinès de Pasqually, le livre d’Adolphe Franck souffre de quelques défauts, son analyse sur la pensée du Philosophe inconnu reste très instructive.

C’est en philosophe qu’Adolphe Franck aborde la pensée de Saint-Martin. Son livre témoigne d’une étude sans concession de la pensée du théosophe d’Amboise. Analysant l’ensemble de son système, qu’il présente comme « une sorte d’épopée divine en trois chants, qui auraient pour titres : l’émanation, la chute, la réintégration », il souligne également la valeur de sa démarche philosophique et de ses découvertes. Sur ce point, il montre combien ses observations sur l’origine des langues étaient pertinentes. Enfin, Adolphe Franck montre que Saint-Martin, loin de verser dans un ésotérisme abscons, fut « le Descartes de la spiritualité », c’est-à-dire le défenseur de la conscience humaine face aux illusions du mysticisme et du rationaliste de son temps.

L’une des originalités du livre de Franck, c’est d’avoir également contribué à faire connaître le Traité sur la réintégration de Martinès de Pasqually. qu'il présente comme un midrash. Il offre en appendice de son livre, un large extrait de ce traité qui constitue la première publication d’un texte qui ne connaîtra d’édition complète qu’en 1899. C’est le fils de Jacques Matter qui lui confia le manuscrit de ce traité, alors inconnu des lecteurs de Saint-Martin.

Même si beaucoup d’auteurs ont utilisé l’étude d’Adolphe Franck sur Saint-Martin, peu nombreux sont ceux qui s’y sont référés explicitement. Il faut dire que son livre n’a connu qu’une seule édition. Introuvable depuis longtemps, la nouvelle publication par les éditions de la Tarente est la bienvenue. Notons qu'il s'agit d'une publication en série limitée dont il faut profiter au plus vite.

 

Dominique Clairembault

 

ISBN 2-916280-07-3, 174 p.
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Chapitre I. – Du mysticisme en général. – De ses rapports avec la philosophie et la religion. –Martinès Pasqually, son origine, sa vie et sa doctrine.

Chapitre II. – Saint-Martin. – Son enfance. – Sa première éducation. – Sa rencontre avec Martinès Pasqually. – Ses succès dans les salons. – Ses voyages. – Ses rapports avec madame de Boecklin.

Chapitre III. – Suite de la vie de Saint-Martin. – Son retour à Amboise. – Sa solitude. – Son désespoir. – Sa correspondance avec Kirchberger. – Le général Gichtel. – Sœur Marguerite du Saint-Sacrement. – Conduite de Saint-Martin pendant la Révolution française. – Son entrée aux écoles normales. – Sa mort.

Chapitre IV. – Doctrine philosophique de Saint-Martin. – Ses premiers ouvrages. – Sa discussion avec Garat. – Sa théorie sur le langage. – Sa polémique contre les savants du XVIIIe siècle. – Sa polémique contre les prêtres et les théologiens.

Chapitre V. – Doctrine politique de Saint-Martin. – Son opinion sur l’origine de la société. Sa polémique contre J.-J. Rousseau. – Répudiation de la souveraineté du peuple. – Lettres sur la révolution française. – Ce qu’elle a de commun avec les Considérations sur la France, de Joseph de Maistre.

Chapitre VI. – Doctrine religieuse de Saint-Martin. – Théosophie. – Saint-Martin n’est point panthéiste. – Idées de Saint-Martin sur la nature divine. – Sur l’origine des êtres. – Sur la nature de l’homme. – Doctrine de la chute de l’homme.

Chapitre VII. – Doctrine de la réhabilitation. – Action réparatrice du temps. – Raison de notre exil sur la terre. – But de l’institution des sacrifices. – Vertu purificatrice du sang. – Sacrifice du Réparateur. – Incarnation spirituelle et incarnation matérielle. – La mort. – L’enfer. – La métempsychose. – Expiation finale. – Réconciliation de Satan avec Dieu. – Destruction de la nature et béatitude suprême. – Conclusion.

Appendice. – Traité sur la réintégration des êtres dans leurs premières propriétés, vertus et puissances spirituelles et divines, par Martinez Pasqualis.