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Saint-Martin en libraire
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Sommaire > Livres > Lectures illuminisme Antoinette Bourignon Salomon Reinach
Prédentation de l'éditeur : Le nom d'Antoinette Bourignon est aujourd'hui bien oublié. Elle fut pourtant une célébrité européenne. Elle forma des disciples, faillit fonder un État et fut vénérée de quelques-uns comme une sainte. Parmi les auteurs qu'on lit encore, Bayle est le seul qui ait parlé d'Antoinette autrement que par ouï-dire. Dans deux articles de son Dictionnaire, il a raconté sa vie et insisté, avec l'ironie qui lui est propre, sur quelques points singuliers de sa doctrine. C'est par Bayle, et par lui seulement, que Voltaire l'a connue ; encore s'est-il contenté de lui lancer en passant quelques épigrammes. Sainte-Beuve, qui avait presque tout lu, la cite une fois dans Port - Royal, en relatant les démêlés qu'elle eut avec les Jansénistes. Antoinette ne fut cependant pas une mystique ordinaire. Elle joignit le courage de l'action à celui de la pensée. Mystique et visionnaire, ce n'est pourtant pas pour la vie éternelle qu'elle cherche à recruter des disciples. Ses desseins sont plus pratiques et plus terrestres ; son rêve, qu'elle n'a pu réaliser, a été de fonder une sorte de république de parfaits « pour vivre à la façon des chrétiens en la primitive Église ». Son mysticisme ne se paye pas de vagues espérances : elle appelle, elle prévoit l'avènement de l'idéal qu'elle a conçu, sur la terre même où nous vivons, au sein d'une humanité non seulement régénérée au moral, mais physiquement transformée. Note de lecture : Salomon Reinach (1858-1932) consacra une partie de sa vie à l'étude des cultes, des mythes et des croyances. Durant des années, il a publié d'importantes études dans des revues, textes qui entre 1905 et 1923 furent réunis en cinq gros volumes intitulés Cultes, mythes et religions. C'est de l'une de ces premières publications, La Revue de Paris du 15 octobre 1894, qu'est extraite la notice sur la mystique flamande Antoinette Bourignon (1616-1680), proposée par les éditions de l'Arbre d'Or. Lorsque Salomon Reinach s'est rendu à la Bibliothèque nationale pour consulter les œuvres d'Antoinette Bourignon, il était persuadé que personne, depuis le XVIIe siècle, n'avait eu le courage de les lire. Pourtant, il eut une illustre prédécesseur en la personne de Louis-Claude de Saint-Martin. En effet, en octobre 1795, Nicolas Kirchberger écrivait au Philosophe inconnu que les ouvrages d'Antoinette Bourignon « lui étaient tombés entre les mains ». Il avait même recopié un extrait de l'un de ses ouvrages, La Lumière du monde, pour l'envoyer à son ami. Saint-Martin l'apprécia beaucoup. Ne pouvant trouver les ouvrages de cette « fille intéressante », il avoua quelques mois plus tard à son ami suisse, qu'il se rendait presque tous les jours à la Bibliothèque nationale pour consulter ses œuvres. Il ajouta même : « Autant notre ami Boehme me paraît utile à nos lumières, autant Bourignon me paraît utile à notre salut. » Toutefois, après avoir lu La Lumière née en ténèbres, il tempéra son enthousiasme. Cet ouvrage, commenta-t-il, « sans être correct ni très étendu, renferme cependant des choses infiniment précieuses » ( Portrait, n° 714). C'est à la rencontre de cette voyante lillioise que Salomon Reinach nous invite avec cette courte étude. La première partie de son texte – chap. I à IV – nous entraîne à la découverte de l'existence tumultueuse d'une femme qui, depuis l'enfance, prétendait avoir des longs entretiens avec Dieu. Considérée par certains comme une prophétesse et par d'autres comme une sorcière, elle rêvait d'établir une sorte de république des parfaits, pour vivre à la façon des premiers chrétiens. Salomon Reinach nous fait découvrir les périples qu'elle endura à Lille, Gand, Amsterdam, Harlem et Hambourg, pour échapper aux foudres de ses détracteurs. La seconde partie de ce texte – chap. V et VI – aborde quelques points de sa doctrine comme celui du nécessaire abandon de toute volonté propre pour entrer dans le royaume de Dieu. L'auteur y évoque sa théorie de l'androgynat d'Adam, puisée en partie chez Jacob Boehme, mais possédant son originalité propre. Il présente également ses idées à propos de la fin des temps. Antoinette Bourignon annonçait comme imminente la révélation finale, période marquée par le retour du Christ venu diriger un nouveau règne, non pas sur une autre Terre et sous un autre ciel, mais sur la Terre même. Antoinette Bourignon a laissé une œuvre importante que Pierre Poiret s'est efforcé de rassembler. Elle ne comporte pas moins de dix-neuf volumes qui restent difficiles à trouver, sauf dans les bibliothèques possédant des fonds anciens. Gageons que la réédition de la notice de Salomon Reinach, si incomplète soit-elle par rapport à des études plus récentes comme celle de Marthe von Der Does (1974), donnera envie de découvrir cette mystique originale. On regrette toutefois que l'éditeur n'ait pas jugé utile de préciser l'origine du portrait utilisé pour la couverture de cette étude où l'on peut lire : « En dehors de quelques indications vagues de Poiret, nous ne savons rien de son apparence physique. » Il existe pourtant un portrait d'Antoinette Bourignon que son disciple et biographe Pierre Poiret a peint de mémoire quelque temps après la mort de la prophétesse. Dominique Clairembault Éditions de l'Arbre d'Or, texte
imprimable, 31
p.
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