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Sommaire > Livres > Lectures études La Figure d'Adam Cahiers du Groupe d'Études Spirituelles Comparées (GESC) n° 11
De Martines de Pasqually à Louis-Claude de Saint--Martin : dramaturgies adamiques. Nicole Jacques-Lefèvre se propose ici d’exposer brièvement le mythe d’Adam chez Martines de Pasqually et son disciple le plus inspiré, Louis-Claude de Saint-Martin. S’appuyant sur le Traité de la réintégration des êtres, l'auteur expose tout d’abord les différents moments de la dramaturgie adamique chez Martines de Pasqually, soulignant le fait que ce dernier met d’emblée l’accent sur l’existence d’une faille d’Adam, que l’on pourrait qualifier d’ontologique. Avant même d’œuvrer, le mineur spirituel est saisi d’un trouble devant sa propre puissance, trouble qui va le pousser à vouloir s’approprier la puissance divine et aboutira à la prévarication. La conception de la figure adamique chez Martines de Pasqually se distingue par ailleurs de la tradition chrétienne sur au moins deux points : la faute ne porte pas sur la connaissance reçue par Adam, mais sur son action dont il fait mauvais usage ; et Ève n’en est aucunement responsable. Dans la seconde partie de son exposé, Nicole Jacques-Lefèvre étudie le devenir de ce mythe fondateur pour la théurgie maçonnique martinésiste chez Louis-Claude de Saint-Martin. Alors que l’histoire d’Adam expliquait la destinée de l’homme chez Martines de Pasqually, le Philosophe inconnu la reconstitue à partir de son observation de l’homme terrestre. Celui-ci a gardé en effet la nostalgie de sa glorieuse origine, mais ses regrets, loin de l’enfermer dans de moroses remémorations, l’incitent au contraire à reconquérir ses droits naturels pour « accomplir une destinée interrompue ». Deux figures d’Adam coexistent chez Louis-Claude de Saint-Martin : « l’administrateur de l’univers » – l’Adam Kadmon des kabbalistes – et l’homme-enfant. Pour le Philosophe inconnu en effet, Adam n’est pas un être parfait, achevé, mais en devenir, devant développer le germe reçu de Dieu. Sa faute n’a pas été commise par orgueil, mais par la faiblesse et la facilité tout enfantines à être séduit et attiré par les objets sensibles environnants. On reconnaîtra ici l’influence de son second maître, Jacob Boehme, évoquant la fascination du premier homme pour le sensible. Ainsi Saint-Martin prolonge-t-il la notion martinésienne de faille ontologique tout en s’en démarquant. Pour compléter cette étude, nous ne saurions trop recommander l’ouvrage de Nicole Jacques-Lefèvre : Un illuministe au Siècle des lumières, Louis-Claude de Saint-Martin, Paris, Dervy, coll. « Bibliothèque de l’hermétisme », 2003. Ses analyses rigoureuses et pertinentes possèdent ce mérite rare d’allier la finesse de la pensée à la beauté de l’écriture. Soulignons enfin l’originalité de son approche en livrant ici un extrait de son avant-propos : « L’interprétation, depuis le XIXe siècle, de l’œuvre de Saint-Martin s’est longtemps trouvée prise entre deux types de lectures extrêmes, quelque peu partisanes l’une et l’autre, et masquant la complexité, et donc l’intérêt de son écriture. D’un côté, une lecture traditionaliste faisait de Saint-Martin le porte-parole d’une vérité absolue, anhistorique, dont il n’aurait été que l’un des jalons. De l’autre, on ne voulait voir en lui que l’un des chefs de file au xviiie siècle de l’anti-philosophisme le plus radical, le représentant d’une pensée politique conservatrice, l’un des maîtres de Joseph de Maistre et de Bonald. C’est en réaction contre ces deux types de lecture réductrice, et dans la mouvance de la redécouverte de l’importance de l’Illuminisme dans le cadre même des Lumières et du début du Romantisme par Jean Fabre et Léon Cellier, que j’ai abordé, il y a maintenant bien des années, l’étude du Philosophe inconnu, dont l’importance résidait justement pour moi dans un rapport très complexe aux Lumières. » Les Cahiers du Groupe d’Études Spirituelles Comparées sont publiés par les Éditions Archè Édidit, 76 rue Quincampoix, 75004 Paris.
Archè Edidit, 107 p. ISBN : 88-7252269-2
Le Groupe d’Études Spirituelles Comparées, animé par Antoine Faivre, Claudie Lavaud, Bruno Pinchard, Robert Salmon, Bertrand Vergely et Jean-Louis Vieillard Baron, a fondé cette Association pour poursuivre le travail accompli dans l’esprit de l’Université Saint-Jean de Jérusalem, c’est-à-dire l’exploration des thèmes communs aux religions du Livre : Judaïsme, Christianisme et Islam. La compréhension n’est possible d’une façon rigoureuse intellectuellement que dans un champ bien défini, qui est celui de la tradition biblique. Une herméneutique comparée des textes religieux ou d’inspiration religieuse, suppose une connaissance historique précise des domaines généralement moins explorés qui sont à la frontière de la philosophie et de la religion, comme, par exemple, la théosophie chrétienne ou la gnose. Philosophie et religion, loin de s’exclure, s’enrichissent mutuellement : les mystiques de l’islam iranien étudiés par Henry Corbin, les penseurs russes de l’orthodoxie, comme Nicolas Berdiaeff, Vladimir Soloviev, Vasilij Rozanov, nous montrent combien l’expérience religieuse s’exprime en termes philosophiques d’une extrême fécondité. Ce vaste champ n’est pas, ou peu, couvert par les disciplines universitaires traditionnelles, dont souvent le cloisonnement et la spécialisation sont le reflet d’un positivisme de principe et de méthode. Inversement, une forme d’unanimisme facile, parfois confondu avec la science des religions, consisterait à négliger la spécificité des divers faits religieux au profit d’amalgames dépourvus de rigueur. Les recherches du G.E.S.C. (Groupe d’Études Spirituelles Comparées) entendent se garder de ces deux écueils et suivre, sans servilité ni désir stérile d’imitation, l’exemple de ceux qui, comme Jean Baruzi ou Henry Corbin, ont tenté de cerner le fait religieux au plus près, sans se placer dans une position confessionnelle, ni annexer au profit d’un travail intellectuel l’autorité d’une quelconque Église. Elles visent aussi à éclairer la façon dont l’inspiration religieuse pénètre et transforme la culture sous toutes ses formes, en particulier dans l’art, qui exprime une expérience spirituelle originale et profonde. |
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