Sosmmaire < L'Homme <
Notice de René Tourlet - 3
Notice historique sur les principaux ouvrages
du Philosophe inconnu... (4e partie)
[une « interview » de Saint-Martin]
|
Ne pouvant réfuter ce que je ne comprends point, je me garderai de combattre sa théorie des nombres et de leurs vertus comme recelant de grandes vérités, du nombre parfait quatre, du nombre faux neuf, etc. J'eus un jour là-dessus avec lui une explication assez vive : en la rapportant, j'omettrai sans doute les mots sacramentaux dont il se servit, mais je ne m'écarterai pas du moins des idées que j'y attachai. Le sujet de notre conversation était un poète grec auquel M. de St-M. donnait quelques éloges ; il ne s'agissait point du traducteur ; je lui demandai s'il ne trouvait pas comme moi que les comparaisons fussent trop fréquentes chez ce poète. — St.-Martin. Mais on aime toujours les comparaisons, parce qu'elles supposent une réalité. — Moi. En effet les comparaisons rehaussent et anoblissent l'expression de la nature. — St.-Martin. Eh ! la nature qu'exprime-t-elle ? De qui est-elle le type ? — Moi. Je n'aime point à remonter au-delà. La nature comprend tout ce qui existe. — St.-Martin. Vous ne remontez pas au-delà !... pas même d'un échelon... d'un seul... pour arriver à l'universalité des êtres... — Moi. Ce serait remonter à l'infini — St.-Martin. À l'infini, si vous voulez ; mais arrêtez-vous à l'unité, nombre principe. — Moi. Alors, l'unité n'est qu'un nombre abstrait. La nature est la collection des individus. Les individus seuls existent, mais leur collection ou l'unité n'existe nulle part. — St.-Martin. Au contraire, tout
individu est compris dans l'unité. La vertu,
l'énergie ne
peut être que dans l'unité. L'unité est
le centre d'où émanent les autres nombres,
comme autant de rayons ; ces nombres sont autant d'êtres qui
n'existent que par leur rapport avec l'unité. Voulez-vous
donc qu'il y ait des rayons sans centre. — Moi. Et vous voyez là les vertus des nombres. — St.-Martin. Oui sans doute. — Moi. Je vous plains. — St.-Martin. Je vous invite à chercher. — Moi. Mais j'ai lu là dessus vos livres, et je plains ceux qui les comprennent. — St.-Martin. Ceux qui les comprennent ne sont pas à plaindre, ils ne cherchent plus, ils suivent la voie... Là, nous fûmes interrompus ;
j'étais humilié d'avoir montré quelque humeur,
tandis que je n'avais pas remarqué en lui la plus légère émotion.
Cependant ce jour là même, nous nous quittâmes
satisfaits l'un de l'autre. Quand j'eus occasion de le revoir depuis,
je me gardai bien de toucher le même chapitre. (Note de
René Tourlet.) |
© Les textes, documents et illustrations publiés sur ce site sont protégés par un copyright ; leur reproduction, partielle ou intégrale, est interdite.