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de René Tourlet - 2
Notice historique sur les principaux ouvrages
du Philosophe inconnu... (3e partie)
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Nous remarquerons, sans aller plus loin, que le philosophe inconnu rattache toutes les sciences et toutes les questions possibles à la théorie dont nous venons de parler ; ainsi les lecteurs doivent s'attendre à trouver dans ses ouvrages, la solution de toutes les différentes questions physiques, métaphysiques, mathématiques, religieuses, politiques, chimiques, etc., qui aient jusqu'ici occupé l'esprit humain ; et nous dirons franchement que la science peut beaucoup gagner à l'examen approfondi de quelques-uns de ces ouvrages [4] ; en général, ses raisonnements sont pleins de force ; sa logique est serrée ; il est difficile de nier ses principes, et souvent plus difficile encore d'en éluder les conséquences. Quelque opinion qu'on adopte, on ne peut lire qu'avec fruit, 1° son Essai sur les signes et sur les idées, relativement à la question de l'Institut : déterminer l'influence des signes sur la formation des idées ; 2° son opinion sur le sens moral et sur la distinction entre les sensations et les idées, objets d'uns discussion publique, dans la séance des Écoles Normales, le 9 ventose an III, entre l'élève Louis-Claude de Saint-Martin et le professeur Garat ; l'impression de la Lettre qui en contient les détails et qu'on lit dans le tome troisième du recueil déjà cité, fait selon nous le plus grand honneur à ce dernier, qui ne craignit pas de mettre au jour toute la puissance de son adversaire. Qu'en est-il résulté ? un avantage réel ; c'est que la question la plus abstraite qui fut jamais a été traitée à fonds, et qu'on ne peut rien ajouter aux éclaircissements donnés de part et d'autre dans cette dispute mémorable. Au reste, ce n'est qu'en lisant ses ouvrages qu'on se formera une idée de la manière dont il traite des questions trop fameuses, celles sur la nature de la matière, sur sa force d'inertie, sur la divisibilité de ses parties, sur le principe du mouvement, etc. On chercherait en vain ailleurs une profondeur égale à celle qu'il a montrée dans des sujets aussi arides : ses résultats sont quelquefois bien singuliers, mais toujours puissamment motivés ; c'est ainsi qu'il prétend qu'un principe immatériel est nécessairement à la base de toute corporisation, et par conséquent, de la matière elle-même. Son opinion, à cet égard, nous semble avoir quelqu'analogie avec celle de Descartes, sur la matière subtile. Mais, parfois aussi, le philosophe inconnu, craignant de profaner ce qu'il appelle la vérité, devient énigmatique, ce qui ajoute encore à l'obscurité des questions qu'il veut résoudre ; ce défaut est surtout sensible dans son Crocodile, qu'on n'entend guère mieux que le Pantagruel de Rabelais, à moins qu'on n'en ait la clef, et qu'on ne sache que madame Jof est la foi, Sédir le désir, Ourdek le feu, etc. Voici le titre de cette production vraiment originale : Le Crocodile, ou la guerre du bien et du mal, arrivée sous le règne de Louis XV ; poème épiquo-magique, en CII chants, dans lequel il y a de longs voyages sans accidents qui soient mortels ; un peu d'amour sans aucune de ses fureurs ; de grande batailles sans une goutte de sang répandu ; quelques instructions sans le bonnet de docteur, et qui, parce qu'il renferme de la prose et des vers, pourrait bien en effet n'être ni l'un ni l'autre.Oeuvre posthume d'un amateur des choses cachées, à Paris, de l'imprimerie du Cercle-Social, etc., an VIII de la République française. Il aimait en effet les allégories et les choses cachées ; il a traduit de l'allemand en français les Principes, l'Aurore naissante de Boehm, etc. Nous ne parlerons point de ses autres ouvrages, tels que le Livre rouge ; l'Ecce Homo ; l'Homme de Désir ; le Cimetière d'Amboise, etc., etc. ; parce que nous n'en connaissons presque que les titres, et parce que, suivant l'auteur, tous renferment le même fonds de doctrine. Nous nous permettrons encore moins de critiquer aucune de ses opinions. Cependant nous sommes bien persuadés que, dans ses nombreux écrits, le philosophe inconnu a été plus d'une fois la dupe de son cœur et de son imagination, et qu'en cela, il a payé sa dette à l'humaine faiblesse [5] ; nous croyons, par exemple, que rien n'est plus faux que son système sur l'association humaine, dans lequel, cherchant hors de la nature les fondements du Pacte Social, il établit comme seul légitime un régime théocratique plus convenable à des anges qu'à des hommes. Mais il serait injuste, et même déraisonnable, de supposer que l'orgueil ou l'ambition de fonder une secte particulière l'aient entraîné dans de semblables écarts. Ses opinions sont bizarres, étranges même ; mais il les croit fondées, il ne les défend que par amour pour la vérité, et c'est uniquement pour la faire triompher que selon ses propres expressions il a déclaré la guerre, et aux savants qui ont tellement défiguré la nature, que ce miroir est devenu méconnaissable entre leurs mains, et aux philosophes qui ne reconnaissent point dans l'homme le privilège d'avoir une âme intellectuelle et immortelle, et aux théologiens, et aux princes des prêtres, qui, d'une part, rétrécissant les facultés de l'homme, parce qu'ils veulent dominer sa croyance ; de l'autre ne nous montrant dieu qu'armé de son tonnerre et de feux vengeurs, semblent mettre une barrière éternelle entre dieu et son image. Enfin, si nous voulons juger l'homme, ses actions sont là, et toute la vie du philosophe inconnu nous démontre qu'elle ne fut qu'une application continuelle du précepte qu'il recommande souvent dans ses écrits, et qu'il pratiqua mieux que personne : « Il est bon de jeter continuellement les yeux sur la science, pour ne pas se persuader qu'on sait quelque chose ; sur la justice, pour ne pas se croire irréprochable ; sur toutes les vertus, pour ne pas penser qu'on les possède. » Tourlet |
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