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| Portrait de Saint-Martin publié dans le numéro 27, en juillet 1847 du Magasin Pittoresque. | ||
Saint-Martin a écrit un grand nombres d'ouvrages sans les signer, ou en se désignant seulement sous le nom de Philosophe Inconnu . Les principaux sont : 1° Des erreurs et de la Vérité ; 2° Tableau naturel ; 3° L'Homme de désir ; 4° Le Nouvel homme ; 5° Ecce Homo ; 6° Le Crocodile ; 7° De l'esprit des choses ; 8° Le Ministère de l'homme esprit.
Il a traduit de Boehme, ce pauvre cordonnier allemand qui est au premier rang des mystiques, quatre ouvrages : L'Aurore naissante, Les Trois Principes, les Quarante questions sur l'âme, La Triple Vie.
« C'est à Paris, dit-il, partie chez Madame de Lusignan, au Luxembourg, partie chez Madame de Lacroix, que j'ai écrit le Tableau Naturel, à l'instigation de quelques amis ; c'est à Londres et à Strasbourg que j'ai écrit L'Homme de désir, à l'instigation de Thieman ; c'est à Paris que j'ai écrit l' Ecce homo , d'après une notion vive que j'avais eue à Strasbourg ; c'est à Strasbourg que j'ai écrit Le Nouvel Homme, à l'instigation du cher Silverichm, ancien aumônier du roi de Suède et neveu de Swedenborg. »
Saint-Martin avait laissé des manuscrits dont une partie a été publiée sous le titre d' œ uvres posthumes (6). C'est peut-être ce dernier ouvrage que doivent lire avant tout les personnes qui désireraient connaître et apprécier les tendances philosophiques, sinon la doctrine de Saint-Martin (7). On y trouve plusieurs choix de sentences, et divers essais, entre autres : Des trois époques de l'âme ; Quel est le premier ouvrage de l'homme ? ; le Mémoire sur la question proposée par l'Académie de Berlin ; un Traité des Bénédictions ; les Rapports spirituels et temporels de l'arc-en-ciel ; des fragments littéraires ; enfin, quelques poésies plus remarquables par la pensée que par le rythme, entre autres, Le Cimetière d'Amboise.
Il parut pressentir sa fin avec plus de joie que de crainte. « Le 18 janvier 1803, qui complète ma soixantaine, m'a ouvert un nouveau monde. Mes expériences spirituelles ne vont qu'en s'accroissant. J'avance, grâce à Dieu, vers les grandes jouissances qui me sont annoncées depuis longtemps, et qui doivent mettre le comble aux joies dont mon existence a été comme constamment accompagnée dans ce monde. »
Il écrivit, peu de temps avant de mourir, quelques belles pages sur la mort, qui commencent par cette impétueuse apostrophe : « La mort ! est-ce qu'il y en a encore ? est-ce qu'elle n'a pas été détruite ? »
Dans l'été de 1803, il avait fait un voyage à Amboise, où il avait retrouvé avec plaisir quelques bons amis ; il avait visité avec une pieuse émotion la maison où il était né. Il mourut le 13 octobre (8) 1803 à Aunay (9), dans la maison de campagne du sénateur Lenoir-Laroche. Saint-Martin avait toujours été d'une santé assez faible. « On ne m'a donné de corps qu'un projet, dit-il. Ma faiblesse physique a été telle, et surtout celle des nerfs, que, quoique j'aie joué passablement du violon pour un amateur, mes doigts n'ont jamais pu vibrer assez fort pour faire une cadence. »
Il a été quelquefois sévère envers lui-même dans différents passages de ses écrits où il a essayé de se peindre : « J'ai été gai, dit-il, mais la gaieté n'a jamais été qu'une nuance secondaire de mon caractère… Je m'ennuie quand les gaietés sont trop longues, ou bien je deviens désagréable et dur par impatience ; chose dont je me repens et qui est très opposée à ma manière d'être. »
Toutes les personnes qui ont connu ce philosophe (et plusieurs vivent encore) s'accordent à dire qu'il était charitable, bienveillant, d'un caractère aimable. Il avait un regard doux, affectueux et noble. Une personne disait de lui en termes un peu maniérés qu' il avait les yeux doublés d'âme . (10)
Il est nécessaire d'ajouter que quelques-uns même de ceux qui ont le mieux apprécié ses excellentes qualités l'ont considéré comme un homme bizarre, excentrique, et affectant d'entourer de plus de mystère qu'il n'en était utile, une doctrine assez vague et assez obscure par elle-même. Il est certain d'ailleurs que Saint-Martin ne se défendait point d'appartenir par ses convictions à la série d'esprits que l'on comprend généralement sous le nom de théosophes et de mystiques, et parmi lesquels sont Rosencreuz, Rusbrock, Agrippa, François Georges, Valentia Voigel, Thomassius, les deux Van Helmont, Adam Boreil, Boehm, Poiret, Giurinus, Kullmann, Henri Morus, Pordage, Jeanne Léade, Swedenborg.
Il ne voulait pas qu'on l'appelât spiritualiste ; il aurait mieux aimé la qualification de diviniste. « Les gens du monde me traitent de fou ; je veux bien ne pas contester avec eux sur cela : seulement, je voudrais qu'ils convinssent que s'il y a des fous à lier, il y a sûrement des fous à délier, et ils devraient au moins examiner dans laquelle de ces deux espèces il faudrait me ranger, afin qu'on ne s'y trompât point. »
« On m'a regardé assez généralement comme un illuminé ; quand on m'appelle ainsi, je réponds que cela est vrai, mais que je suis un illuminé d'une rare espèce ; car je peux, quand il me plaît, me rendre tellement comme une lanterne sourde, que je serais trente ans auprès de quelqu'un qu'il ne s'apercevrait pas de mon illumination, s'il ne me paraissait pas fait pour qu'on lui en parlât. »
Quelles que fussent au fond les traditions et la doctrine de Saint-Martin, si l'on veut le juger seulement par ses écrits, on remarque avant tout qu'il a un profond sentiment religieux, qu'il professe un pur spiritualisme et une excellente morale. Il a écrit d'admirables pages sur la vertu de la prière. Nous ne connaissons rien de plus touchant que ces simples paroles de Saint-Martin : « À force de répéter mon père , espérons qu'à la fin nous entendrons dire mon fils. »
Il dit dans son ouvrage intitulé Le Nouvel Homme : « L'âme de l'homme est primitivement une pensée de Dieu : de là, il résulte que le moyen de nous renouveler en rentrant dans notre vraie nature, c'est de penser par notre propre principe, et d'employer nos pensées comme autant d'organes pour opérer ce renouvellement. »
En somme, les œuvres de Saint-Martin, dans leur plus grande partie, si l'on veut les lire avec simplicité et en se tenant seulement un peu en garde contre la tendance mystique, renferment d'excellents conseils, de belles pensées, consolantes pour ceux qui souffrent et aspirent à un état meilleur, fortifiantes pour ceux qui ne sont pas inaccessibles au doute et à une sorte de langueur morale. Aussi croyons-nous que les écrits de ce philosophe mériteraient d'être plus recherchés. Il est vrai que leur style, parfois incorrect, exalté ou obscur, a dû contribuer à détourner un grand nombre de lecteurs. La forme entre pour une part si importante dans la destinée des livres, que souvent elle emporte le fond. Saint-Martin comprenait bien ce qui lui manquait, et il n'a point su se défendre de quelque regret ou même de dépit dans sa vieillesse, en voyant le peu d'empressement du public à le lire. Il a laissé échapper, à cet égard, des plaintes qu'il n'avait probablement pas l'intention de laisser entendre au public, et que cependant on a dû respecter dans le choix de ses Œuvres posthumes .
« Il y a de bonnes raisons, dit-il, pour que les livres des savants et des littérateurs l'emportent sur les miens : 1° ils sont mieux faits, et, dans le vrai, leurs auteurs ont grand besoin de suppléer par la forme à ce qui manque au fond dans leur production ; 2° leurs ouvrages doivent faire fortune plus que les miens, parce qu'ils songent plus que moi à travailler pour ce monde-ci, attendu que je ne travaille que pour l'autre. Le monde m'a repoussé à cause de l'obscurité et de l'imperfection de mes livres. S'il s'était donné la peine de me scruter profondément, peut-être aurait-il goûté mes livres à cause de moi, ou plutôt à cause de ce que la Providence a mis en moi. » Parfois un sentiment d'orgueil s'élevait en lui, et il se consolait en disant : « Ce n'est point à l'audience que les défenseurs officieux reçoivent le salaire des causes qu'ils plaident, c'est hors de l'audience et après qu'elle est finie. »
Après tout, Saint-Martin n'est pas aussi inconnu (11) qu'il semblait redouter de l'être. Même au seul point de vue littéraire, il s'en faut de beaucoup que ce soit un écrivain sans éloquence et tout à fait sans agrément. Quelquefois ses pensées sont exprimées avec concision, avec force et avec bonheur. Prochainement, nous appuierons cette remarque par quelques exemples qui, nous l'espérons, frapperont en même temps l'attention de nos lecteurs par un mérite plus profond.
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6 Idem.
7 Précieuse recommandation qui, selon les spécialistes, garde, un siècle et demi plus tard, sa juste valeur.
8 L'auteur reproduit la coquille que l'on trouve dans la biographie de Gence et dont il s'est inspiré pour écrire ce texte. Ce n'est pas le 13, mais le 14 octobre qu'il est mort. Nombreux sont ceux qui par la suite, reproduiront cette erreur.
9 Aulnay, commune de Châtenay-Malabry, à l'emplacement de l'actuel numéro 124.
10 Mis en italiques par le copiste de ce document. L'expression est remarquable, qu'elle mérite d'être davantage remarquée !
11 Pour ce qui est de sa notoriété, à la même époque, elle était solidement établie tant en Allemagne qu'en Russie.
12 Cette dernière ligne confirme, si besoin était, la « livraison » périodique de maximes, pensées de Saint-Martin dans les numéros suivants. Combien ? nous ne le savons pas précisément, à défaut de disposer de la collection complète du Magasin Pittoresque . Demeure la recherche… la queste ardente, avec le bonheur de trouver et de partager. Nul doute que cet appel sera entendu !
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