
Notes
Saint-Martin au Magasin Pittoresque
Une biographie anonyme du Philosophe inconnu
Xavier Cuvelier-Roy et Dominique Clairembault
C'est sans doute avec curiosité qu'en
1842, les abonnés de la
revue Le Magasin Pittoresque découvraient dans le numéro
d'août (n° 35 tome X, p. 277) cette pensée de Louis-Claude
de Saint-Martin :
« Le temps ne nous a été accordé que pour que nous échangions chaque année de notre vie contre la connaissance de la vérité. »
Cette célèbre revue, qui s'inspire des journaux populaires anglais des années 1830, a été fondée par Edouard Charton en 1833. Il en assura la direction pendant cinquante six ans (elle existera jusqu'en 1937). Cette publication novatrice connut un grand succès. Edouard Charton, ancien saint-simonien, souhait qu'elle participe à l'éducation populaire. Dans un article publié dans Le Tour du monde, à l'occasion de sa mort on pouvait lire :
« Avant tout il a été un vulgarisateur, et peu d'hommes ont fait autant pour l'éducation du peuple. Il avait beaucoup lu et beaucoup vu ; on était frappé, en causant avec lui, de la variété de ses connaissances. Mais il ne s'est pas contenté de vulgarisatrice notions d'histoire, de géographie, de littérature de sciences : il a, si l'on peut ainsi parler, vulgarisé des idées morales. »
Le Magasin pittoresque publie des textes sur l'histoire, les arts, la littérature, la morale, les mœurs, les coutumes, la législation, la géographie, la zoologie, les sciences… Généralement ses articles n'y sont pas signés. La revue est agrémentée de nombreuses gravures qui sont probablement à l'origine de son succès. Edouard Charton est d'ailleurs considéré comme étant le créateur de l'ouvrage de vulgarisation illustré. Comme beaucoup d'anciens saint-simoniens ou de fouriériste, tels Philippe Hauger ou Eugène Stourm, Edouard Charton semble avoir été sensible à la philosophie de Saint-Martin et c'est sans doute là l'origine de la présence du Philosophe inconnu dans la revue qu'il avait fondé.
Deux ans après sa première apparition dans le Magasin Pittoresque, en novembre 1844, la revue propose cette fois trois pensées de (n° 45 Tome XII, page 356). L'année qui suit la publication d'une pensée du Philosophe inconnu, les lecteurs du Magasin Pittoresque ont l'occasion de faire plus ample connaissance avec Saint-Martin. Le numéro de juin (n° 23 tome XII, p. 178 publie une nouvelle pensée du philosophe, puis, en octobre 1845, la revue propose une biographie du philosophe (n° 42 Tome XVIII, p 330-332). Le mois suivant, en octobre (n° 42, tome XIII), la revue publie une nouvelle pensée de Saint-Martin. Cette dernière comme les précédentes fait partie de ces maximes que la revue aimait parsemer au fil de ses pages. On y trouve des textes de F. Bacon, Bossuet, Confucius, Goethe, de Napoléon, de Pascal, Pythagore, Rousseau, Mme de Staël et des maximes arabes.
La biographie publiée par le Magasin
Pittoresque n'est pas signée. C'est
là une règle de la revue ou les contributions sont toujours anonymes.
Elle s'inspire de celle publiée par J.-B.-M. Gence en 1824. Ce texte
est rarement signalé par les biographes de Saint-Martin, pourtant, il
est assez complet pour donner un aperçu de la vie, de la pensée
et des œuvres du philosophe d'Amboise. Nous la publions ci-dessous dans son
intégralité. Pour une meilleure compréhension de ce texte
nous avons ajouté quelques annotations. Deux ans après cette
publication, en 1847, la revue publie, un portrait du Philosophe inconnu (n° 27
juillet 1847 tome XV, p. 216). La légende qui accompagne le dessin
précise qu'il a alors dix-huit ou vingt ans. C'est l'un des fils de
Nicolas Tournyer, cousin du philosophe inconnu et éditeur des Œuvres
Posthumes, qui avait confié ce portrait au rédacteur du Magasin
Pittoresque. Nous avons placé cette gravure au début de
la biographie, précitée [1].
