1e Sur le moyen
de la prompte union de notre volonté avec Dieu.
Je vous dirai que cette union est une œuvre
qui ne se peut faire que par la ferme et constante résolution
de ceux qui la désirent, qu’il n’y a nul autre moyen
sur cela que l’usage persévérant d’une volonté pure,
moins par les œuvres et la pratique de toutes les vertus, engraissée
par les prières, pour que la grâce divine vienne aider
notre faiblesse et nous amène au terme de notre régénération.
Cette volonté est la véritable propriété de
l’homme ; et Dieu a semblé même la respecter, puisqu’en
venant nous apporter la bonne nouvelle, il s’est borné à nous
faire souhaiter cette bonne volonté par les anges ; et puisque
nous voyons que ses propriétés se réduisent toutes à des
menaces et à des promesses, laissant à l’homme à faire
usage des uns et des autres selon son gré. Ainsi, vous voyez
que ce que je pourrais dire sur cet article au public n’aurait
infailliblement pas plus de crédit que n’en a eu la parole
divine.
2e Sur la sensibilité de
notre globe.
Je dirais que c’est
précisément là un des points dont j’ai
parlé dans
la verdeur de ma jeunesse, et que, par cette raison, je n’entreprendrai
de pousser plus loin, à moins que je ne l’eusse moi-même
approfondi davantage, et surtout avant que je n’en eusse reçu
l’ordre. Au reste, avec les ouvertures que notre ami B… nous
fournit sur la contexture de la nature universellement particulière,
il me semble que vous pourrez sur cela vous procurer quelques satisfactions,
si vous voulez vous donner la peine de le faire avec quelque attention.
3e Sur le culte,
page 105.
Je
vous dirai que celui qui concerne les lois de cette seconde classe
est véritablement l’ordre
cérémonial confié par Dieu à ses grands élus,
dans les diverses époques où il a manifesté sa
sagesse et son secours sur la terre pour la restauration des choses.
Il appartenait à ceux qu’il choisissait pour cette fin
; les autres en recevaient les fruits. C’étaient autant
de diverses instructions spirituelles et divines, comme en ont reçu Énoch,
Noé, Moïse, Élie, et tant d’autres qui étaient
chargés de ces missions générales. Quant aux
commun des hommes, ils sont comme nous, chargés seulement
de leur restauration particulière ; et c’est assez pour
nous occuper : commençons
par être fidèles aux petites choses, ce sera à Dieu à savoir
ensuite s’il jugera à propos de nous confier les grandes.
4e Sur l’union
du modèle à la
copie.
Je vous dirai
que, dans les générations spirituelles de tout genre,
cet effet doit vous paraître naturel et possible puisque les
images ayant des rapports avec leurs modèles, doivent toujours
tendre à s’en rapprocher. C’est par cette voie
que marchent toutes les opérations théurgiques, ou
s’emploient
les noms des esprits, leurs signes, leurs caractères, toutes
choses qui, pouvant être données par eux, peuvent avoir
des rapports avec eux ; c’est par là que marchaient
les sacrifices lévitiques ; c’est par là, surtout,
que doit marcher la loi de notre initiation centrale et divine, par
laquelle en présentant à Dieu, aussi pure que nous
pouvons, l’âme qu’il nous a donnée, et qui
est son image, nous devons attirer le modèle sur nous et former
par là la plus sublime union qu’ait jamais pu faire
aucune théurgie ni aucune cérémonie mystérieuse
dont toutes les autres initiations sont remplies.
Quant à votre
question sur l’aspect de la lumière ou de la flamme élémentaire,
pour obtenir les vertus qui lui servent de marche, vous devez voir
qu’elle rentre absolument dans le théurgique, et dans
le théurgique qui emploie la nature élémentaire,
et comme telle, je la crois inutile et étrangère à notre
véritable théurgisme, ou il ne faut d’autre flamme
que notre désir, d’autre lumière que celle de
notre pureté. Cela n’interdit pas cependant les connaissances
très profondes que vous pouvez puiser dans B… sur le
feu et ses correspondances ; il y a de quoi vous payer de vos spéculations
; les connaissances plus actives sur ce point doivent naître
dans les opérations spirituelles sur les éléments
; et là-dessus, je n’ai rien de plus à ajouter.
5e Sur la dépravation
ou la faiblesse de notre volonté.
Je vous dirai que vous donnez plus d’importance que je n’en
donne moi-même à ce passage. Il rentre absolument sur
ce que j’ai dit, numéro 1, ci-dessus ; car si la volonté constante,
pure et forte, doit, avec la grâce de Dieu, nous faire tout obtenir,
la volonté contraire doit nous priver de tout. Ainsi, je ne
saurais pas vous indiquer autrement quels sont les actes de la volonté qui
sont nécessaires pour faire disparaître le voile. Ce n’est
que, dans l’exercice de notre volonté, que nous pouvons
apprendre à perfectionner et à virtualiser notre volonté ;
ce qui se peut dire de toutes nos autres facultés, comme nous
le voyons tous les jours dans ce qui ne tient même qu’à nos
arts, à nos sciences vulgaires et à nos talents agréables.
Je ne crois pas qu’il soit prudent encore, d’envoyer mon
adresse à l’ami D… [Divonne], et je vous remercie
de votre réserve.
J’ai lu le passage d’Isaïe, qu’il m’indique,
14, 29. J’y trouve une vérité fondamentale, qui
s’est vérifiée dans toutes les époques où la
justice divine s’est manifestée par la main des nations
qu’elle a employées pour sa vengeance ; cette vérité s’est
vérifiée et se vérifiera encore dans notre révolution,
comme elle le fera toujours dans de semblables évènements
; c’est ce qui me fait dire que l’on se tromperait, si
l’on voulait appliquer cette vérité là à une
circonstance particulière, pendant qu’elle les embrasse
toutes.
Adieu, etc.
Note : vous trouverez l'ensemble de la
correspondance entre Saint-Martin et son ami Kirchberger dans la section
Bibliothèque de ce site.