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Louise-Marie-Thérèse-Batilde d'Orléans, Duchesse de Bourbon (1750-1822) Musée de Versailles Grande Maîtresse de la Franc-maçonnerie d'adoption, cette grande dame accueillait, soit au Palais Bourbon, soit en son château de Petit-Bourg, mages, prophètes et magnétiseurs. Le Philosophe inconnu tenta souvent de la détourner de son penchant pour le merveilleux. Femme d'une grande piété, cette belle âme connaîtra un destin peu commun. Nous évoquerons cette personnalité attachante dans un article particulier dans la section Amis et disciple de ce site. |
M. Matter établit victorieusement, contre l'opinion commune, que cette désignation ne s'applique pas à la duchesse de Bourbon, princesse excellente, mais d'une médiocre intelligence, plus superstitieuse encore que religieuse, plus occupée de pratiques magnétiques et somnambuliques que de mysticisme, à laquelle Saint-Martin était sincèrement dévoué et dont il possédait toute la confiance, mais qui n'a jamais pu exercer sur lui aucun ascendant. Un de ses livres a été écrit uniquement pour elle, pour l'arracher à la pente qui l'entraînait du côté de Mesmer et de Puységur, pour la détourner de ce merveilleux grossier qui couronne si dignement le matérialisme du xviii e siècle. Voici au reste le portrait qu'il en fait dans sa correspondance avec Kirchberger ; on y trouvera la confirmation de tout ce que nous venons de dire.
« Vous avez raison, monsieur, d'avoir très bonne opinion de l'hôtesse que je viens de quitter. On ne peut pas porter plus loin les vertus de la piété et le désir de tout ce qui est bien ; c'est vraiment un modèle, surtout pour une personne de son rang. Malgré cela, j'ai cru notre ami Boehm, une nourriture trop forte pour son esprit, surtout à cause du penchant qu'elle a pour tout le merveilleux de l'ordre inférieur, tel que les somnambules et les prophètes du jour. Aussi je l'ai laissée dans sa mesure, après avoir fait tout ce que j'ai cru de mon devoir pour l'avertir ; car l'Ecce homo l'a eue un peu en vue, ainsi que quelques autres personnes livrées au même entraînement (10). »
Mais Saint-Martin a rencontré sur son chemin une autre femme dont le nom commence par la même lettre, et qui a exercé sur son esprit, comme sur son cœur, sur ses idées comme sur ses sentiments, la plus décisive influence. C'est madame Charlotte de Bœcklin. Issue d'une noble famille de l'Alsace, elle vivait à Strasbourg, séparée de son mari, au moment où Saint-Martin y arriva, vers l'année 1788. Protestante convertie au catholicisme par des considérations de famille, elle n'avait en réalité pas d'autre foi que le christianisme un peu flottant, ou, comme on dit aujourd'hui, le christianisme libre, qui se confond volontiers avec le mysticisme. C'est elle, avec le concours de son compatriote, Rodolphe Salzmann, qui fit connaître à Saint-Martin les écrits de Jacob Boehm, et lui aida plus tard à les traduire. Le Philosophe inconnu inclinait alors vers Swedenborg, il s'abandonnait à la direction du chevalier de Silferhielm, le neveu et le disciple exalté du voyant suédois ; c'est même de ce courant d'idées que sortit, au moins en partie, un de ses ouvrages, celui qui est intitulé Le Nouvel Homme. On peut donc se figurer ce qu'il dut éprouver de reconnaissance pour celle qui le tirait de ce mysticisme subalterne pour lui ouvrir les portes de la vraie sagesse, pour le conduire aux pieds du maître suprême ; car Boehm est pour lui la plus grande lumière qui ait paru sur la terre après celui qui est la lumière même ; il ne se croit pas digne, lui, de dénouer les cordons de ses souliers.
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10. Lettre XI, p. 41 de l'édition Schauer et Chuquet.
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