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J.-B- Willermoz

J.-B- Willermoz

(1730-1824)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jacob Boehme

Jacob Boehme

(1575-1624)

Les martinistes lyonnais

À cette époque, Saint-Martin travaille à la rédaction de son  deuxième ouvrage, Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers. L'ouvrage, écrit en partie à Paris, chez Mme de Lusignan et Mme de la Croix, ainsi qu'à Lyon, n'est publié qu'en 1782. Il ne porte pas de nom d'auteur. Plus clair que le premier, il reprend et développe les théories de Marti

nès de Pasqually. Il insiste sur le fait qu'il faut expliquer les choses par l'homme et non l'homme par les choses.

Pour étayer sa thèse, Saint-Martin expose les origines glorieuses de l'homme, sa déchéance et la nécessité de la venue d'un Réparateur, le Christ, pour que l'homme puisse parvenir à la régénération et œuvrer à la réintégration. À la même époque, Matthias Claudius traduit en allemand Des erreurs et de la vérité. Comme l'indiquent ses correspondances de juin 1784 avec ses amis de Toulouse, le Philosophe inconnu ne « fait plus d'initiation » coën.

Le Magnétisme

Au XVIIIe siècle, on se passionne pour le mesmérisme, et Saint-Martin n'échappe pas à cette mode. En février 1784, il adhère à la Société de l'Harmonie, fondée à Paris par Franz-Anton Mesmer. Cette passion sera de courte durée, car il juge le magnétisme cette pratique peu sûre. Il consigne ses impressions sur cette science dans deux textes : Réflexions sur le magnétisme et Du somnambulisme et des crises magnétiques (4).

Jean-Baptiste Willermoz s'adonne lui aussi au somnambulisme magnétique et opère avec un médium, Marie-Louise-Catherine de Monspey, dite Mme de Vallière. Au printemps de l'année 1785, elle lui communique des messages provenant d'un mystérieux esprit, « l'Agent inconnu ». Ce dernier lui demande de fonder une nouvelle organisation initiatique : la Société des Initiés, qui, d'après l'Agent inconnu, est appelée à devenir le « centre général de la lumière des derniers temps et de la parfaite et primitive initiation ».

Beaucoup d'élus coëns et de frères du R.E.R. rejoignent ce nouvel ordre, et Jean-Baptiste Willermoz invite Saint-Martin à s'associer à eux. Il vient donc à Lyon, et comme il faut appartenir au R.E.R. pour participer à la Société des Initiés, le Philosophe inconnu est reçu dans cet ordre et introduit rapidement dans les grades supérieurs, ceux de Chevalier bienfaisant de la Cité Sainte, avec le grade de Grand Profès.

Comme le veut la tradition de cet ordre, il y prend pour nom initiatique Eques a leone sideo et pour devise Terrena Reliquit (il a abandonné les choses terrestres). Il suit assidûment les réunions de la Société des Initiés ; cependant, à partir de 1787, déçu par la platitude des messages de l'Agent inconnu, il abandonne progressivement cette voie. Il regagne alors Paris avec Basile Zinoviev, l'un des nobles russes qui, comme le prince Michel Galitzine, fréquente la loge dirigée par Jean-Baptiste Willermoz. Il va ensuite à Londres et en Italie, où il retrouve le prince Galitzine. À partir de cette époque, celui qui aimait se définir comme le « Robinson de la spiritualité » fréquente les salons et rencontre les intellectuels de son temps.

Le chérissime « B »

En 1788, Saint-Martin se rend à Strasbourg. C'est là, grâce à Rodolphe Salzmann, élu coën et membre du R.E.R., et à Charlotte de Boecklin, qu'il prend connaissance de l'œuvre de Jacob Boehme (1575-1624). Il est si bouleversé par cette découverte qu'il décide d'apprendre l'allemand pour traduire en français les livres de celui qu'il considère dorénavant comme son second instructeur. Il trouve chez Jacob Boehme la confirmation de ce qu'il avait toujours pensé, à savoir que l'initiation n'a guère besoin de rites, car elle ne peut se produire que dans le cœur de l'homme. Avec affection, il nomme son second maître « mon chérissime B ».

Jacob Boehme (1575-1624)

C'est pendant ce séjour en Alsace qu'il termine L'Homme de désir , un livre qu'il avait commencé à Londres à la demande de Tiemann de Berend, un élu coën saxon. Ce chef-d'œuvre de poésie en prose est une exhortation à prier et à agir. Bien des lecteurs n'y verront que des élans mystiques à la manière des Psaumes, mais les familiers du Traité sur la réintégration y reconnaîtront à chaque ligne la doctrine de Martinès de Pasqually.

L'ouvrage est publié anonymement en 1790 avec pour simple mention : « par l'Auteur des Erreurs & de la vérité ». Saint-Martin en publiera une édition corrigée en 1802 en utilisant alors clairement – et pour la première fois – le pseudonyme de « Le Philosophe inconnu ». À partir de cette époque, la vie mystique de Saint-Martin prend une nouvelle direction ; il décide de rompre avec ses affiliations antérieures. En juillet 1790, il écrit à son ami Jean-Baptiste Willermoz pour lui demander de le rayer de la liste des membres du Rite Ecossais Rectifié, la société maçonnique dans laquelle il avait été reçu en 1785.

Le Nouvel Homme

Saint-Martin connaît le bonheur à Strasbourg, grâce à celle en qui il a trouvé une compagne idéale et pleine de spiritualité, sa « chérissime B. », Charlotte de Boecklin. C'est pendant son séjour en Alsace, au cours de l'été 1790, et pour répondre à la demande du neveu d'Emmanuel Swedenborg, qu'il écrit Le Nouvel Homme.

Véritable bréviaire mystique, il peint les étapes de l'itinéraire de régénération que doit suivre l'homme, comme autant de stades intériorisant la vie du Christ. Il s'agit probablement là du plus beau livre de Saint-Martin. Il sera publié à Paris, en 1792, après son départ de Strasbourg. En effet, en juillet 1791, son père, qui se croit à l'article de la mort, le contraint de rentrer à Amboise pour s'occuper de lui. Saint-Martin ressent ce départ comme un arrachement.

 

Note:

4. Ils ont été publiés par Robert Amadou dans Trésor martiniste, Éditions Traditionnelles, Paris, 1969.

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