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› Louis-Claude de Saint-Martin

   Le Philosophe inconnu

      Dominique Clairembault      

« Il y a peu d'écrivains, et surtout d'écrivains mystiques, qui aient moins de droits que Saint-Martin à ce nom de Philosophe inconnu dont il se plaisait à signer tous ses ouvrages. Si obscures que soient pour nous ses doctrines […], il les a vues, de son vivant, devenir un objet de graves méditations, et lui susciter, en France, en Allemagne, en Suisse, des disciples pleins de ferveur.

Au moment où éclatait la Révolution française, son nom était si célèbre et si respecté, que l'Assemblée constituante, en 1791, le présentait avec Sieyès, Condorcet, Bernardin de Saint-Pierre et Berquin, comme un des hommes parmi lesquels devait être choisi le précepteur du jeune dauphin. On se disputait sa personne dans les plus élégants salons ; ceux qui ne pouvaient le lire étaient jaloux de l'entendre, et le charme de sa conversation effaçait pour lui toutes les distances. » (1)

Ainsi le présentait Adolphe Franck, membre de l'Institut et professeur au Collège de France. Si à cette époque, en 1866, Saint-Martin jouit encore d'un certain prestige, son éclat finira par passer. Aujourd'hui, ce philosophe mystique, doublé d'un écrivain talentueux, reste méconnu. Nous allons donc tenter de retracer ce que furent les grandes étapes de sa vie et les écrits dans lesquels il expose une philosophie qu'il qualifiait lui-même de « diviniste ».

 

La maison de naissance de Saint-Martin à Amboise, d'après une gravure ancienne.

 

C'est à Amboise, le 18 janvier 1743, dans une famille de la petite noblesse, qu'il naquit. Son père Claude-François de Saint-Martin était avocat dans cette ville dont il fut maire par deux fois. Sa mère, Louise Tournyer, était la fille de François Tournyer, officier de son Altesse royale.

Louis-Claude passe une partie de son enfance au collège de Pontlevoy. S'adonnant à la lecture avec passion, il découvre le livre de Jacques d'Abbadie L'Art de se connaître soi-même, qui éveille son âme d'adolescent. Son père le destine à la magistrature ; il quitte donc sa province natale pour poursuivre ses études à Paris. Saint-Martin lit avec intérêt les écrits des philosophes de son temps : Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Helvétius, Condillac... À la lecture des Principes du droit naturel du juriste genevois Jean-Jacques Burlamaqui, il éprouve une sensation d'universalité qu'il perçoit comme l'introduction à ses initiations futures (2).

 

La même maison, telle qu'on pouvait encore la voir jusqu'à la fin de l'année 2003.

 

Après avoir obtenu une licence en droit, il devient avocat du roi au présidial de Tours. Ses aspirations intérieures l'incitent cependant à abandonner la jurisprudence au bout de six mois. Saint-Martin, qui n'a encore que vingt-deux ans, décide de se tourner vers d'autres horizons et entre dans la carrière militaire. Il pense en effet que ce métier lui laissera plus de loisir pour étudier. Grâce au duc de Choiseul, gouverneur de la Touraine et ministre de la guerre, le jeune Saint-Martin obtient un brevet de sous-lieutenant de grenadier au régiment de Foix (3). En 1765, il part rejoindre ce régiment, qui, depuis son retour de Saint-Domingue, s'est installé à Bordeaux.

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Notes :

1. Franck, Adolphe, La Philosophie Mystique en France à la fin du XVIII e siècle – Saint-Martin et son maître Martinez de Pasqualis , Paris, Germer Baillère, 1866, p. 1-2.

2. Saint-Martin, Louis-Claude de, Mon portrait, n° 146.

3. Étienne François, duc de Choiseul (1719-1785), voir encadré.

 

 

 

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