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VII. Lettre à un ami ou Considérations politiques, philosophiques et religieuses, sur la Révolution française, Paris, an III (1795).

Ce fut après sept années que Saint-Martin, sur les instances d'un de ses amis, publia sa grande pensée sur la scène qui se passait dans le monde. Il regardait la Révolution française comme celle du genre humain, et comme une image en miniature du Jugement dernier, mais où les choses devaient se passer successivement, à commencer par la France. Kirchberger trouvait que l'auteur de ce livre, en considérant ce grave événement dans son origine et dans son résultat, quoique jugeant peut-être avec trop de sévérité de malheureux instruments qui en ont été victimes, avait su résoudre avec sagesse et modération les grandes difficultés de théorie de l'édifice social, dont les constructions, dit-il, sont toujours à recommencer, si elles ne sont fondées sur une base élevée et fixe, et coordonnées à un but grand et moral.

Éclair sur l'association humaine, Paris, an V (1797), in-8°. Cet Éclair est comme une vue de l'esprit, qui découvre, dans le principe de l'ordre social, le foyer d'où émanent la sagesse, la justice et la puissance, sans lesquelles il n'existe point d'association durable, soit qu'on l'établisse avec Helvétius sur les besoins et la prévoyance naturels à l'homme, soit qu'on l'appuie avec Rousseau sur une volonté prétendue générale, mais toujours particulière, dans l'homme plus ou moins vicieux.

Réflexions d'un observateur sur la question proposée par l'Institut : Quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d'un peuple ?, an VI (1798). Après avoir passé en revue les divers moyens qui peuvent plus ou moins tendre à ce but en liant la morale à la politique, l'observateur montre l'insuffisance de ces moyens, si le législateur n'asseoit lui-même, sur les bases intimes de notre nature, cette morale dont un gouvernement ne doit être que le résultat mis en action. L'auteur avait traité, quinze ans auparavant, un sujet analogue, proposé par l'académie de Berlin, sur la meilleure manière de rappeler à la raison les peuples livrés à l'erreur ou aux superstitions, question qu'il démontra insoluble par les seuls moyens humains (mémoire inséré dans ses œuvres posthumes).


VIII. Discours en réponse au citoyen Garat, professeur d'entendement humain aux Écoles normales, sur l'existence d'un sens moral, et sur la distinction entre les sensations et la connaissance.

Ce discours, prononcé à la suite d'une conférence publique du 9 ventôse an III (27 février 1795), se trouve imprimé dans la collection des Écoles normales (tomeIII des Débats), publiée en 1801. La discussion qui eut lieu entre le professeur et l'élève, dit M. Tourlet dans sa Notice historique sur Saint-Martin, « a mis au jour toute la puissance de son adversaire ; il en est résulté que la question la plus abstraite a été traitée à fond », et nous ajoutons, entièrement à l'avantage du sens moral.

Essai relatif à la question proposée par l'Institut : Déterminer l'influence des signes sur la formation des idées, avec l'épigraphe : Nascentur ideæ, fiunt signa, an VII (1799), in-8°. Un passage où le professeur soutenait l'antériorité des signes sur les idées, paraît avoir donné naissance à la question de l'Institut, qui suppose cette antériorité, et à laquelle l'auteur répond non moins victorieusement, en traitant la question suivant des formes moitié théosophiques, moitié académiques. Dans l'allégorie facétieuse dont nous avons parlé, cet Essai qui s'y trouve intercalé, quoique d'un ton bien différent, est censé l'ouvrage d'un petit cousin de M me Jof (la Foi), tracé par un psychographe dans le cabinet de Sédir (le Désir). Ce sont deux personnages allégoriques principaux du livre qui a pour titre : Le Crocodile ou la Guerre du bien et du mal, arrivée sous le règne de Louis XV, poème épico-magique en 102 chants, en prose mêlée de vers, œuvre posthume d'un amateur de choses cachées, Paris, an VII (1799), in-8°de 460 pages.


IX.  Le Ministère de l'Homme-Esprit, Paris, Migneret, an XI (1802), in-8°, 3 parties : « De l'homme » ; « De la nature » ; « De la Parole ».

L'objet de ce livre est de montrer comment l'Homme-Esprit (ou exerçant un ministère spirituel) peut s'améliorer, et régénérer lui-même et les autres, en rendant la Parole ou le Logos (le Verbe) à l'homme et à la nature. C'est dans cette Parole que Saint-Martin, plein de la doctrine et des sentiments de Jacob Boehme, puise la vie dont il anime ici ses raisonnements et son style. Cependant, cet ouvrage, quoique plus clair en général que les précédents, est encore, dans plusieurs endroits, trop éloigné des idées humaines, pour être pleinement conçu et senti. La grande amélioration que le théosophe propose, consiste dans le développement radical de notre essence intime. Tous ses écrits reposent plus ou moins sur cette base : mais, en résumé, le Tableau naturel, établissant, pour l'œuvre de la régénération, la nécessité d'un Réparateur, a fait voir la grandeur du sacrifice dans lequel la victime s'est immolée elle-même, au lieu des holocaustes sanglants qui avaient lieu auparavant. L'Homme de désir a montré que le sang de cette victime étant esprit et vie, la miséricorde se trouvait ainsi réunie à la justice. Le Ministère de l'Homme-Esprit apprend enfin à opérer en lui-même l'action du r éparateur, en s'immolant, à son exemple, pour se séparer du règne matériel, organe du mal ; la renaissance de l'homme par cette voie où Jacob Boehme est entré si profondément selon Saint-Martin, étant bien préférable aux voies qu'ouvrent les visions contemplatives des mystiques, ou les manifestations sensibles produites, soit par l'exaltation de l'âme chez Swedenborg, soit par l'assoupissement des sens corporels dans le magnétisme somnambulique.


X. Traductions d'ouvrages de Jacob Boehme, savoir :

L'Aurore naissante ou la Racine de la philosophie..., contenant une description de la nature dans son origine... ; trad. sur l'édition allemande de Gichtel, 1682, par le Philosophe Inconnu, avec une notice sur Jacob Boehme, Paris, an IX (1800), in-8°.

Cette nature originelle, que Boehme appelle l'éternelle nature, et dont la nôtre serait une altération, n'est point une nature sans engendrement , puisqu'elle est l'émanation d'un principe un et indivisible, que Boehme, pour se faire entendre, considère comme trinaire dans son essence, et septénaire dans ses formes ou modes. C'est donc à tort qu'elle a été confondue, ainsi que sa cause, avec la Substance-Principe de Spinoza.

Un précis de l'origine et des suites de l'altération de cette nature, suivant Jacob Boehme, donné dans Le ministère de l'Homme-Esprit (p. 28-31), montre comment, en voulant dominer par le feu, dans le premier Principe, au lieu de régner par l'amour dans le deuxième, l'esprit prévaricateur entraîna dans sa chute l'homme, qui lui avait été opposé ; comment, l'homme ayant été absorbé dans sa forme grossière, l'amour divin voulut lui présenter son modèle, pour lui faire recouvrer sa ressemblance, par son union avec son type. Ces points, en général, n'ont rien sans doute que de bibliques : mais, dans l'énoncé des formes des trois Principes, les expressions des diverses propriétés de l'Être, qui tendent à comprimer, attirer, émouvoir (formes essentielles du premier Principe) ; celles de même qui en sont la manifestation, et qui consistent à échauffer, éclairer, produire et opérer (formes appartenant au deuxième et au troisième principe), peuvent sembler, en partie, extraites des qualités de l'ordre sensible : cependant, malgré les termes de physique ou de chimie, trop souvent mêlés à l'expression des notions les plus élevées, c'est toujours dans un sens immatériel et spirituel que Boehme veut qu'on l'entende ; et c'est aussi dans ses propres aperçus, sans rien emprunter à Paracelse, qu'il a puisé ces notions, qui sont la base de sa philosophie.

Saint-Martin avoue au reste, avec Poiret, que l'auteur est à la fois sublime et obscur, et qu'en particulier son aurore est un chaos, mais qu'elle contient tous les germes développés dans ses Trois Principes, et dans les productions subséquentes, sur lesquelles nous ferons peu de remarques.

Les Trois Principes de l'Essence divine, Paris, an X (1802), 2 vol. in-8°.

Cet ouvrage, composé sept ans après l'aurore naissante, est bien moins informe ; et l'on peut le regarder comme un tableau complet de la doctrine de l'auteur, sauf les éclaircissements et les nouvelles explications que présentent les ouvrages suivants, quoiqu'ils ne forment encore qu'une portion de ses œuvres : mais elle est suffisante pour en donner l'idée ; et l'œuvre entière ne satisferait pas ceux des lecteurs qui n'auraient pu comprendre les mêmes choses répétées et expliquées souvent jusqu'à satiété par l'auteur même.

De la triple vie de l'homme, édition revue par M. Gilbert , Paris, Migneret, 1809, in-8°.

C'est sur la manifestation de l'origine, de l'essence et de la fin des choses suivant les trois Principes, qu'est établie cette triple vie, comprenant la vie extérieure et corporelle, la vie propre et interne, et la vie divine, où l'âme entre par une nouvelle naissance, et pénètre dans l'esprit du Christ.

Quarante questions sur l'âme..., suivies des Six points et des Neuf textes, éditionrevue par le même, Paris, 1807, in-8°.

Ces questions, qui roulent sur la nature et les propriétés de l'âme, avaient été proposées à l'auteur par un amateur de théosophie, son maître en chimie, le docteur Balthazar Walter. Les réponses sont annoncées comme n'étant point selon la raison extérieure, mais selon l'esprit de la connaissance, d'après les principes dont l'auteur a donné les bases, et dont elles sont une récapitulation.

Ces diverses traductions forment à peu près le tiers des œuvres de Boehme, dont il n'y avait que deux ouvrages traduits jusqu'alors en vieux langage : le premier, la Signatura rerum , imprimé à Francfort, en 1664, sous le nom du Miroir temporel de l'Éternité ; et le second, à Berlin, 1722, in-12°, intitulé Le Chemin pour aller à Christ.


XI. Œuvres posthumes de Saint-Martin, Tours, 1807, 2 vol. in-8°. On distingue dans ce recueil :

– un choix sagement fait des pensées de Saint-Martin, par M. Tournier ;

– un journal, depuis 1782, de ses relations, de ses entretiens..., sous le titre de « Portrait de Saint-Martin fait par lui-même » ;

–  plusieurs questions et fragments de littérature, de morale et de philosophie, entre autres, divers morceaux sur « La poésie prophétique », sur « L'admiration », sur « Les voies de la sagesse », et « Les lois de la Justice divine » ;

– des poésies où, comme on le pense bien, l'auteur s'attache plus au fond qu'à la forme : cependant, on trouve, dans « Le cimetière d'Amboise », et surtout dans les « Stances sur l'origine et la destination de l'homme », des pensées profondes, exprimées avec sentiment et avec énergie;

– enfin, des méditations et des prières, où se peint véritablement l'homme de désir, qui forme des vœux pour que ses semblables recherchent les vraies connaissances, les jouissances pures de l'esprit, en les puisant dans leur propre centre, et en s'élevant de là vers la source de la lumière et de la vie, après laquelle il n'avait cessé de soupirer.

Jean-Baptiste-Modeste Gence

Voir aussi :

puce  Les œuvres du Philosophe inconnu

imageCinquante pages entièrement consacrées aux écrits du Philosophe inconnu. Chacune d’entre elles présente un de ses textes, avec un résumé, le sommaire, des informations sur la première édition, ses éditions successives et traductions éventuelles, des liens vers les éditions qu’il est possible de consulter en ligne. Ces pages renvoient également à des études en relation avec ces œuvres. Elles seront régulièrement enrichies par de nouvelles informations.

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