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Note

  1. La section bibliographique de cette notice a été reprise par Papus en 1902 dans Louis-Claude de Saint-Martin, sa vie, sa voie théurgique, ses ouvrages, son œuvre, ses disciples (p. 213-226), cependant, il n'a pas utilisé la biographie la précédant. Il a toutefois publié ce texte l'année suivante dans le numéro de février 1903 de la revue L'Initiation. Plus récemment, la notice de Gence a été rééditée intégralement en annexe d'un roman initiatique qui met en scène le Philosophe inconnu : Sursum Corda, trois entretiens sur les sciences secrètes de Xavier Cuvelier-Roy (Diffusion Rosicrucienne, 2003).

> Bibliographie de Saint-Martin

I. Des erreurs et de la vérité ou les Hommes rappelés au principe universel de la science, par un Ph... Inc..., Edimbourg (Lyon), 1775, in 8°.

L'auteur, qui suivait rarement sa propre volonté en écrivant, mais bien plutôt le conseil de ses amis, indigné de lire, dans Boulanger, que les religions étaient nées de la frayeur causée par les catastrophes de la nature, fit ce livre pour montrer, comme on l'a dit, dans la nature même de l'homme, la connaissance sensible d'une cause active et intelligente, véritable source des allégories, des mystères, des institutions et des lois. Tandis que l'école holbachique, par l'organe de Voltaire, traitait ce même livre, parfois énigmatique, d'insensé et d'absurde, et que néanmoins elle se piquait d'y donner une suite, le philosophe de Berne, frappé des vérités qu'il lui paraissait renfermer sous le voile, provoquait une correspondance avec son auteur, dont il regardait l'ouvrage comme celui de l'écrivain le plus profond de ce siècle. La prétendue Suite des Erreurs et de la vérité... , Salomonopolis (Paris), 5784, in-8°, a été signalée, par Saint-Martin, comme frauduleuse, et entachée du vice des faux systèmes qu'il combattait. En effet, le Philosophe Inconnu avait dit que la volonté constituait la faculté essentielle et fondamentale de l'homme ; et c'est en le démentant qu'on ose l'interpréter, lorsqu'on dit (page 7) que la volonté n'est qu'une modification du cerveau par laquelle l'homme est disposé à mettre en jeu ses organes. Ne croit-on pas déjà entendre la doctrine matérielle de Cabanis et de l'école de Gall ?


II. Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers, avec l'épigraphe (tirée de l'ouvrage précédent, suivant l'usage de l'auteur) : « Expliquer les choses par l'homme, et non l'homme par les choses », 2 parties, Edimbourg (Lyon), 1782, in-8°.

Dans cet ouvrage, composé à Paris d'après le conseil de quelques amis, l'auteur infère, de la supériorité des facultés de l'homme et de ses actes sur les organes des sens et sur ses productions, que l'existence de la nature, soit générale, soit particulière, est également le produit de puissances créatrices supérieures à ce résultat. Cependant, l'homme est dans la dépendance des choses physiques, dont il n'acquiert l'idée que par l'impression qu'elles font sur ses organes. Mais il a, en même temps, des notions d'une autre classe, des idées de loi et de puissance, d'ordre et d'unité, de sagesse et de justice. Il est ainsi dépendant de ses idées intellectuelles et morales, de même que des idées tirées des sens. Or, celles-là n'en viennent pas : elles partent donc d'une autre source ; de facultés extérieures, qui produisent en lui les pensées. Mais d'où est née cette dépendance ? Du désordre produit par une cause inférieure, qui s'est opposée à la cause supérieure, et qui a cessé d'être dans sa loi. L'homme est tombé : dès lors, ce qui existait en principe immatériel a été sensibilisé sous des formes matérielles. L'ordre et le désordre se sont manifestés. Néanmoins, tout tend à rentrer dans l'unité d'où tout est sorti. Si, par suite de cette chute, les vertus ou facultés morales et intellectuelles ont été partagées pour l'homme, il doit travailler, en revivifiant sa volonté par le désir, à recouvrer celles dont il a été séparé. Mais sa régénération ne peut s'opérer qu'en vertu de l'acte du Réparateur, dont le sacrifice a remplacé les expiations qui avaient lieu avant la loi de l'esprit. Tel est le plan de cet ouvrage capital, dont la marche logique est serrée, et plus méthodique ou plus suivie que dans le premier. Plusieurs endroits, distingués par des guillemets, semblent étrangers ou moins liés au discours ; ce qui tient à la partie énigmatique de la doctrine de Martines, où l'on dit par exemple, dans la langue mystérieuse des nombres, que l'homme s'est perdu en allant de 4 à 9, c'est-à-dire de l'esprit à la matière. Mais ce n'est point par ces figures purement allégoriques qu'on doit juger le fond de la doctrine. Au reste, les deux ouvrages précédents ont paru en allemand, avec commentaires par un anonyme, 2 tomes in-8°, 1784.


III.  L'Homme de désir, Lyon, 1790, in-8° ; revu et plusieurs fois réimprimé ; nouvelle édition : Metz, an X (1802), in-12°.

Ce sont des élans à la manière du p salmiste, dans lesquels l'âme humaine se reporte vers son premier état, que la voie de l'Esprit peut lui faire recouvrer par la Bonté divine. L'auteur composa L'Homme de désir à l'instigation du philosophe religieux Thieman, durant ses voyages à Strasbourg et à Londres. Lavater, ministre à Zurich, dans son journal allemand de décembre 1790, a fait un éloge distingué de cet ouvrage, comme étant l'un des livres qu'il avait le plus goûté, quoiqu'il avoue ingénument, quant au fond de la doctrine, l'avoir peu compris. Mais Kirchberger, familiarisé davantage avec les principes de ce livre, le regarde, au contraire, comme le plus riche en pensées lumineuses ; et l'auteur même convient qu'en effet il s'y trouve des germes épars ça et là, dont il ignorait les propriétés en les semant, et qui se développaient chaque jour pour lui, depuis qu'il avait connu Jacob Boehme.


IV. Ecce homo, imprimerie du Cercle social, an IV (1792), in-12°.

Ce fut à Paris qu'il écrivit cet opuscule, d'après une notion vive (dit-il), qu'il avait eue à s trasbourg. Son objet est de montrer à quel degré d'abaissement l'homme infirme est déchu, et de le guérir du penchant au merveilleux d'un ordre inférieur, tel que le somnambulisme, les prophéties du jour, etc. Il avait plus particulièrement en vue la duchesse de Bourbon, son amie de cœur, modèle de vertu et de piété, mais livrée à ce même entraînement pour le merveilleux.


V. Le Nouvel Homme, Paris, ibid ., an IV (1792), 1 volume in-8°.

C'est plutôt une exhortation qu'un enseignement. Il l'écrivit à Strasbourg, en 1790, par le conseil du chevalier Silverhielm, ancien aumônier du roi de Suède, et neveu de Swedenborg. L'idée fondamentale de cet ouvrage est que l'homme porte en lui une espèce de texte, dont sa vie entière devrait être le développement, parce que l'âme de l'homme, dit-il, est primitivement une pensée de Dieu : de là résulte que le moyen de nous renouveler en rentrant dans notre vraie nature, c'est de penser par notre propre Principe, et d'employer nos pensées comme autant d'organes pour opérer ce renouvellement. Malgré la source élevée où l'auteur remonte, il avouait plus tard qu'il n'aurait pas écrit ce livre, ou qu'il l'aurait écrit autrement, si alors il avait eu la connaissance des ouvrages de Jacob Boehme.


VI. De l'esprit des choses ou Coup-d'œil philosophique sur la nature des êtres et sur l'objet de leur existence, avec l'épigraphe : Mens hominis rerum universalitatis speculum est, Paris, an VIII (1800), 2 vol. in-8°.

Notre philosophe pensait qu'il devait y avoir une raison à tout ce qui existait, et que l'œil interne de l'observateur en était le juge. Il considère ainsi l'homme comme ayant en lui un miroir vivant, qui lui réfléchit tous les objets, et qui le porte à tout voir et à tout connaître : mais ce miroir vivant étant lui-même un reflet de la Divinité, c'est par cette lumière que l'homme acquiert des idées saines, et qu'il découvre l'éternelle nature (voyez n° X), dont parle Jacob Boehme. Cet ouvrage est sans doute celui des révélations naturelles, dont l'auteur annonçait le projet, en 1797, à Kirchberger, et au sujet duquel celui-ci conseillait à Saint-Martin de supprimer tout ce qui pouvait sentir le mystère. Mais ce que Jacob Boehme avait pu, d'après ses notions a priori , esquisser en grand, Saint-Martin, avec toute la mesure de ses connaissances propres ou acquises, pouvait-il le développer en détail d'une manière toujours claire et intelligible? Si l' anthropologie, dont nous savons que s'occupe un de ses disciples, secondé de tout ce que les connaissances modernes ont pu découvrir, embrassait les principes applicables aux diverses branches de la science de l'homme physique, moral et intellectuel, c'est alors qu'on aurait en effet un véritable esprit des choses.