cliquer ici pour revenir au sommaire du site Philosophe-inconnu cliquer ici pour revenir au sommaire du site Philosophe-inconnu cliquer ici pour revenir au sommaire du site Philosophe-inconnu cliquer ici pour revenir au sommaire du site Philosophe-inconnu cliquer ici pour revenir au sommaire du site Philosophe-inconnu Sommaire < L'homme

 

Notice biographique sur

Louis-Claude de Saint-Martin

Jean-Baptiste-Modeste Gence (1824)

 

Préface

Les ouvrages du Philosophe Inconnu ont pu être ignorés ou dédaignés par la classe des littérateurs vulgaires, ou même par le peuple des philosophes (car il y a aussi parmi ces derniers un peuple), chez lequel l'intelligence, purement rationnelle, n'aperçoit rien au-delà des sens. Mais les méditatifs, qui s'élèvent par l'esprit à des vérités d'un ordre supérieur dont ils reçoivent en eux la connaissance, ont su goûter et apprécier les livres de notre théosophe, soit en France, soit en Allemagne, en Angleterre, et même hors de l'Europe. [1]

Ceux qui ont connu personnellement l'auteur, non moins simple et modeste que savant et profond, l'ont aussi révéré et aimé. Je me félicite d'avoir été du nombre. C'est à ce titre que je m'étais chargé de lui consacrer une notice historique impartiale dans la Biographie universelle [2]. Mais j'ai eu la douleur de voir cette notice tronquée et défigurée, la doctrine de l'auteur travestie, ses motifs dénaturés, ses sentiments calomniés ; enfin, l'on a osé joindre le plagiat à l'outrage.

Je ne puis que m'empresser de rétablir et de publier ici la notice dans son intégrité, pour l'honneur du personnage respectable qui en est l'objet, et pour celui de ses honnêtes amis que tend à compromettre l'injure faite à sa mémoire et à sa religion.

J.-B.-M. Gence (1824).

[1] Sur Gence voir sa biographie dans la section Amis et disciple de ce site.
[2] L'auteur fait ici référence à la version tronquée de son texte qui sera publiée dans l'édition de 1824 de le tome XL de la Biographie Universelle de Michaud.


Notice biographique

 

Saint-Martin ( Louis-Claude de), savant et profond spiritualiste, dit le Philosophe Inconnu, naquit à Amboise, d'une famille noble, le 18 janvier 1743. Il dut à une belle-mère attentive les premiers éléments de cette éducation douce et pieuse, qui le fit, disait-il, aimer, pendant toute sa vie, de Dieu et des hommes. Au collège de Pont-Levoy, où il avait été mis de bonne heure, le livre qu'il goûta le plus fut celui d'Abadie, intitulé L'Art de se connaître soi-même : c'est à la lecture de cet ouvrage qu'il attribuait son détachement des choses de ce monde. Mais destiné par ses parents à la magistrature, il s'attacha, dans son cours de droit, plutôt aux bases naturelles de la justice qu'aux règles de la jurisprudence, dont l'étude lui répugnait. Aux fonctions de magistrat, auxquelles il eût cru devoir donner tout son temps, il préféra la profession des armes, qui, durant la paix, lui laissait des loisirs pour s'occuper de méditations et de la connaissance de l'homme. Il entra comme officier, à vingt-deux ans, au régiment de Foix, en garnison à Bordeaux.

Malgré son goût pour la philosophie interne, une carrière non moins active que celle des exercices militaires s'ouvrit à lui. Initié par des formules, des rites, des pratiques, à des opérations qu'on appelait théurgiques, et que dirigeait Martines Pasqually (voyez la Biographie universelle), chef de la secte dite des Martinistes, il lui demandait souvent : « Maître, eh quoi ! faut-il donc tout cela pour connaître Dieu ? » Cette voie, qui était celle des manifestations sensibles, n'avait point séduit notre philosophe. Ce fut toutefois par là qu'il entra dans la voie du spiritualisme. La doctrine de cette école, dont les membres prenaient le titre hébreu de cohen (« prêtre »), et que Martines présentait comme un enseignement public secret dont il avait reçu la tradition, se trouve exposée, d'une manière mystérieuse, dans les premiers ouvrages de Saint-Martin, et surtout dans son Tableau naturel des rapports entre Dieu, l'homme et l'univers.

Après la mort de Martines, l'école fut transférée à Lyon. C'est là que, muni des armes d'une doctrine opposée à celle des Encyclopédistes qui ne menaçait que trop de se propager, Saint-Martin, destiné en quelque sorte à combattre l'athéisme philosophique, comme il devait un jour attaquer de front le matérialisme révolutionnaire, publia son livre Des erreurs et de la vérité. En détruisant les doctrines erronées d'une prétendue philosophie de la nature et de l'histoire, il rappelle l'homme à la vérité fondée sur le principe même de la science et sur la nature de l'être intellectuel ; mais il n'emploie les traditions de l'Écriture qu'à l'appui des preuves, ou énigmatiquement, pour ne pas trop heurter les lecteurs imbus des théories sorties de l'atelier du baron d'Holbach. Cette même école de Pasqually, dont les opérations cessèrent en 1778, vint se fondre à Paris dans la société des G. P., [Grands Profes, grade des Chevaliers bienfaisants de la cité sainte] ou dans celle des Philalèthes, professant en apparence la doctrine de Martines et celle de Swedenborg, mais cherchant moins la vérité que le grand œuvre. Saint-Martin fut invité, en 1784, à cette dernière réunion ; mais il refusa de participer aux opérations de ses membres, qu'il jugeait ne parler et n'agir qu'en purs francs-maçons, et non en véritables initiés (c'est-à-dire unis à leur Principe).

Saint-Martin suivait volontiers les réunions où l'on s'occupait, de bonne foi, d'exercices qui annonçaient des vertus actives. Les manifestations d'un ordre intellectuel, obtenues par la voie sensible, lui décelaient, dans les séances de Martines, une science des esprits ; les visions de Swedenborg, d'un ordre sentimental, une science des âmes. Quant aux phénomènes du magnétisme somnambulique qu'il suivit à Lyon, il les regardait comme étant d'un ordre sensible inférieur ; mais il y croyait. Dans une conférence qu'il eut avec Bailly, l'un des commissaires-rapporteurs, pour lui persuader l'existence d'un pouvoir magnétique sans soupçon d'intelligence de la part des malades, il raconte qu'il cita des opérations faites sur des chevaux que l'on traitait alors par ce procédé. Bailly lui répondit : « Que savez-vous si les chevaux ne pensent pas ? »

Suite


© Les textes, documents et illustrations publiés sur ce site sont protégés par un copyright ; leur reproduction, partielle ou intégrale, est interdite.

Précédent | Haut page | Suite