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› Notes

[4] Sa présentation du livre de Fénelon par exemple, avec des notes « manuscrites de J. Meslier, curé d’Estrepigny », correspond exactement à celle de la page 23 du Catalogue de 1806.

 

[5] Catalogue des livres rares et précieux du cabinet de feu M. de Saint-Martin dont la vente se fera le lundi 2 juin 1806 et jours suivants, six heures très précises de revelée, rue des Bons-Enfants, n° 30. Paris, chez Tillard Frères, libraires rue Pavée Saint-André-des-Arcs, n° 16, juin 1806. Il a été imprimé par Testu, Imprimeur de l’Empereur.

 

[6] Catalogue des livres imprimés et manuscrits composant la bibliothèque de feu M. J. Gilbert, membre de plusieurs sociétés savantes, Paris, Imprimerie A. Appert, 1842. La vente eut lieu les 21 et 22 mars 1842. La brochure de 20 pages décrit 193 références. Robert Amadou a publié un fac-similé de ce document dans Deux amis de Saint-Martin, Gence et Gilbert, Œuvres commentées, col. « documents martinistes n° 24 » Paris, texte dactylographié, juin 1982, p. 307-327.

 

[7] Ce catalogue révèle la présence de plusieurs éditions des œuvres de Boehme. D’une part avec 11 volumes de l’édition en allemand d’Amsterdam, parue en 1682. Or, nous savons que Saint-Martin possédait cette édition (cf. sa lettre du 28 septembre 1792 à Kirchberger).

D’autre part avec 3 volumes de la traduction anglaise publiée à Londres entre 1661 et 1662 (il s’agit probablement de celle de J. Sparrow). Ces volumes figurent aux numéros 19 et 20 de ce catalogue.

Nous savons, toujours par la même correspondance, que Saint-Martin possédait une édition anglaise qu’il a utilisée pour réaliser sa propre traduction de Boehme.

 

 

 

L’exemplaire du Catalogue figurant à la Taylor Institution University corrige l’imprécision du titre. Sur la première page du volume, une main anonyme a ajouté sous le nom de Saint-Martin : « Le Philosophe Inconnu ». L’auteur de cette inscription s’est-il basé sur la bibliographie d’Albert-Louis Caillet pour poser cette affirmation ? Il est impossible de le savoir. Cependant, on peut conjecturer que cette annotation n’a pas été ajoutée avant la fin du XIXe siècle. En effet, elle est complétée par les célèbres six points inventés par Papus, à l’imitation des trois points de la franc-maçonnerie, pour désigner le martinisme. Elle est donc postérieure à 1890 et sans doute contemporaine de l’ouvrage publié par Caillet en 1912.

 

Catalogue (détail)

 

La description d’Albert-Louis Caillet précise par ailleurs que le Catalogue comporte 196 numéros alors que son examen en révèle 1 196 ! Attribuons cette différence à une coquille, car les autres éléments décrits par le bibliographe sont exacts (4) .

Le contenu du Catalogue des livres rares et précieux du cabinet de feu M. de Saint-Martin (5) peut-il nous éclairer sur l’identité réelle de son propriétaire ? L’ensemble des livres est classé en cinq sections : Théologie, Jurisprudence, Sciences et arts, Belles-lettres et Histoire. Nous ne nous livrerons pas ici à une étude détaillée de la longue liste des rubriques qui les composent, préférant renvoyer le lecteur à l’appendice qui suit cette étude, voire au Catalogue lui-même. Quelques remarques suffiront à situer l’énigme que pose ce document.

Arrêtons-nous d’abord sur sa date d’édition. Le Catalogue a été publié en 1806 pour une vente organisée entre le 2 et le 19 juin 1806 par Tillard Frères, librairies à Paris. Cette date suit de peu celle de la vente de la maison du Philosophe inconnu. En effet, un an après sa mort, en 1804, son héritière, sa sœur Louise-Marie de l’Estenduère (1740-1828), vendait la propriété de Chandon. Il n’est donc pas interdit de penser que deux ans plus tard, elle ait décidé de se séparer des livres de son frère, voire qu’elle ait confié à un libraire spécialisé dans la vente des bibliothèques le soin d’organiser celle du Philosophe inconnu.

Le nombre et la qualité des livres présentés dans ce catalogue posent pourtant problème. En effet, les 1 196 références (soit environ 1 500 volumes) qui la composent, révèlent la richesse de son propriétaire. Parmi ces ouvrages, on trouve nombre de volumes « rares et précieux ». Or, on sait que la fortune du Philosophe inconnu était modeste. De surcroît, on remarque que cette liste comprend au moins trois volumes dont les dates d’édition sont postérieures de quelques années à 1803, date de la mort de Louis-Claude de Saint-Martin (réf. 1045, 1170 et 1171).

On est également étonné par le nombre important d’ouvrages consacrés à la littérature, en comparaison avec la rareté de ceux qui sont directement liés à l’ésotérisme ou à la mystique. On n’y trouve guère que L’Imitation de Jésus-Christ (n° 30), La Philosophie occulte d’Agrippa (n° 187) et quelques textes à propos de Nostradamus (nos 348-350). On se souviendra certes que Saint-Martin n’appréciait guère les sciences occultes, et que même l’alchimie ne trouvait pas grâce à ses yeux. Mais comment expliquer qu’on n’y trouve pas un seul livre de Jacob Boehme ou les divers volumes achetés par le Philosophe inconnu et dont nous avons la certitude par sa correspondance qu’il les possédait ?

Certes, l’absence de certains d’entre eux pourrait s’expliquer par le fait que l’héritière de Saint-Martin a donné à l’un des amis et disciples de son frère, Joseph Gilbert, une partie de ses « archives ». N’a-t-il pas obtenu aussi certains de ses livres ? L’examen du catalogue de la vente de sa bibliothèque semble le confirmer (6).

Il révèle en effet que Joseph Gilbert avait en sa possession les œuvres de J. Boehme, W. Law, E. Swedenborg, G. Gichtel, J. Lead, etc. (7), autant d’auteurs qui constituaient la nourriture favorite du Philosophe inconnu entre les années 1790 et 1803(8) .

Il est également frappant de constater que le catalogue des 1 196 références de « livres rares et précieux » ne supporte guère la comparaison avec celui, plus modeste, de l’inventaire réalisé quelques jours après la mort du Philosophe inconnu. La présence du « Dictionnaire de Valmont de Bomard » (sic pour Bomare), et des « œuvres de Voltaire » dans l’inventaire et dans le Catalogue n’est pas suffisante pour en tirer des conclusions. Il y a une marge importante entre le nombre considérable d’œuvres littéraires du « cabinet de feu M. de Saint-Martin » et les quelques ouvrages de littérature évoqués dans l’inventaire de l’appartement parisien du Philosophe inconnu.

En dernière analyse, la richesse de cette bibliothèque révèle l’étendue des centres d’intérêt de son propriétaire, un intellectuel lettré. Elle témoigne non seulement d’une culture classique, mais nous montre un lecteur attentif aux idées des Lumières : Hobbes, Holbach, Hume, La Mettrie, Diderot, Helvetius, Condillac, Locke, Voltaire, Volney, Rousseau et Buffon y sont bien représentés. Cette culture ne faisait pas défaut à Louis-Claude de Saint-Martin. Cependant, on a peine à imaginer le Philosophe inconnu se penchant sur les nombreux ouvrages consacrés aux taxes et impôts, à l’importation des graines, à l’art de la guerre ou à l’insectologie, figurant sur le catalogue de 1806.

Il reste possible que ce type d’ouvrages lui soit venu de son père, mais ne serait-il pas plus raisonnable de penser que ce catalogue est celui d’un homonyme de Louis-Claude de Saint-Martin ?

 

D. Clairembault

 

 

Suite (catalogue...)

 

 

 

 

 

 

 

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