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› La bibliothèque du Philosophe inconnu ?

     Dominique Clairembault

› Notes :

[1] Voir AMADOU Robert, « La succession de feu Louis-Claude de Saint-Martin (1803) avec une note sur les frères Calmelet », dans Trésor martiniste, Paris, Villain et Belhomme, Éd. Traditionnelles, 1969, p. 165-181.

 

[2] CAILLET Albert-Louis, Manuel bibliographique des sciences psychiques ou occultes, Paris, L. Dorbon, 1912, t. II, p. 462, n° 9791. « Saint-Martin (Louis-Claude dit le Philosophe inconnu). — Catalogue des livres rares et précieux du cabinet de feu M. de Saint-Martin […] Paris, Tillard frères, 1806, in-8° de 172 p. »

 

[3] Nous remercions notre ami Xavier Cuvelier-Roy de nous avoir permis de localiser une copie de ce catalogue.

Les biographes de Saint-Martin auraient sans doute apprécié de pouvoir pénétrer dans le cabinet de lecture du Philosophe inconnu. En effet, consulter une bibliothèque, n’est-ce pas entrer dans l’intimité de son propriétaire, découvrir ses passions, son parcours intellectuel, et par là mieux cerner sa personnalité ?

Le Philosophe inconnu passe pour s’être toujours méfié des livres. Pourtant, jusqu’à la fin de sa vie, il n’a cessé de fréquenter les bibliothèques et d’avoir recours à ses amis pour obtenir des ouvrages qu’il ne pouvait se procurer en France. Saint-Martin était à n’en pas douter un grand lecteur.

 

La bibliothèque de l'Assemblée nationale

 

On sait pourtant peu de choses de ce que furent ses lectures, si ce n’est par quelques indices parsemés au fil de ses œuvres : Burlamaqui, Abbadie, Rousseau, Boehme, Gichtel, Antoinette Bourignon figurent parmi ceux qu’il admire et Boulanger, Buffon, les philosophes des Lumières, parmi ceux qu’il abhorre.

L’inventaire dressé quelques jours après la mort du Philosophe inconnu, dans l’appartement qu’il occupait au 668 de la rue Saint-Florentin à Paris, ne nous renseigne guère. Il répertorie « trois cents volumes environ, tant reliés que brochés », mais n’en donne pas le détail, sauf pour signaler la présence du « Dictionnaire de Valmont de Bomard, plusieurs théâtres, les œuvres de Voltaire, l’Histoire ecclésiastique, plusieurs ouvrages allemands et de littérature (1) ». Robert Amadou précise : « On pourrait aussi se plaire à imaginer, comme il est légitime je crois de le faire, que parmi les « ouvrages allemands » se trouvaient les quelques livres de Böhme, dont nous savons d’ailleurs que Saint-Martin les possédait. »

Était-ce là toute la bibliothèque du Philosophe inconnu ? Probablement pas, car l’appartement occupé par Saint-Martin à Paris ne constituait pas son domicile principal. C’est près d’Amboise, à Chandon, qu’il avait sa maison, une demeure où il aimait passer la belle saison. Il est probable qu’il avait regroupé là l’essentiel des livres qu’il avait amassés au fil des années, mais auxquels il faudrait sans doute ajouter ceux de son père dont il avait hérité.

À la lecture de l’analyse de Robert Amadou, on s’étonne que celui-ci ne fasse pas référence au célèbre Manuel bibliographique des sciences psychiques ou occultes dans lequel Albert-Louis Caillet mentionne un document étonnant. Il termine en effet la liste des ouvrages du Philosophe inconnu en présentant le Catalogue des livres rares et précieux du cabinet de feu M. de Saint-Martin, publié en 1806 (2) .

Personne ne semble d’ailleurs s’être inquiété de l’existence de ce catalogue. Quelle ne fut donc pas notre surprise, à la fin de l’année 2007, d’en découvrir un exemplaire dans la « bibliothèque » de Google (3) ! Le célèbre moteur de recherche sur Internet l’a en effet numérisé en août 2007, à partir du volume figurant à la bibliothèque de la Taylor Institution University d’Oxford.

Empressons-nous d’apporter une précision importante : contrairement à ce qu’indique Albert-Louis Caillet, le titre du catalogue ne précise pas de quel Saint-Martin il est question. S’il s’agit de Louis-Claude de Saint-Martin, il est surprenant que le libraire n’ait pas jugé utile d’apporter cette précision ou de faire référence à son pseudonyme.

La notoriété du Philosophe inconnu aurait en effet constitué un argument de vente non négligeable. Albert-Louis Caillet se serait-il trompé ?

 

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