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Discours prononcé dans la société de l'Harmonie établie au Cap-Français (Haïti), pour des réceptions, en 1784.

Messieurs,

étudeQuel spectacle plus intéressant pour l'homme que l'homme même ! Cet être né dans la faiblesse et dans l'ignorance, mais doué de la perfectibilité, a reçu de la nature, avec les qualités du cœur qui le constituent bon, les qualités de l'esprit qui en font un être pensant.

L'homme tend sans cesse par sa nature à devenir meilleur et plus éclairé. De la réunion de sa bonté et de ses lumières, du concours de l’instinct et de la raison, se forment, avec le temps, l'esprit social et les vertus morales qui en dérivent.

Les devoirs de l'homme sont gravés dans son cœur, il est essentiellement bon, et le méchant est un être vicié dans son organisation ; tout vice est discordance, trouble, maladie, erreur et faux calcul.

Tout se tient dans l'univers. Le physique, et ce que l'on nomme le moral, sont enchaînés par des liens nécessaires. L'ordre est partout : aisé à connaître, il est facile à suivre : l'unité est son caractère, l'harmonie son effet, la santé et la vertu en sont le résultat. Il n'y a qu'une cause, qu'un fait, qu'une vérité, qu'une loi, qu'une santé, qu'une maladie, qu'un remède.

Ces grandes vérités, messieurs, qui vous sont révélées aujourd'hui, n'ont point été ignorées des premiers hommes. La nature qui a mis tant de variété dans ses œuvres, qui a pourvu avec tant de munificence au bonheur des êtres sensibles, aurait-elle oublié, dans la répartition de ses dons, l'homme, dont elle s'est plu à étendre les facultés ?

Les traditions religieuses et historiques de tous les peuples, d'accord avec ces conjectures, nous montrent le berceau de l'humanité dans un lieu de délices, et nous apprennent que l'homme a été créé pour le bonheur.

L'inquiétude qui agite l'espèce humaine, ce besoin insatiable de connaître, ces recherches éternelles de l'esprit, ces efforts continus pour étendre sans cesse la sphère de nos connaissances et de nos jouissances, ces élans de l'homme vers une félicité dont il a l'idée dans l'esprit et le goût dans le cœur, tout nous prouve que le bonheur est un apanage et une des conditions de notre existence; la nature nous le dit : c'est donc dans la connaissance de ses principes, dans l'exacte observance de ses lois, que nous trouverons les moyens de parvenir à la félicité qui nous appartient et que nous avons perdue.

Les animaux, bornés à l'instinct, sont restés imperturbablement dans leur état originel. L'homme seul en est sorti ; sa raison corrompue et égarée a perverti son instinct ; c'est aux vices de ses institutions, qui ont déterminé ses habitudes, qui ne sont que l'esclavage de la nature, qu'il faut attribuer les fléaux dont il est la victime. La superstition, la tyrannie et les erreurs, mères fécondes de tous les vices et de tous les maux, sont l'ouvrage de l'homme ; lui seul a troublé le concert universel des êtres par l'abus qu'il a fait de sa perfectibilité.

L'homme est perverti, sans doute, mais que de traits de grandeur il a conservés dans sa dégradation ! Les élans de sa raison ont égalé ses écarts, et sous tous les aspects, dans l'état de nature et dans l'état de société, l'homme est l'ouvrage de la nature le plus digne de nos regards.

Rappeler l'homme à sa bonté originelle, lui rendre le bonheur dont il jouissait en sortant des mains de la nature, en étendant et en perfectionnant encore les lumières et les jouissances qu'il doit aux efforts des générations qui se sont succédé sur le globe ; le ramener à la pureté de son instinct en perfectionnant sa raison : en un mot, faire jouir l'homme social de tous les avantages de l'homme de la nature ; voilà le but que notre illustre instituteur, messieurs, s'est proposé, et vers lequel ses disciples doivent tendre sans cesse.

La science que M. Mesmer nous enseigne embrasse l'universalité des connaissances humaines, elle résout tous les problèmes ; M. Mesmer a connu l'instrument de la nature ; nouveau Prométhée, il s'en est emparé pour le bonheur de ses semblables.

Des principes de cette doctrine découlent, comme d'une source commune, la véritable médecine et la vraie morale, fondées entièrement l'une et l'autre sur les rapports de l'homme avec la nature. Lorsque ces rapports seront parfaitement connus, et que l'homme saura les maintenir, il sera sain et bon, il aura une règle sûre pour se conserver dans l'ordre, et pour y rentrer lorsqu'il s'en sera écarté. En harmonie avec lui-même et avec tout ce qui l'environne, il aura acquis toute la perfection et tout le bonheur dont il est susceptible.

L'évidence la plus lumineuse caractérise la découverte de M. Mesmer. Tout démontre la puissance et l'efficacité de l'agent qu'il emploie pour combattre les maladies, et tout nous prouve l'insuffisance et le danger des remèdes de la médecine ordinaire.

Les erreurs et les préjugés qui forment ce qu'on appelle ! si improprement l'art de guérir, ne peuvent subsister longtemps ; le prestige est détruit : nous devons cependant nous attendre que la médecine, cette dernière des superstitions qui a résisté à la philosophie, sera défendue jusqu'à ses derniers retranchements par les passions des hommes qui exercent cette profession ; nous aurons à combattre l'orgueil et l'intérêt, ces deux grands mobiles du cœur humain. Les médecins, maîtres de la vie et de la mort, règnent par la crainte et par l'espérance sur l'esprit des hommes dont ils ont exténué la constitution et énervé les âmes ; ils se serviront de leur funeste ascendant pour retarder le triomphe de la vérité ; les compagnies savantes défendront les antiques erreurs avec leur obstination accoutumée. C'est à l'opinion publique, messieurs, c'est-à-dire à la voix du genre humain, à prononcer l'arrêt de la proscription de ces erreurs enracinées.

C'est afin de parvenir à ce but salutaire, c'est pour préparer, diriger et opérer cette utile et grande révolution, que M. Mesmer a remis à une société d'hommes choisis dont vous faites nombre, le précieux dépôt de sa découverte.

Si sa doctrine avait été divulguée sans précaution, elle n'eût pas tardé à être adultérée par l'alliage des erreurs dont toutes les sciences, et notamment la médecine, sont infectées. M. Mesmer a prévenu le danger ; ses disciples conserveront sa doctrine dans toute sa pureté ; ils l'enrichiront par leurs recherches, et la répandront avec discrétion, et d'après les règles de l'utilité générale. Alors le vœu de notre illustre maître sera rempli : les hommes dont l'existence sera prolongée seront meilleurs et plus heureux ; notre gloire, messieurs, sera de concourir à ce grand ouvrage.

Les institutions., messieurs, portent le caractère de leurs auteurs. Romulus fut guerrier, et Rome a été conquérante ; Lyeurgue, républicain austère, établit l'égalité dans sa cité, et Sparte a été l'admiration des sages, et le désespoir des législateurs, qui n'ont pu l'atteindre. Confucius unit la morale avec la législation, et le despotisme de la Chine, quia toujours subjugué ses sauvages vainqueurs, a été souvent envié par les turbulentes républiques modernes. Le peuple hébreu porte encore l'empreinte du génie de son législateur ; l'honneur européen qui fait notre caractère national est né dans les forêts de la Germanie. Les disciples de Mesmer se modèleront sur le caractère de leur instituteur; un amour ardent pour l'humanité doit brûler nos cœurs et respirer dans toutes nos actions. A ce signe seront reconnus les disciples que notre maître a choisis pour répandre en son nom, sur toute la terre, le plus grand bien qu'un homme | ait jamais fait à ses semblables.