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Notes

  1. Journal de Paris, 23 frimaire an X.
  2. Voir aussi : « Vers le fin de Saint-Domingue ? Regards des colons », dossier réunis par Marcel Dorigny, Dix-Huitième siècle, n° 43, 2011, p. 337-445.
  3. (voir « L’Expédition hydrographique de Chastenet de Puységur à Saint-Domingue (1784-1785) » par François Regourd (p. 247-262) dans Négoce, ports et océans : XVIe-XXe siècle, sous la dir de Silviana Marzagali et Hubert Bonin, Presse universitaire de Bordeaux, 2000.

Un témoignage sur l'esclavage à Saint-Domingue :
Le magnétisme à Cap-Français

D. Clairembault

Le MAgnétisme à Saint Dominque

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L’histoire du martinisme possède quelques liens avec celle de Saint-Domingue. C’est en effet dans cette île que Martinès de Pasqually vient s’installer en 1772 pour y mourir en 1774. Plusieurs de ses disciples y sont également venus alors qu’ils servaient dans le régiment Foix-infanterie. Ce dernier y a pris ses quartiers entre 1762 et 1765, afin d’assurer la protection de cette île convoitée, la plus riche des possessions françaises. Avant la Révolution, elle fournissait en effet les trois quarts de la production mondiale du sucre. Or, c’est en grande partie à l’esclavage offrant une main-d'œuvre bon marché qu’elle doit sa richesse. « Au commencement de l’année 1790, l’île de Saint-Domingue, qu’on pouvait regarder comme le paradis terrestre du Nouveau-Monde, contenait 793 plantations à sucre, 3 117 à café, 786 à coton, 3 160 à indigo, 34 à cacao, 623 à grains, ignames et autres légumes. » (1) Saint-Domingue comptait alors près de 500 000 esclaves. (2)

Alors que les plus grands auteurs du XVIIIe siècle se sont appliqués à dénoncer cette exploitation honteuse de l’humanité, tels Rousseau, Voltaire et Diderot, les théosophes ne se sont guère exprimés sur cette pratique. Nous ne prétendons pas approfondir ici ce thème, que nombre d’ouvrages ont étudié en détail. Nous nous contenterons d’évoquer les noms de quelques hommes qui, sans être des théosophes majeurs, ont pris position contre l’esclavage.

Le premier est Nicolas Bergasse (1750-1832), l’un des plus proches collaborateurs de Mesmer, membre éminent de la Société des amis de noirs, fondée le 19 février 1788 autour de Jacques-Pierre Brissot et Étienne Clavière. Il faut également évoquer les noms de deux anciens amis de Saint-Martin : Jean-Baptiste-Modeste Gence et Joseph-Marie de Guérando, qui appartiennent à un groupe très actif dans la lutte contre l’asservissement humain, la Société de la morale chrétienne. Fondé en 1821, ce mouvement se propose de mettre en œuvre un évangile actif et utile, dégagé de tout dogme. L’action de la Société de la morale chrétienne jouera un rôle important dans le processus d’abolition de l’esclavage.

Le document que nous mettons en évidence aujourd’hui apporte un témoignage peu connu. Il est l’œuvre d’un groupe de disciples de Mesmer. Ce texte est particulièrement intéressant dans la mesure où il émane d’une filiale de la Société de l’harmonie installée à Cap-Français, l’un des ports les plus importants d’Haïti. Cette branche de la célèbre école de magnétisme fondée par Mesmer à Paris en 1783 fut établie à Saint-Domingue en 1784, par Antoine Hyacinthe de Chastenet de Puységur, l’un des frères d’Armand de Puységur, à qui l’on doit la découverte du somnambulisme magnétique.

Antoine Hyacinthe, comte Chastenet de Puységur (1752-1809), officier de marine, vient à Saint-Domingue entre 1784 et 1785. Élevé à la dignité de Chevalier de Saint-Louis en 1781, il a déjà une longue carrière derrière lui. Ses compétences militaires s’accompagnent d’un esprit scientifique distingué. Il a étudié en effet l’hydrographie et est un excellent mathématicien (3). C’est à ce titre qu’il va se porter volontaire en 1784 pour une mission d’exploration des eaux de Saint-Domingue. Il se voit chargé par le maréchal de Castries de dresser la carte des débouquements de l’île. À cette époque, Cap-Français est la capitale de Saint-Domingue. Son port assurant une grande part des échanges commerciaux avec le continent, il est primordial d’établir une cartographie plus précise de la région, de manière à mieux assurer la sécurité d’une navigation importante. Puységur embarque pour une campagne sur la corvette Le Vautour et explore les eaux de Cap-Français, de Tiburon, de Léogane et des îles Turques. Le comte publiera cette étude en 1787 sous le titre : Détail sur la navigation aux côtes de Saint-Domingue et dans ses débouquements.

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Comme son frère Armand, Hyacinthe a été l’élève de Mesmer. Passionné par le magnétisme il continue à le pratiquer lorsqu’il est loin de France. Le texte ci-dessous nous montre qu’il a fondé à Cap-Français une Société de l’harmonie comprenant une vingtaine de membres. Le discours qui fut prononcé lors d’une de leurs assemblées témoigne de prises de position assez nettes contre l’esclavage, révélant l’humanisme touchant d’hommes qui, bien que restant dans les limites imposées par leurs fonctions, n’hésitèrent pas à dénoncer l’exploitation d’êtres humains. C’est ce texte que nous proposons ici, d’après la retranscription d’un manuscrit publié dans la revue L’Hermès, journal du magnétisme (IIIe vol. 1828-1829) par le docteur Chapelain.

Il est introduit par la listes des membres de la Société magnétique de Saint-Domingue, en 1786 :

Le comte Chastenet de Puységur ; Fournier Desvarennes, chevalier de Saint-Louis ; De Laval de Dammartin, docteur en médecine ; De Malouet ; Le marquis de Cadusch ; De la Rivière, commissaire ordonnateur ; De Guidi ; Lebreton , chirurgien des vaisseaux de S. M., démonstrateur d'anatomie ; Ozanne ; Worlock , docteur en médecine ; Laborie, doyen des avocats du conseil supérieur, et secrétaire de la chambre d'agriculture ; Gullmann ; Fourneau ; Courjeoles ; Joubert ; Rousseau ; De Lacombe ; Lefèvre ; Betche ; Barré de Saint-Venant ; Mouchet ; Remoussin ; Dutrone ; Laroueaux ; Lebrun.

> Plan de la viille du Cap dans l'isle de St Domingue / [par J-N. Bellin]

> Description topographique, physique, civile, politique et historique de la partie française de l'isle Saint-Domingue, Paris, Dupont, 1797.