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Notes

  1. Note : Pour illustrer ce texte, nous avons utilisé des éléments du fonds Prunelle de Lière de la bibliothèque de Grenoble figurant dans Les Nombres, L-C. de Saint-Martin, dans la version publiée par Nicole Jacques-Chaquin [Lefèvre], Bélisane, 1983. Robert Amadou a également publié ce texte posthume du Philosophe inconnu d'après le manuscrit autographe de son auteur chez Cariscript, en 1983.

La symbolique des nombres chez Saint-Martin

Jean Pierre Brach

livreLe texte suivant est emprunté au livre La Symbolique des nombres publié par Jean-Pierre Brach en 1994, aux éditions PUF. Cet ouvrage remarquable brosse un panorama de l'ensemble de cette symbolique, depuis le pythagorisme antique jusqu'au XIXe siècle. Le texte que nous proposons, extrait du chapitre que l'auteur a consacré au XVIIIe siècle, donne un excellent aperçu de la manière dont le Philosophe inconnu a traité des nombres au fil de ses ouvrages. Nous remercions l'auteur, ainsi que son éditeur, de nous avoir autorisé à publier ce passage.

Jean-Pierre Brach est directeur de la chaire d'Histoire des courants ésotériques dans l'Europe moderne et contemporaine à l'École pratique des hautes études (EPHE), à la Sorbonne. Il est également rédacteur en chef de Politica hermetica ; membre du comité scientifique de la revue américaine en ligne Esoterica et correspondant pour la France de la revue Aries.

Parmi ses différentes publications, on notera deux productions en relation avec notre sujet :

  • Guillaume Postel, Des admirables secrets des nombres platoniciens, Paris, Vrin, 2001 (édition, traduction, introduction et notes).
  • « Quelques réflexions sur les fondements spéculatifs de la symbolique des nombres », dans Richard Caron, Joscelyn Godwin, Wouter J. Hanegraaff et Jean-Louis Vieillard-Baron (éd.), Ésotérisme, gnoses et imaginaire symbolique. Mélanges offerts à Antoine Faivre, Louvain, Peteers, 2001, p. 741-747.

 

Extrait de La Symbolique des nombres

[...] L. C. de Saint-Martin († 1803) a également ménagé, pour sa part, une place importante aux nombres tout au long de son œuvre. À cet égard, il convient en effet d'examiner les notations présentes depuis son premier ouvrage, Des erreurs et de la vérité (Paris, 1775) et qui courent dans la suite de son œuvre, en particulier dans le Tableau naturel et De l'esprit des choses, au lieu de se limiter au seul texte Des nombres, manuscrit en désordre et inachevé qui ne parut qu'en 1843. La théorie des trois éléments que, dès son premier livre, l'auteur substitue au quaternaire habituel lui valut, par exemple, une intéressante controverse avec l'alchimiste O. H. de Loos († 1785) qui réagit dans le Diadème des Sages (Paris, 1781).

Il est naturellement impossible de donner ici plus qu'un aperçu très général des conceptions arithmologiques de Saint-Martin et nous devons renvoyer aux travaux et éditions de N. Jacques-Chaquin et R. Amadou.

L'évolution de la doctrine de Saint-Martin sur les nombres est surtout fonction de sa propre maturation spirituelle, de son chemin théosophique très personnel. Les premiers éléments lui en ont été fournis par le « système » de M. de Pasqually et, sur un autre plan, la lecture de J. Boehme ; il a connu, par l'intermédiaire de son correspondant Kirchberger (ces lettres ont été publiées en 1862), les spéculations d'Eckhartshausen auxquelles il fit relativement bon accueil sans en subir l'influence pour autant. Avant tout, il y a la vie spirituelle, la « réintégration ».

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Les propriétés symboliques des nombres doivent en être investies, faire l'objet d'une réappropriation active de la part du théosophe, sous peine de rester lettre morte. C'est à ce prix que le caractère abstrait des mathématiques — qui n'ont pas d'elles-mêmes une immédiate portée ontologique — est « retourné » de la considération des caractéristiques extérieures des choses à l'expression des propriétés essentielles des êtres. Il y a ici une difficulté qui est celle — fondamentale — de toute pensée symbolique : pour être à même de comprendre un symbole, il faut connaître déjà ce qu'il renferme ; il ne s'agit que de reconnaissance, comme l'avait bien vu Pic et la trace est en quelque mesure avant le pas. En quelque mesure, venons-nous de dire, et c'est là l'une des principales modalités (complexes) selon lesquelles le nombre « signifie », chez Saint-Martin, c'est-à-dire renvoie aux lois et aux principes qu'il reflète aux plans intelligible et sensible. Cette dernière ambivalence du statut des nombres n'est d'ailleurs pas propre au théosophe d'Amboise. Peut-être renvoie-t-elle au double mouvement sapientiel qui discerne et unifie à la fois ? Pour notre auteur, comme pour bon nombre de ceux que nous avons rencontrés, l'ensemble des nombres se ramène au dénaire fondamental.