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De la nostalgie à la résurgence L'homme était fait pour l'unité. De son intimité avec Dieu, il garde une nostalgie qui s'exprime de multiples façons et à tous les niveaux de son être. Dans sa pratique de la langue par exemple, il n'a de cesse de rechercher l'expression la plus juste, l'adéquation parfaite entre le mot et la chose, obéissant, même malgré lui, au principe qui le gouverne, toujours en creux dans chacune de ses productions. S'il dispose encore aujourd'hui des attributs de sa grandeur, ceux-ci doivent être régénérées. Or, ils ne le peuvent que si l'homme le désire et consente à les appliquer à leur véritable objet. Retrouver la langue perdue signifie avant tout pour Saint-Martin réanimer ses facultés ensevelies, retrouver les véritables noms des choses, et par là même son état premier. Des hommes, de tout temps et en tout lieu, ont eu connaissance de cette langue originelle, et ils ont pu appliquer les lois et les principes qui en découlaient dans des domaines aussi divers que la justice , le combat , le calcul et la vertu (E. V., 473). Or ne s'agit-il pas là d'une réminiscence du culte quaternaire que l'homme devait rendre à Dieu ? Pour Saint-Martin, c'est par le désir et la volonté que nous pouvons retrouver notre langue véritable, « et vraiment le prix attaché à cette grâce est si modique et si naturel, qu'il est une nouvelle preuve de la bonté du principe qui l'exige, puisque cela se borne à demander à l'homme de […] croire que l'homme n'est point matière, et que la nature ne va pas toute seule » (E. V., 506-507). L'admiration, parce qu'elle éveille le désir de l'homme, peut aussi l'entraîner à reconquérir ses droits, et pour le Philosophe Inconnu, la poésie a cette vocation. Enfin, chacune des dix feuilles du Livre de l'homme doit être étudiée, et leur parfaite intelligence ne s'accomplira que lorsque toutes auront été connues. Mais elles demandent, pour être comprises, l'abandon de soi-même et de sa volonté propre au profit de « la loi de la Cause active et intelligente qui doit gouverner l'homme comme tout l'univers » (E. V., 472). Telle est « la grande affaire de l'homme ». Pour
de nombreux auteurs comme Leibniz, le Président de Brosses
ou Court de Gébelin, la langue
primitive était mimétique [20],
mais elle est progressivement devenue arbitraire, par dérivation
ou substitution, perdant ainsi sa vertu première : exprimer
un rapport vrai, fidèle,
entre le mot et l'objet désigné. Certains ont tenté de
réformer cette langue corrompue en créant une langue
universelle ou un alphabet « organique » ;
Saint-Martin, lui, a exhorté l'homme à se régénérer
lui-même. S'il s'est appuyé sur certaines thèses
de son siècle pour qualifier la langue primitive, c'est en l'homme,
dans sa relation avec son principe et non dans les mutations des langues,
qu'il a trouvé la cause de son altération. En cela, il
s'inscrit dans la mouvance de ce que l'on pourrait appeler la « linguistique
mystique [21] ». Marie Frantz
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[20] Selon les auteurs, ce mimétisme a pu toucher aussi bien la parole que l'écriture. Voir à ce sujet le passionnant ouvrage de Gérard Genette, Mimologiques, Paris, Le Seuil, 1976. [21] Pour plus de détails, le lecteur pourra se reporter à l'introduction de Robert Amadou au « Cahier des langues » de Louis-Claude de Saint-Martin, dans la revue Les Cahiers de la Tour Saint-Jacques, n° VII, 1961, p. 143-146. |
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