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Dans
le Ministère
de l'Homme-Esprit, le Philosophe inconnu nous explique aussi
que le Christ, avant de s'incarner dans le monde, dut suivre
le même chemin que l'homme. Après s'être contemplé dans
le miroir de l'éternelle vierge Sophia, il fut revêtu
d'un corps glorieux. C'est après cette opération
qu'il se fit chair dans le sein d'une vierge terrestre. Pour
Saint-Martin com me pour Jean-Baptiste Willermoz, lorsque le
Christ ressuscite après avoir accompli sa mission terrestre,
ce n'est pas avec un corps terrestre, mais dans son corps glorieux
qu'il apparaît.
Ainsi en sera-t-il de l'homme lorsqu'il aura achevé son
périple terrestre. Saint-Martin comme Martinès
de Pasqually évoquent cette progression comme l'ascension
du mont Sinaï, dont le sommet représente le plus
haut point du monde céleste, la porte de Saturne qui permet
de monter vers le monde surcéleste. À mesure que nous
nous élevons
sur cette montagne, nous dit-il, nous nous revêtons du
manteau d'Élie, c'est-à-dire de notre vêtement
pur et primitif, d'un corps virginal qui est le seul qui puisse
fixer le Verbe en nous. |
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Le corps glorieux, s'il est bien notre vêtement primitif, n'en est pas pour autant l'homme lui-même. Il n'était, selon Martinès de Pasqually, que l'instrument par lequel Adam pouvait intervenir dans la Création pour y exercer son ministère. Il en est de même du Christ, et Saint-Martin, dans une belle lettre adressée à son ami Vialetes d'Aignan, de préciser que « ce n'est que son enveloppe incorruptible », car la vie du corps est « l'éternel Verbe humanifié pour restituer en nous l'image défigurée par le péché [13] ». Comme nous le dit encore Saint-Martin dans Des erreurs et de la vérité, le Christ, qu'il symbolise par le nombre huit, est le seul appui, la seule force par laquelle l'homme peut s'élever au-dessus des ténèbres dans lesquelles il s'est enfoncé. Cette symbolique n'est pas sans rappeler l'accès au huitième climat, le monde auquel, selon la mystique iranienne, accède l'homme de lumière [14]. |
Le Manteau d'Élie Comme on l'a vu, c'est en utilisant d'une manière erronée son corps glorieux que l'homme a causé sa perte. Dans cette perspective, on comprendra que la tâche essentielle de l'homme est de retrouver le manteau de lumière qu'il a perdu. Ce manteau, il peut en tisser les fibres à chaque instant par son travail spirituel. Car si l'homme ne peut retrouver son vêtement primitif qu'au sortir de sa vie terrestre, il peut déjà en sentir les effets dans ces quelques instants où il s'enveloppe dans le silence pour communier avec le royaume de la lumière. Dominique Clairembault
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[13.] Voir la lettre du 22 octobre 1795 dans Documents martinistes, Paris, Cariscript, 1980, n° 13, p. 33. [14.] Voir Henry Corbin, L' homme de lumière dans le soufisme iranien, Paris, Présence, 1971. |
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