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Traité de résurrection

Un manuscrit anonyme qui fut retrouvé dans les papiers de Saint-Martin après sa mort (Fonds Z), parle du corps glorieux en des termes particulièrement intéressants. Il est probable que l'auteur en soit l'abbé Pierre Fournié (1738-1825), qui fut le secrétaire de Martinès avant Saint-Martin. Ce texte ne comporte pas de titre, mais son contenu indique qu'il s'agit d'un Traité de résurrection.

Pierre Fournié cite souvent saint Paul et explique que l'âme, en imitant la perfection des saints, peut accéder à la résurrection. Restant fidèle aux théories de Martinès de Pasqually, il reprend le schéma du Tableau universel qui divise la Création en trois niveaux : immensité surcéleste, immensité céleste et monde terrestre. Cependant, à la place de la théurgie préconisée par Martinès de Pasqually pour accéder aux mondes supérieurs, il prône une alchimie spirituelle ayant pour but la résurrection spirituelle. Pierre Fournié présente celle-ci comme la réalisation de la pierre philosophale, la transmutation du corps de matière terrestre en un corps glorieux. Il en fait le terme du processus de la remontée de l'âme à travers les sept sphères de l'immensité céleste. Comme Martinès de Pasqually, il divise le septénaire céleste en trois parties : le cercle sensible (Lune, Vénus, Jupiter, Mars et Mercure), le cercle visuel (Soleil) et le cercle rationnel (Saturne). Il associe ce ternaire aux trois vertus théologales : foi, espérance et charité. Sa description de l'ascension des sept sphères célestes rappelle le Dialogue entre Paul et l'âme de Marsile Ficin, texte qui lui-même emprunte beaucoup au Piomandres du Corpus Hermeticum.

 

L'armure

Edward Burne-Jones, saint Georges

Chez Louis-Claude de Saint-Martin, on trouve de nombreuses références au corps glorieux. Cependant, comme à son habitude, le Philosophe inconnu masque ses propos avec une formulation indirecte, souvent difficile à interpréter pour un lecteur peu au fait des doctrines martinistes. Nous nous contenterons ici d'en évoquer quelques-unes. Dans son premier ouvrage, Des erreurs et de la vérité, c'est sous l'image d'une armure impénétrable que portait l'homme lorsqu'il était au centre d'un jardin composé de sept arbres (entendez l'immensité céleste), qu'il nous dépeint ce corps de lumière [7].

Dans Tableau naturel, il fait référence à ce corps de lumière. Il explique que le terme « nudité » qui caractérisait le premier homme et qui est désigné par le mot gharoum, vient de l'arabe ghoram qui signifie « os dépouillé de chair ». Il précise que la racine hébraïque ghatzam signifie « une force, une vertu ». Ainsi, pour lui, lorsque la Bible présente Adam dans son état de nudité, c'est pour nous dire qu'il était immatériel, sans corps de chair [8]. Ce vêtement primitif, Saint-Martin l'évoque aussi dans Le Nouvel Homme, où il nous parle de la robe du premier homme qui n'aurait jamais dû être divisée, car elle aurait dû répandre l'éclat de sa céleste lumière sur toute la Création [9].

Sophia

Dans le second chapitre du Ministère de l'Homme-Esprit, le Philosophe inconnu précise que lorsque, par notre travail spirituel, nous ranimons notre corps glorieux, nous faisons naître la Sophia en nous. En commentant ce point à son ami Kirchberger [10], il précise que Sophia et le corps glorieux désignent la Terre promise de l'homme. Le rapprochement avec les doctrines du zoroastrisme est saisissant. En effet, Spenta Armaiti, la vierge éternelle, est assimilée à la Terre d'émeraude, le huitième climat, la Terre mystique d'Hûrqalya. Selon Ibn Arabi, cette terre mystique fut conçue avec le surplus du levain de l'argile au moyen duquel avait été créé Adam [11].

 
Nicolas Roerich, Mother of the world (1930) Nicholas Roerich museum, New York

Il est intéressant de noter qu'une tradition mohamédienne rapportée par Tabarsî Mas'ûdi veut que le corps ait été créé avec trois sortes de terres : l'une rouge, l'autre blanche, et la dernière noire [12]. N'est-il pas surprenant de noter que dans ses rituels, comme par exemple celui de réception d'apprenti élu-coën, Martinès de Pasqually faisait envelopper le corps du récipiendaire dans trois tissus : noir, rouge et blanc, pour symboliser l'incorporisation d'Adam dans son corps glorieux ?

[7.] Des erreurs et de la vérité, Louis-Claude de Saint-Martin, Vitot, Le Lis, 1979, p. 35-37, 43 et 49.

[8.] Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers, fin du chap. XIII.

[9.] Le Nouvel Homme, n° 66.

[10.] Lettre du 23 août 1793, Correspondance inédite de Louis-Claude de Saint-Martin et Kirchberger…, Paris, L. Schauer et Alp. Chuquet, 1862, p. 101.

[11.] Le Livre des conquêtes spirituelles de La Mekke, chap. VIII. Henry Corbin en donne un large extrait dans Corps spirituel et Terre céleste..., op. cit., p. 164-172.

[12.] Il existe aussi d'autres théories dans l'islam qui évoquent sept couleurs, notamment chez Djalâl-od-Dîn Rûmî. Voir sur ce point C. G. Jung, Mysterium conjonctionis, Paris, 1982, t. II, chap. V.


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