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F. C. Œtinger Pour Paracelse, l'homme n'est pas seulement doté d'un corps terrestre et d'un corps sidéral, il possède également une autre dimension qui est destinée à continuer son existence après la mort du corps. C'est le limbus æternus, le corps éternel de l'âme. Cette chair spirituelle nous a été donnée par le sacrifice du Christ. À la suite de Paracelse, d'autres penseurs comme Gerhard Dorn, Valentin Weigel et Jacob Boehme s'intéresseront à cette dimension éternelle du corps. Gerhard Dorn, dans Speculativa Philosophia (1567), invite l'alchimiste à travailler à la transmutation qui lui rendra la tunique de lumière dont l'homme était revêtu avant la Chute. La quête de la Toison d'or, qui s'épanouit dans la littérature alchimique du XVIIe siècle, n'est pas sans évoquer cet aspect [6].
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Friedrich
Christoph Œtinger (1702-1782), un kabbaliste chrétien
très imprégné des doctrines de Jacob Boehme, évoque
lui aussi la notion de corps glorieux en des termes particulièrement
intéressants. Pour lui, à l'origine de la Création,
Dieu se révèle en une « gloire primitive » qui
est la Sagesse (Christ, Verbe…). Cette Sagesse est le temple par
lequel Dieu se révèle, c'est l'espace primordial. Cette
Sagesse est le ciel, le séjour des anges et des Élus.
Elle constitue le corps du Christ. |
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C'est une substance lumineuse qui est à l'origine de tout. Elle est la chair des anges, le Saint-Élément dont parle Jacob Boehme. Reprenant une théorie de Newton, Œtinger en fait le Sensorium de Dieu, le moyen par lequel Dieu perçoit sa création. Ce corps de lumière de Dieu est en quelque sorte l'archétype des corps glorieux des hommes. Ce ciel primordial contient aussi toutes les idées, qui sont autant de germes qui prennent en corps. Notre monde est à l'emplacement de ce royaume céleste, de ce qu'il en reste après qu'il fut dénaturé par Lucifer. Ce porte-lumière s'est en effet égaré dans la contemplation de sa propre lumière, oubliant que cette lumière n'est que « communiquée » et non pas donnée. Pour Œtinger, c'est dans ce même espace, lorsqu'il sera sanctifié, que règnera Jésus avec ses Élus. Cette régénération universelle commencera avec l'homme, mais elle a été initiée par Jésus ressuscité, car sa chair ressuscitée est la « matière ultime », la Sagesse reformée. La résurrection de l'homme le conduira à revêtir lui aussi une chair spirituelle. Œtinger indique que l'homme s'incarne deux fois. La première par sa naissance et la seconde par son entrée dans la foi. Cette seconde naissance a été anticipée en l'homme par la résurrection du Christ. La chair céleste de Jésus ressuscité remplit l'univers et nous donne la nourriture (chair et sang) nécessaire à notre régénération. Ainsi, pour Friedrich Christoph Œtinger, l'homme, après sa vie terrestre, conserve une corporéité. Il indique même qu'alors l'âme et le corps s'unissent durablement. Cette vision du corps glorieux de l'homme qui participe à la Création dans sa pureté restaurée, à la « Terre céleste », n'est pas sans rappeler celle que l'on retrouve dans l'islam mystique.
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Martinès de Pasqually Dans le Martinisme, le thème du corps glorieux est lié à la place particulière qu'occupait l'homme avant la Chute. Selon Martinès de Pasqually, le monde a été créé pour servir d'asile aux premiers esprits spirituels qui avaient prévariqué. Les premiers esprits avaient d'abord été émanés dans l'immensité divine, puis la rébellion de certains d'eux rendit nécessaire l'apparition d'un espace destiné à contenir leurs actions néfastes. Ce lieu, situé hors de l'immensité divine, possède plusieurs niveaux : l'immensité surcéleste, l'immensité céleste et le monde terrestre. L'homme a été émané du Divin pour venir diriger les esprits égarés qui sont enfermés dans le monde créé. |
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L'homme est esprit, il ne possède pas de corps. Son lieu de résidence est situé au centre de l'immensité céleste, en un lieu nommé le Paradis terrestre. Cependant, pour pouvoir agir dans le monde, l'homme est doué d'une faculté particulière : celle de pouvoir produire un corps glorieux, une sorte de voile qui lui permet de se manifester et d'agir dans la Création. L'homme peut mettre en œuvre ce corps en lui donnant la forme qu'il désire. Selon ce que nous dit le Traité sur la réintégration des êtres (§ 22), c'est précisément en usant d'une manière abusive de ce privilège, que l'homme perd ce corps glorieux pour sombrer dans un corps de matière qui l'obligera désormais à habiter le monde terrestre. |
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Exilé dans un corps de matière et sur la Terre, l'homme n'en garde pas moins sa mission. Il a cependant ajouté une difficulté supplémentaire à sa réalisation, dans la mesure où il doit reconquérir sa place dans la Création pour mener à bien sa mission. |
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[6.] Voir Antoine Faivre, Toison d'or et Alchimie, Milano, Archè, 1990. |
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