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Notes

  1. Un ouvrage aussi obscur que son auteur, sous le titre séduisant des Erreurs et de la vérité, répand le poison destructeur de la raison « humaine, et dispose tous ceux qui s'en sont enivrés à accueillir le magnétisme ; parce qu'ils croient reconnaître en lui les vertus des dix Sephirots, inventés par les Cabalistes.» Abrégé de l'histoire des magnétiseurs de Lyon. (Note originale du Docteur Audry).
  2. On pourrait ajouter à la liste de nos illuminés, Cazotte, l'auteur du Diable amoureux, et l'abbé Fournié qui fut un des disciples les plus hallucinés de Martines. Matter croit que ce dernier appartint au diocèse de Lyon. Quant à Cazotte, on a prétendu qu'il avait été initié à Fourvière et à la Croix-Rousse ! — Les Martinistes se recrutaient, comme nous l'avons vu dans une élite, même religieuse, au dire de M. Louis de Combes, qui compte parmi eux le prêtre Manin, guillotiné le 28 janvier 1793. Le lieutenant de Police disait un jour : « Avertissez nos ecclésiastiques lyonnais d'être sur leurs gardes ; j'en sais qui fréquentent les assemblées nocturnes des Martinistes, où l'on entend des vociférations qui troublent l'air. » Latreille, La Petite Église. (Note originale du Docteur Audry).

2. Un discours à l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon

Le Mesmérisme et le Somnambulisme à Lyon avant la Révolution [extrait, p. 15-18] :

[...] « Louis-Claude de Saint-Martin fit la connaissance à Bordeaux, alors qu'il était lieutenant au régiment de Foix, de Martines de Pasqually, habitué de notre ville, qui pratiquait la magie et qui l'initia. Lui-même fut le fondateur du Martinisme qui possède encore des adeptes. Homme doux .et charitable, à l'inspiration quelquefois grandiose, livré à la méditation et à la prière, il en vint, par une curieuse aberration psychique à s'identifier avec le personnage dont j'ai déjà parlé, avec le Philosophe Inconnu.

Il publia entre autres livres un ouvrage halluciné, inspiré par les Puissances suprêmes : les Erreurs et la vérité [1] , dont Voltaire s'empressa de dire : « Je l'ai fait venir pour mon malheur ! » Jouissant d'une réelle influence dans les milieux aristocratiques, il se sépara, en 1790, de la Franc-maçonnerie et devint, à Strasbourg, un partisan des idées Swedenborgiennes et de Jacob Boehme. Comme l'a fait remarquer Joseph de Maistre dont il fut quelquefois l'inspirateur, son illuminisme pacifique est tout différent de celui des disciples du Bavarois Weishaupt, qui était d'ailleurs plus pédant qu'anarchiste.

Livre

Saint-Martin a fait de très longs séjours à Lyon, où quelques-uns de ses ouvrages ont été imprimés. Il y contracta de nombreuses amitiés, non seulement et surtout avec les Willermoz mais encore avec Perisse Duluc, le comte de Virieu, Bruysais, Ch. de Monspey, Milanais, de Bory, de Grainville. Paganuccy, avec Pernon « qui s'est chargé de lui reteindre un habit de velours de « coton bleu ». Il connaissait celui qu'il nomme « le frère Barberin » et jetait les yeux sur lui, pour l'avoir comme suppléant.

Saint-Martin fréquenta dans notre ville le comte d'Hauterive avec lequel il étudia le magnétisme et prétendit même évoquer les âmes des morts ainsi que les esprits supérieurs. J'ajoute même qu'il fit à la Loge de la Bienfaisance un cours dont quelques fragments ont été publiés dans ses œuvres posthumes.

Le magnétisme et surtout le somnambulisme le préoccupèrent certainement beaucoup et Matter lui attribue des livres inédits sur ces matières. Il traita de misérable le rapport de l'Académie des Sciences et discuta vivement avec Bailly, en attachant une grande importance à des expériences sur les chevaux. En 1784, il écrit, parlant de lui-même : « Grosse nouvelle, le philosophe inconnu vient de « prêter serment à la Société occulte, fondée par Mesmer. »

Celui-ci lui était d'ailleurs peu sympathique. Il le traitait de matérialiste, tout en reconnaissant « sa grande puissance ». Puységur convenait mieux à son tempérament d’apôtre désintéressé. « J'ai obtenu, dit-il, de M. Puységur, l’ouvrage qu'il a fait sur le magnétisme que Tieman envoie à la Société de la Concorde par une dame qui part incessamment pour Lyon ». Il racontait encore, le 25 septembre 1784, ce qu'il avait vu à Buzancy : « la guérison d'un sourd, d'une sciatique épouvantable ».

Il ajoutait : « Tout le pays est dans l'admiration. Je ne me suis mêlé en rien de ces traitements. J'assistais, j'aidais seulement à porter les secours ordinaires qu'on donne à tous les malades, mais je ne magnétisais pas, mon physique ne me paraissant pas assez robuste pour cela. Tous les prodiges magnétiques que j'ai vus ne m'ont pas peu servi à faire ouvrir les yeux à quelques aveugles. »

Saint-Martin admettait d'ailleurs que se livrer à la magie et au magnétisme artificiel, c'était accepter l'empire des intelligences astrales qui n'appartiennent pas à la sphère supérieure et qui vivent dans une région où le bien et le mal sont confondus. II dit en propres termes dans une lettre où il est question de la mort de l'abbé Rozier, notre compatriote : « L'astral joue un très grand rôle dans le magnétisme et le somnambulisme. » Et le Philosophe inconnu redoutait l'astral !

C'est peut-être un peu trop insister sur des sectes [2] que devaient séduire les prodiges annoncés. Il faut reconnaître que la plupart des partisans de Mesmer, les médecins surtout, n'entendaient pas être confondus avec les personnages dont il vient d'être question.

Roland de la Platière, qui a cru passagèrement au magnétisme, écrit à Bose le 4 octobre 1785 : « Les Inspirés Martinistes ou Martiniens, qu'en dit-on ? La secte se répand-elle ? Qu'est-ce que signifie et « quelles sensations fait cette dernière folie ? » Et le médecin Bonnefoy de déclarer : « Il n'y a pas dans les doctrines de M. Mesmer, des apparences très frappantes de conformité avec les sectes dans lesquelles on admet le pouvoir « de certaines intelligences supérieures. » [...]