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L'annonce du Nouvel Homme - 2
 

Octave Béliard
1876-1951

Octave Béliard, médecin, écrivain et amis de Saint-martin... >> lire la suite.

Le Nouvel Homme, quatre extraits du livre de Saint-Martin sélectionnés par Octave Béliard. >> Lire, Format Pdf
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Discours prononcé par Octave Béliard en 1946 lors de l'inauguration de maison natale du Philosophe inconnu à Amboise. >> Lire
 
 
 
 

Pour que les hommes apprennent ce qui est figuré par les murs de leur prison ; pour qu'ils sachent que c'est une prison et que hors d'elle est la Vie ; pour qu'ils aperçoivent la Voie libératrice, il faut qu'il entre une lumière, une Révélation ; que la Parole, être vivant du monde vivant, soit involuée avec eux, les enseigne et les entraîne. Jésus-Christ est véritablement, pour Claude de Saint-Martin, cette Parole involuée en l'humanité. Saint-Martin est un mystique chrétien.

Grünewald Matthias, La résurrection du Christ, extrait, musée Unterlinden, ComardOn ne le voit pas soumis aux disciplines d'un culte. C'est un irrégulier, comme l'étaient les Prophètes au regard des Lévites, comme le furent, sous la nouvelle Loi, des inspirés dont l'Église établie eut défiance ; un clergé n'accepte pas volontiers, même quand il s'agit de Jeanne d'Arc, les communications avec le ciel qui ne passent pas par la voie hiérarchique. Mais il ne m'est pas apparu que Saint-Martin s'écartât de l'enseignement chrétien, s'il en approfondit et développe le contenu spirituel. Son Credo est celui de Nicée. Le Christ dont il parle est conforme à celui des Écritures auxquelles il se réfère constamment. Il évite, avec un soin certainement intentionnel, de le nommer. Il l'appelle le réparateur. À mon entendement, l'auteur mystique, tout baigné de la lumière du monde spirituel, veut marquer par là que la personne historique de Jésus, ayant appartenu comme notre propre personne corporelle au monde des apparences, est elle-même un signe sur la muraille ; que sa vie terrestre est une inscription ; que la valeur du signe et de l'inscription est dans le sens qu'ils ont hors de l'espace et du temps. En somme, le Christ est l'expression humaine et temporelle de la Parole vivante ; la seule expression qui en soit lisible du point où nous sommes. Il n'est, pour Saint-Martin, d'autre voie que la chrétienne ; mais il ne taxe pas d'imposture des révélateurs dont l'histoire a marqué l'apparition en des âges et des lieux différents, estimant que la nourriture est adaptée et mesurée au besoin et à la capacité de ceux qu'elle doit vivifier. Jésus-Christ n'est venu qu'à l'heure humaine où sa venue était opportune et assez ardemment désirée pour être nécessaire. Et encore le poids effrayant des erreurs accumulées depuis dix-neuf siècles par ceux même qui ont prétendu le mettre dans leurs intérêts, montre, non qu'il a échoué, mais qu'incorporant la lettre de son enseignement, le commun des hommes n'a pas commencé à s'en assimiler l'esprit. Il se pourrait bien, en ce sens, que les plus avancés des chrétiens ne fussent pas tous au nombre de ceux qui font profession de l'être.

Un lecteur attaché au plan de la raison, qui n'est pas en disposition de voir dans le réel le mur d'une geôle et l'envers du vrai, pourra n'être pas insensible à la belle langue de Louis-Claude de Saint-Martin, à la hauteur de sa vision, à ce qu'il lui plaira d'appeler, ici, son ingéniosité et, là, sa poésie ; car c'est, en vérité, un grand écrivain, comme certains auteurs bibliques, le Psalmiste, les Prophètes, comme l'auteur de l'Imitation auquel il ressemble par plus d'un trait, comme le Pascal des Pensées dont il n'a pas l'inquiétude. Ce lecteur pourtant pénètre malaisément l'ombre de sa forêt percée de rayons. Peut-être ce que je viens d'écrire servira-t-il d'introduction en suggérant un état d'âme.

L'œuvre de Saint-Martin est nombreux et, à mon opinion, d'une grande unité organique. On pourrait le définir par un titre qui appartient à Martinez de Pasqually, le théurge énigmatique qui fut le premier instituteur du Philosophe Inconnu : c'est un Traité de la Réintégration des Êtres. Mais comme je le dirai peut-être un jour, Saint-Martin prit ailleurs que chez Martinez le chemin du réparateur. Sans doute faut-il trouver le centre de cet œuvre dans quatre livres qui portent en tête le mot Homme. Ce sont l'Homme de Désir (1790), le Nouvel Homme (1792), Ecce Homo (1800), Le Ministère de l'Homme-Esprit (1802). Si j'interprète bien une intention que l'auteur, à son habitude, ne fait que suggérer, j'y puis voir les étapes de la voie spirituelle, depuis l'instant où l'homme, captif du Matériel, reçoit comme une grâce initiatrice le Désir de s'en libérer, jusqu'à celui où il est remis en ses prérogatives. Et qu'il y ait quatre étapes à parcourir, cela ne peut paraître indifférent lorsque l'on sait l'importance reconnue par Saint-Martin à la vertu intrinsèque des Nombres, le Quaternaire étant un signe sensible de mouvement et de régénération — ce que j'expliquerais si j'en avais l'espace.

Je recueille seulement ici, en leur donnant des titres qu'elles n'ont pas dans le texte, des pages du Nouvel Homme. Il y est enseigné l'autocréation de notre être spirituel, dont le réparateur, en son existence humaine, fournit l'exact et vivant modèle ; du nouvel homme, fils de l'homme de désir.

Octave Béliard

Voir aussi :

Biographie d'Octave Béliard

Bibliographie d'Octave Béliard

 

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