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La Lettre sur les rapports de l’harmonie avec les nombres et le Manuscrit d'Alger Dominique Clairembault |
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1 – Un mystérieux livre vert
Le Livre vert est un recueil de textes et de rituels élus coëns. Il est également appelé Manuscrit d’Alger, car c’est dans cette ville que Mme Marguerite Benama en fit l’acquisition avant de le donner à Robert Ambelain (1907-1997). En 1960, ce dernier précisait : « Vers 1955, nous fûmes mis en possession d’un manuscrit de grand format, relié cuir de 180 pages. » [2] Pendant près de quarante ans Robert Ambelain garda jalousement ce texte qui resta par conséquent longtemps inaccessible aux chercheurs. Ce n’est qu’en 1993 qu’il devint enfin consultable. En effet, en mai 1993, soit quatre ans avant sa mort, Robert Ambelain légua ce manuscrit à Bibliothèque nationale de France. Cependant, il assortit ce don de conditions restrictives de diffusion, le document pouvait être étudié, mais il était interdit d’en obtenir une copie. Quelques années plus tard, la clause restrictive fut heureusement levée. Début 1996, Rémi Boyer directeur du Cirem lance le projet d’une édition et c’est la revue L'Esprit des choses qui se chargera de publier les premiers textes en juin sous la plume de Gino Sandri qui dirigea la première équipe de transcription (quarante premières pages du manuscrit). Bien que la Lettre sur l’harmonie et les nombres figure en tête du manuscrit, elle ne fut pas publiée dans cette revue [3] Une simple note signale son absence en ces termes : « Il est à noter que la Lettre sur l’harmonie avec les nombres a été publiée par Robert Amadou, à partir d’une autre source. En effet, en octobre 1977 Robert Amadou a publié ce texte dans la revue Renaissance Traditionnelle. Dans son introduction, il précisait : « Mon édition reproduit le texte d’une copie manuscrite que j’ai découverte en 1969, et qui reste, à ce jour, seule de son espèce. » Il ajoutait plus loin : « Le propriétaire actuel du manuscrit souhaite qu’on taise son nom et qu’une description plus précise de la pièce ne l’expose pas à se voir reconnaître. » [4] On se demande bien quel danger pouvait menacer ce propriétaire ! Certains prétendent que le texte publié alors par Robert Amadou serait une transcription basée sur une version de la Lettre sur les rapports de l’harmonie et les nombres figurant dans le « Fonds Z ». Cette hypothèse ne nous semble guère recevable. En effet, en 1969, année où Robert Amadou découvre ce texte, il ne connaît pas encore ce fonds. Il en annoncera la découverte par une note publiée dans la revue L’Initiation datée du 29 avril 1978. De plus, la liste des documents composant de Fonds Z, publiée dans le Bulletin martiniste n° 6 de septembre-octobre 1986 sous le titre « État sommaire du Fonds Z », ne comporte pas ce document (p. 3-10). Ces éléments nous incitent à penser que le texte publié en 1977 n’est pas celui du Fonds Z. Il est donc plus probable qu’il provienne du Manuscrit d’Alger. En 2002, Georges Courts qui a réalisé la première transcription complète du manuscrit et qui avait fourni ses textes à la revue L’Esprit des choses, s’est penché sur les origines de ce précieux manuscrit. Grâce à ses recherches minutieuses, basées entre autres sur une analyse graphologique, il réussit à établir l’origine de ces textes coëns. Son copiste ne serait autre que le lieutenant–colonel Pierre-André de Grainville (1728-1794). Ce dernier, qui avait servi au régiment de Foix, la pépinière des Élus Coëns entre 1760 et 1770, fut l’un des plus importants et des plus fidèles collaborateurs de Martinès de Pasqually. Pour Georges Courts, ce manuscrit n’étant plus un écrit anonyme, il conviendrait d’appeler dorénavant le texte déposé à la Bibliothèque nationale Manuscrit de l’Ordre des Élus coëns, noté par un émule de Martinès de Pasqually, Pierre-André de Grainville ou Manuscrit de Grainville. Soulignons cependant que le document original porte une inscription qui lui a donné son nom, à savoir « livre verd » en français moderne « livre vert ». 2 – La Lettre sur l’Harmonie Il y a quelques mois, nous envisagions de retranscrire ce texte peu connu de Louis-Claude de Saint-Martin. A la même époque, nous apprenions que Georges Cours en avait réalisé une complète transcription. Jugeant inutile de refaire ce qui l’était déjà, nous demandions alors à son transcripteur l’autorisation de mettre son travail sur le site que nous avons consacré au Philosophe inconnu, ce qu’il accepta aussitôt. Nous le remercions de cette générosité, elle permettra à plus d’un chercheur de pouvoir enfin travailler sur ce texte étonnant. Si ce texte est anonyme, sa thématique autant que son style, révèlent la main qui en teint la plume. Il est frappant de constater que le Lettre reprend de nombreux éléments figurant dans le septième chapitre des Erreurs et de la vérité. Soulignons qu’elle en suit à peu près plan et utilise les mêmes arguments. On remarque qu’elle utilise un vocabulaire type du Saint-Martin des débuts, avec des termes comme « la Cause active et intelligente », terminologie disparaît dans les écrits ultérieurs du Philosophe inconnu. Ces éléments nous inclinent à penser que la Lettre sur les rapports de l’harmonie avec les nombres pourrait dater de la période coën de Saint-Martin (1772-1782). Pour Georges Courts, ce document pourrait même être antérieur à 1772, compte tenu des dates qui figurent dans le manuscrit (référence aux extraits des lettres de Martinès de Pasqually) et du fait que Saint Martin était déjà familiarisé avec la philosophie des élus coën. Le texte se présente comme une lettre,
mais cette dernière a-elle été écrite
pour un destinataire particulier, en l’occurrence Pierre André de
Grainville, ou était-ce un écrit que Saint-Martin destinait à une éventuelle
publication ? N’a-t-il également écrit en 179(4), à la
demande de certains de ses compagnons, une Lettre à un ami,
ou considération
politiques philosophiques, et religieuses sur la Révolution française !
[5] On pourrait aussi voir dans son titre même un rappel a la « Lettre
sur la musique Française » publiée par Jean-Jacques
Rousseau en 1753. Quoiqu’il en soit cette lettre semble
s’adresser à un
membre de l’ordre des Élus coëns. De nombreux détails,
notamment le terme « notre escalier » qui fait référence à une
cérémonie de réception au grade d’élu
Coën, voire de Réau-Croix (cf. les deux diplômes de
Jean Baptiste Willermoz du 23 mai 1767 et mai 1768), ainsi que certaines
allusions voilées, montre la haute qualité de son destinataire
dans l’Ordre des Elus Coën. Dominique Clairembault 3 – Document
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