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Musique et harmonie chez Saint-Martin (suite)
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2 – Musique et nombres
La réflexion de Saint-Martin sur ce sujet s’inscrit essentiellement dans deux registres. Le premier, s’appuyant sur une arithmosophie enracinée dans la cosmogonie martiniste, analyse les aspects symboliques de la musique. Le second souligne les vertus et les destinations de cet art, en en présentant les pouvoirs subtils, voire magiques. Ces deux points de vue parsèment les écrits du Philosophe inconnu d’une manière plus ou moins organisée. Les aspects symboliques dominent dans ses premiers écrits, Des erreurs et de la vérité ou la Lettre sur l’harmonie qui, bien que non datée appartient probablement à cette période [18]. Les écrits plus tardifs, L’Homme de désir ou De l’esprit des choses, évoquent plutôt et les vertus et propriétés de la musique. 3 – Aspects symboliques
Comme on le voit, et c’est l’une des caractéristiques essentielles de son analyse, Saint-Martin tente de faire coïncider les principes de son système cosmogonique avec ceux de l’harmonie musicale. Sa démonstration repose sur une vision du monde qui trouve son origine dans les enseignements de son premier maître, Martinès de Pasqually. Ses arguments, dans lesquels l’arithmosophie occupe une place importante, ne peuvent s’entendre réellement que par ceux qui ont une connaissance de la doctrine des Élus-coëns. Notons que le rapport établi par le Philosophe inconnu entre l’harmonie et les nombres semble l’éloigner des idées de Rousseau pour le rapprocher de celles de Rameau. Dans sa Lettre sur l’harmonie et les nombres, tout comme dans Des erreurs et de la vérité, Saint-Martin développe son argumentation à partir d’une réflexion sur l’accord parfait, qu’il présente comme étant l’image de la Création, avant que son harmonie ne fusse détruite par la dissonance d’une double chute, celle des premiers anges, suivie de celle d’Adam. Le sujet de l’accord parfait est pour lui l’occasion de mettre en évidence un principe essentiel : le rapport intime de l’unité divine avec le nombre quatre. L’accord parfait « porte le nombre 1, en ce qu'il est le seul et unique, qu’il est entièrement rempli de lui-même et qu'il est inaltérable dans sa valeur intrinsèque comme l'unité » (LR, p. 2) [19]. Saint-Martin précise qu’il « est composé de quatre sons qui renferment entre eux trois intervalles » (LR, p. 2). Dans Des erreurs, il énonce que les « trois premiers sons qui le composent sont séparés par deux intervalles de tierce » (EV, p. 508) –tierces qui « se trouvent surmontées d’un intervalle de quarte dont le son qui le termine se nomme Octave » (EV, p. 509).
La dissonance apportée par la Chute va briser cette harmonie primordiale, et la Création va passer sous la domination du nombre sept. L’accord de septième est pour le Philosophe inconnu celui de la dissonance, et le retour à l’harmonie ne pourra se produire que par le passage à l’accord parfait, grâce auquel les êtres peuvent trouver leur repos « dans l’unité qui est leur source » (EC, p. 171). C’est le passage par l’octave, que Saint-Martin associe au Christ, le « réparateur », qui conditionne un retour possible à l’équilibre : « l’oreille ne se trouve pas en repos sur le septième de ces sons, mais seulement lorsqu’elle est parvenue jusqu’au huitième » (LR, p. 5). En dehors des aspects techniques de l’harmonie, le Philosophe inconnu s’interroge également sur la fascination qu’exercent musique et spectacle sur l’homme. Dans De l’esprit des choses, il présente cet attrait comme une sorte de réminiscence de la véritable destination de la musique. Plus ces spectacles « tiennent de l'ordre merveilleux et sur-temporel et plus ils le charment ; c'est-à-dire que, plus ils tiennent à cet état d'admiration qui le sort du temps ; et l'approche de sa région primitive, active et pleine de prodiges et plus il se trouve dans son élément naturel » (EC, p. 182). Les spectacles mettent en action sous les yeux de l’homme les principes de la Création et des forces antagonistes qui la meuvent. Si la musique y tient la première place, c’est parce que dans l’ordre de la Création, le Verbe a précédé la lumière, « le son précède la lumière » (EC, p. 180).
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