espace_vide

Notes

  1. Gence connait-il aussi bien qu’il le dit Prunelle de Lière au point de se tromper sur son prénom qui n’est pas Auguste mais Léonard Joseph et d’omettre de mentionner sa profession avocat ?
  2. Albin Gras, précise « qu’il fut élu en 1793 administrateur de la commune de Grenoble, devint ensuite membre du corps législatif et se fixa à Paris. » (Deux années de l’histoire de Grenoble depuis la suspension de Louis XVI (10 août 1792) jusqu'à la chute de Robespierre (9 thermidor an 2 (27 juillet 1794), Grenoble, Bulletin de la Société statistique de l’Isère, 2e série, t. I, 1851.
  3. Gence fait-il ici référence aux publications des traductions de Boehme dont Prunelle n’aurait pas partagé l’intérêt ? Cela semble invraisemblable lorsqu’on sait les efforts qu’il déploya pour cela ainsi que le démontre sa correspondance. Notons que Gence ne parle pas de l’affiliation de Prunelle à la franc-maçonnerie et aux C.B.C.S.alors que ces éléments ne sont pas confidentiels, en effet, Jean-Joseph Mounier évoque ces points dans De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la révolution de France, 1801, Tübingen.
  4. Principes d'Anthropologie (brochure in-8°), 1826. Des circonstances particulières l'ont engagé à ne pas y attacher son nom.
  5. Il lui apporta probablement l’aide financière nécessaire à la publication de ses recherches sur l’Imitation. Jean-Baptiste-Modeste Gence a publié en 1832, Nouvelles considérations historiques et critiques sur l’auteur de l’Imitation de J.-C., . Le livre est dédié au Marquis et la Marquise de Fortia d’Urban.
  6. Gence se réfère probablement à la période qui suit 1815. En effet, après avoir été sous le contrôle de la France depuis le Premier Empire, au sein des "Provinces illyriennes" elles étaient repassées sous la domination de l’Autriche à la suite du traité de Vienne en 1815.
  7. Il est ami avec les Périer, une grande et puissante famille du Dauphiné. Il était lié plus particulièrement avec Augustin Charles Périer (1773-1833), né à Grenoble comme lui, négociant et industriel qui fut Député de l'Isère en 1827 . Prunelle de Lière fera de lui son exécuteur testamentaire. (Voir, Barral Pierre, Les Périer dans l'Isère au XIXe siècle, P.U.F., Paris 1964 et Wolff Jacques, Les Périer, la Fortune et les Pouvoirs, Economica, Paris 1993.)
  8. Edition augmentée..

Léonard Joseph Prunelle de Lière (1740-1828)

J.B.M. Gence

Extrait de la Biographie universelle ancienne et moderne, Supplément, t. 72e, Paris, Michaud, 1843, p. 3-4.

livreLiere (Auguste Prunelle de [1]), naquit à Grenoble en 1740, d'une famille qui lui fit donner une bonne éducation. Il acquit des connaissances dans l'économie industrielle et la politique. Devenu maire de Grenoble [2], il arrêta lors d'une insurrection, le peuple qui venait piller un magasin public, et lui présenta courageusement sa tête. Élu membre de la Convention, il y soutint constamment le parti modéré, et vota l'exil de Louis XVI, comme mesure de sûreté, jusqu'à la paix générale, afin de sauver, a-t-il dit, les jours de la victime. Son Opinion, dans ce procès, a été imprimée, 1792, in-8°. Il était l'ami intime de Claude Saint-Martin, qu'il seconda dans ses travaux littéraires et philosophiques, mais sans enthousiasme ni passion [3]. Ses connaissances dans la haute chimie et dans la science qui a pour objet la théosophie, purent servir utilement aux recherches relatives à l'anthropologie, publiée par son ami Gilbert, depuis la mort de Saint-Martin [4].

Aussi bienveillant que studieux, et tout-à-fait dégagé de la politique, il s'occupa dans sa retraite de la composition de différents écrits sur la vie spirituelle et des moyens de faciliter à ses amis les études concernant la morale et la religion épurée de tout ce qui peut l'obscurcir et l'égarer. C'est ainsi qu'il prit part à tout ce qui se rapportait à l'auteur de l'Imitation, soit en recherchant ou même en procurant des éditions ou, des manuscrits, soit en donnant de judicieux conseils sur ce livre, qu'il attribuait surtout à Gerson, avec le rédacteur de cet article [5].

dessinSous le règne impérial, lorsque la France s'étendait jusqu'en Illyrie [6], les fonds que Lière tenait de ses pères avaient été placés dans l'exploitation des mines. Ses connaissances chimiques l'avaient mis en rapport avec leur directeur, comme ses connaissances politiques avec plusieurs fonctionnaires distingués [7], ses moyens s'étaient accrus et il avait formé cabinet de monuments de l'art et de tableaux, mais dont les sujets religieux et moraux furent l'objet principal, comme le fond de sa bibliothèque était la philosophie de l'histoire et la théosophie.

La chute de l'empire ayant réduit la France à ses anciennes limites, les pertes que de Lière éprouva le forcèrent de vendre une grande propriété qu'il possédait dans le faubourg Saint-Marceau. Cependant ses idées religieuses s'étaient fortifiées : frappé de l'explication des prophètes, par les Pères de l'Église, il commença par traduire les psaumes du prophète-roi : l'hébreu ne lui était point étranger et il sut fréquemment en saisir l'esprit ; ses traductions sont dirigées vers ce but. Plein d'admiration pour le livre de L’Imitation, il vit dans Gerson et dans ses œuvres une grande lumière, venue après 1500 ans renouveler et réfléchir l'esprit évangélique. Notre vénérable ami ayant fixé sa retraite dans une petite habitation du faubourg Saint-Germain, avec quelques livres et estampes, y mourut à l’âge de quatre-vingt-huit ans, en 1828.

Lière avait été l'éditeur des Quarante questions de l'âme, par Jacob Boehme (dit le philosophe teutonique), 1807, in-8° ; de la Triple vie de l'homme, par le même, 1809 ; ainsi que d'une Explication, par un Israélite.

On a de lui :

  1. Une traduction française des Psaumes, dans le sens spirituel, appliqués principalement à Jésus-Christ, d'après saint Augustin et l'hébreu, avec de seyantes notes, 1821, in-12, son français a souvent la concision du latin.
  2. Considérations sur les quatre Évangiles, 1822, in-8°.
  3. Prophéties d'Isaïe, traduites en français, avec des notes, 1823, in-8°.
  4. Pensées et considérations morales et religieuses, contenant des aperçus spirituels d'un haut intérêt, et des vues sur le caractère de plusieurs personnages contemporains, deux éditions, 1824 et 1826 [8]. Il professe, dans ses Considérations, les principes du chancelier Gerson, sur la puissance (voy. Gerson, XVII, 225).
  5. Les quatorze épîtres de saint Paul et les Sept épîtres catholiques, traduites en français, avec des notes, 1825, in-8°. L'auteur, plein de l'Écriture, l'explique par elle-même avec une foi vive, et une métaphysique profonde, qui, dans l'expression, joint la précision et la force à la concision et la clarté.

G—CE [Gence]