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  1. Source du document : Bibliothèque municipale de Lyon Mss 5 959. Ce texte a été publié par Papus en 1902 dans Louis-Claude de Saint-Martin. Robert Amadou en a donné une transcription qui corrige les erreurs de Papus dans la revue Renaissance Traditionnelle n° 52, 1981.
    Nous avons découpé le texte en paragraphes plus courts pour faciliter la lecture à l'écran.
  2. C'est dans son domaine de Buzancy, dans le Soissonnais, qu'Amand Marie Jacques de Chastenet de Puységur (1751-1825) dit Marquis de Puységur, colonel d’artillerie pratique la magnétisme.
  3. Elisabeth Dubourg, dite aussi, « la présidente ». Saint-Martin se considérait comme son fils adoptif. Sur les Dubourg, voir Lettres aux Dubourg, publiées par R. Amadou, s.n., Paris 1977.
  4. Saint-Martin fait probablement allusion ici à ses deux petits traités : Réflexions sur le magnétisme et Du somnanbulisme et des crises magnétiques. Ces textes ont été publiés par par Robert Amadou dans Trésor Martiniste, Paris, 1969, Villain et Belhomme-Éditions Traditionnelles
  5. Le Dr Giraud de Turin, Elus coën et Grand profès (a serpente), était le représentant de Willermoz en Italie.

Lettre de Saint-Martin à Willermoz du 24 déc. 1784

 

Paris le 29 décembre 1784 [1]

Quoique j'ai chargé le Mtre Paganici T. Ch. Me [Très cher maître], de vous souhaiter de ma part une bonne année, à vous et à tous les vôtres, je me fais un plaisir de vous renouveler moi-même l'assurance des sentiments que je vous ai promis solennellement de garder pour vous toute ma vie. Ce n'est pas que vous me gâtiez par de trop fréquents signes de souvenirs. J'espérais qu'étant plus libre depuis que, vous avez laissé le commerce, vous pourriez plus souvent que par le passé me donner de petits rafraîchissements d'amitié, mais mon marché est fait avec vous sans réserve et sans restriction et je vous aimerai jusqu'au tombeau de quelque manière que vous me traitiez.

Je voudrais être moins paresseux, je vous faisais un long détail de ce que j'ai vu à Buzancy [2] et dont je n'ai parlé à la mère [3] qu'en courant. En somme, un jeune homme sourd depuis quinze ans mais complètement guéri en huit jours à entendre comme vous.

Ce même homme guérissant ensuite en quatre jours une femme rongée d'une sciatique épouvantable depuis nombre d'années et la mettant en état de marcher et de se servir de tous ses membres ce même homme attaqué le lendemain de cette cure, d'une maladie de nerfs mêlée de paralysie universelle et de catalepsie et guéri en huit jours au point d'avoir une force double de celle antérieure, un usage plus parfait de tous ses organes qui tous avoient été altérés dès sa jeunesse et enfin d'avoir crû de près d'un pouce dans ce court intervalle.

Tout son pays est dans l'admiration, je ne vous parle point de mille autres petits faits dont j'ai été également témoin mais je dois ajouter que toutes ces cures avec tous leurs symptômes sont annoncées par les malades eux-mêmes plusieurs jours d'avance et je n'ai vu aucune de ces annonces qui ne soit arrivée à l'heure dite et avec toutes les circonstances indiquées. Je ne me suis mêlé en rien de tous ces traitements. J'assistais, j'aidais seulement à prêter les secours ordinaires qu'on donne à tous les malades mais je ne magnétisais point, mon physique ne me paraissant pas assez robuste pour cela.

En revanche j'ai beaucoup observé et je me suis rendu de tous ces phénomènes un compte suffisant pour croire que la raison n'ait point à s'en plaindre. Rien de cela ne paraîtra dans le public. Ce n'est pas dans l'état de combustion où sont les choses que les idées froides comme les miennes peuvent trouver place et cela restera dans le portefeuille avec beaucoup d'autres choses [4]. Si quelque jour nous ne faisons pas comme les montagnes qui ne se rencontrent point, je vous communiquerai ces observations magnétiques.

De votre côté si vous jugez à propos de me mettre au fait de l'état des choses en votre ville je suis prêt à vous entendre. Fait-on des cures par les procédés admis dans votre école ? Êtes vous content des succès ? Voilà des choses que vous pouvez me dire.

Quant à ce que le Mtre Giraud [5] a bien voulu me confier d'après l'aveu de votre société, je vous avoue que j'en crains les suites ou plutôt je vois que la chose ne peut pas rester au point où elle me parait être d'après l'exposé qu'on m'a fait. Elle montera ou elle descendra. C'est à l'évènement à m'instruire. Vous ne doutez pas que j'aimasse mieux la voir monter, alors elle serait tout à fait spiritualisme et il n'y aurait plus besoin d'image, chose dont je souhaiterais que l'on pût se passer. Je pense tout haut avec vous, mon cher Mtre mais je ne tiens point à mes idées et j'attendrai tranquillement les vôtres.

Quant à l'objet principal je persévère plus que jamais dans mon goût pour la retraite et l'obscurité. Je trouve que c'est là où je me parfume le mieux de cette huile de joie dont parlent Isaïe et St Paul. S’il plait un jour à la sagesse suprême de m'employer à autre chose, je ferai en sorte qu'elle me trouve prêt. Si elle ne le juge pas à propos. Sa volonté soit faite !