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Joseph Gilbert (3)

Hyères, la tour Sainte BlaiseRevenu en France en 1820, il entra au secrétariat de l'École de Médecine comme chef des bureaux et y resta jusqu'en 1826. A cette époque, la vie des champs et une exploitation agricole l'attirèrent à Hyères, sous le beau ciel de la Provence, mais les événements le ramenèrent à Paris au bout de quelques années et bouleversèrent de nouveau tous ses projets d'avenir.

Renonçant aux entreprises industrielles qui, jusqu' alors, lui avaient si mal réussi, il commença, en 1835, avec le concours de plusieurs savants, la publication d'un Dictionnaire de Physique et de Chimie qui devait avoir plusieurs volumes in-4° ; mais la déconfiture du libraire Marne qui en était l'éditeur arrêta la publication aux trois quarts environs du premier volume et, pour comble de malheur, l'incendie de la rue du Pot de Fer détruisit, peu après, tout ce qui restait en magasin.

Enfin, depuis le mois de mars 1837 jusqu'à sa mort, il a été chargé de rendre compte des débats de l'Académie des sciences dans la Gazette de France et ses connaissances variées l'on mis à portée de s'acquitter de cette tâche d'une manière distinguée. Cette position modeste, jointe au produit de quelques travaux de sa plume, aurait suffi à ses désirs si elle lui eût permis de consacrer plus de temps à l'ouvrage de longue haleine dont il n'a pu tracer que l'Introduction. Mais les besoins sans cesse renaissants de la vie et l'altération de sa santé qui avait été, jusqu'à ces dernières années, d'une vigueur remarquable ont mis obstacle à l'accomplissement de ses projets et, le 23 décembre 1841, il a été frappé d'une attaque d'apoplexie qui a terminé, le lendemain, cette longue série d'épreuves dont on vient de voir le tableau fort abrégé.

Il faut convenir, toutefois, qu'il a pu imputer à lui-même une partie des revers qui ont signalé son existence. Il est rare, en effet, que le savant et l'homme de lettres possèdent les qualités nécessaires pour réussir dans l'industrie et Mr Gilbert avait toujours avec lui un grand ennemi de sa fortune. C'était son caractère confiant et désintéressé. Heureusement, sa haute philosophie lui offrit constamment une ressource et, à l'adversité, il sut opposer la résignation tout en conservant ce fonds de gaîté et de rare bienveillance qui lui ont valu tant d'amis.

Quoique la philosophie ait été l'objet habituel de ses recherches, il avait étudié d'une manière plus ou moins approfondie, les principales branches des sciences naturelles. Il s'est occupé notamment avec ardeur du magnétisme animal et a été fort lié avec Puységur, Deleuze et autres magnétiseurs célèbres. Il a vécu aussi dans l'intimité de Fabre d'Olivet, auteur de La Langue Hébraïque restituée, qui a poussé fort loin des études sur le magnétisme.

En 1826, Mr Gilbert a publié ses Principes d'Anthropologie (brochure in-8°) mais les circonstances particulières qu'il serait sans intérêt de rapporter l'ont engagé à ne pas y attacher son nom.

En 1839 (époque où Mr C. Aubanel a fait sa connaissance à Paris pour parler de Saint-Martin) et 1840, il a publié, en société avec Mrs Martin et Marchai, docteurs en médecine, un précis d'histoire naturelle formant deux volumes in-8°.

L'essai de J. Gilbert, éd. Bélisane 1977Depuis, tous ses loisirs ont été consacrés à l'Essai qu'on va lire [1] et qu'il a terminé peu de jours avant sa mort. On regrettera, sans doute, qu'il n'y ait pas donné quelques détails sur Martinez de Pasqually et son école et cette lacune est d'autant plus fâcheuse qu'il n'a laissé aucune note sur ce sujet ni sur les autres objets énoncés dans le titre de l'ouvrage. Pour le simple récit des faits, il se rapportait à son excellente mémoire et il comptait d'ailleurs qu'il lui serait encore accordé de longs jours pour l'achèvement de son oeuvre.

Peut-être essayerai-je, plus tard, de suppléer, autant que possible, à son silence, car ces détails historiques ont été fréquemment le sujet de nos entretiens et, guidé par le pressentiment de ce qui est arrivé, j'en ai tenu note exacte. Mais quand me sera-t-il donné d'accomplir cette tâche ? C'est ce que je ne saurais dire. Ces souvenirs ne peuvent, en effet, s'isoler des nombreux documents que j'ai recueillis moi-même, dans de longues recherches sur l'histoire de la Théurgie et de tout ce qui s'y rattache. Il s'agit, dès lors, d'un travail dont j'aperçois bien l'étendue et la difficulté mais dont je ne puis assigner le terme.

Quoi qu'il en soit, l'Essai, de Mr Gilbert ne peut manquer d'être bien reçu par les personnes livrées à ces études sérieuses et surtout par ses amis qui savent qu'il cherchait consciencieusement la vérité pour elle-même et que, s'il avait des imperfections, il était du moins à l'abri des séductions de l'amour-propre, l'un des plus dangereux ennemis de la vérité.

Paris, le 28 octobre 1842

Signé F. Chauvin, Avocat.

Notes :

[1] Rappelons que ce texte a été écrit pour servir d'introduction à l'Essai sur le spiritualisme de Joseph Gilbert. En 1977, les éditions Bélisane, de Nice, ont donné une édition de ce texte, avec une introduction et des notes de Charles Albert Reichen.

Sur Joseph Gilbert, lire :

— « Joseph Gilbert », par Eugène Susini, Les Cahiers de Saint-Martin, vol. V, Nice, Bélisane, 1984.
— Deux amis de Saint-Martin, Gence et Gilbert, œuvres commentées, « Documents martinistes », n° 24, Paris, 1982. Cette "édition" comporte l'Essai sur le spiritualisme, précédé d'un fac-similé de la Notice sur la vie de l'auteur par Léon Chauvin.
— À lire également : l'introduction de Charles Albert Reichen au livre de Joseph Gilbert, publié chez Bélisane en 1987.

 


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