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Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte
Ce régime comporte quatre grades symboliques : Apprenti, Compagnon, Maître et Maître écossais de saint André. Après ces grades, on accède à l'Ordre intérieur, celui des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte (C.B.C.S.), qui comporte deux degrés : Écuyer novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. Viennent ensuite des grades secrets, ceux de Profès et de Grand Profès.
Jean-Baptiste Willermoz écrit des textes d'instructions destinés aux membres, notamment ceux de Profès et de Grand Profès, dans lesquels la doctrine de la réintégration occupe une place fondamentale (4). Lorsqu'on étudie ces rituels et instructions du Régime écossais rectifié, on ne peut s'empêcher de se demander si le disciple lyonnais de Martinès de Pasqually n'a pas dépassé le maître. Il réussit en effet à créer une structure symbolique et rituelle maçonnique cohérente, appuyée sur une doctrine spécifique. Quoi qu'il en soit, il est incontestable qu'au moment où, suite à disparition de Martinès de Pasqually, l'ordre des Élus coëns s'éteint, la doctrine de son fondateur va connaître une certaine pérennité grâce au Régime écossais rectifié (R.E.R.). Certains historiens, comme Robert Amadou, vont jusqu'à voir dans cet ordre, le joyau de la franc-maçonnerie, un rite qui se veut chrétien et spiritualiste. L'Ordre accueille essentiellement des membres de la bourgeoisie, des négociants, des membres du haut clergé et des aristocrates. Il connaît un essor rapide dans le Dauphiné, la Savoie, la Bourgogne, l'Alsace et l'Europe. Cependant, son évolution va être freinée par l'apparition du magnétisme.
Le magnétisme
À la fin de 1783, le mesmérisme commence à se répandre à Lyon. Les vertus thérapeutiques du fluide magnétique, mises en évidence par Mesmer, passionnent. Le magnétisme prend rapidement une nouvelle orientation grâce aux découvertes du marquis de Puységur. Ce dernier a en effet constaté qu'un sujet plongé dans un sommeil magnétique devient doué d'une clairvoyance surprenante et est capable de répondre à des questions touchant aux choses de l'invisible. Tous ceux qui sont portés vers l'ésotérisme, et au premier plan les anciens Élus coëns, sont donc séduits par le côté spectaculaire de cette pratique. Ils voient là un moyen nouveau, et surtout plus simple que la théurgie de Martinès, pour dialoguer avec l'invisible. Jean-Baptiste Willermoz n'échappe pas à l'engouement général. Dès 1784, il participe à la société magnétique La Concorde, fondée à Lyon par le Dr Dutrech. Saint-Martin lui-même, en février 1784, sera reçu dans L'Harmonie de Mesmer, à Paris. À la même époque, en octobre 1784, Cagliostro, qui s'est installé à Lyon, fonde la Loge La Sagesse triomphante, qui marque la naissance de la maçonnerie égyptienne. Jean-Baptiste Willermoz sera très critique envers le fondateur de ce rite, qu'il considère plus ou moins comme un charlatan.
L'Agent Inconnu
Au cours des années 1783 à 1788, Jean-Baptiste Willermoz se passionne pour le magnétisme. Cet épisode le détourne pour un temps de ses préoccupations antérieures. Il est convaincu qu'il tient là un nouvel instrument pour mener à bien sa quête. Il magnétise en suivant les procédés de Puységur et utilise Mlle Rochette pour médium (5). Cependant, après l'engouement de départ, il s'avoue déçu. Les choses prennent un nouveau tournant lorsque le 5 avril 1785, on lui apporte une série de cahiers écrits à son intention par un mystérieux « Agent Inconnu ». Un médium, plongé dans un sommeil magnétique, la main guidée par l'invisible, est l'auteur de ces textes étranges. Ces messages demandent à Willermoz de fonder un groupe secret : la Société des Initiés. La vocation de cette société est de devenir le « centre général de la lumière des derniers temps et de la parfaite et primitive initiation » (6). Jean-Baptiste Willermoz voit là comme une récompense à ses efforts antérieurs. Enthousiasmé, il organise, dans le quartier des Brotteaux, une loge pour cette nouvelle société, la loge Élue et Chérie de la Bienfaisance.
4. Les rituels et instructions des premiers degrés du Rite écossais rectifié ont été publiés aux éditions Christian GUIGUE en 1993-1994 (avec des notes de Christian Guigue), et par Hugues D'AUMONT aux éditions Trédaniel en 1995. Certaines instructions des grades supérieurs ont été publiées par : STEEL-MARET, Archives secrètes de la franc-maçonnerie, collège métropolitain de France à Lyon, province dite d'Auverge, 1765-1852, Paris, 1893-1896, réédité en 1985 chez Slatkine (Écuyer novice) ; Paul VULLLIAUD, Joseph de Maistre mystique, suivi de Pièces inédites, Paris-Milan, Archè, 1990 (Profès) ; Antoine Faivre, en appendice de La Franc-Maçonnerie templière et occultiste de René LE FORESTIER, op. cit. (Grand Profès).
5. À propos de ces séances de magnétisme, voir Jean-Baptiste Willermoz (1730-1825), Les Sommeils, étude d'Émile DERMENGHEM, Paris, La Connaissance, « Les documents ésotériques », 1926. Une partie des « sommeils » de Mlle Rochette est conservée au Musée Gardagne de Lyon, Ms 5478.
6. Lettre de Willermoz au duc Ferdinand de Brunswick du 30 juillet 1785, dans Episodes de la vie ésotérique 1780-1824, Gérard van RIJNBERK, Lyon, Derain, 1948, p. 63.
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