Sommaire < Amis
et disciples < Précédente
Claire Lenoir-Laroche
L'épouse de Jean-Jacques Lenoir-Laroche, Claire (1762-1821), est parfois présentée comme l'une des plus zélés disciples de Saint-Martin. Cette qualification semble quelque peu excessive, car le Philosophe inconnu n'évoque guère son nom, même si dans Mon portrait, il la présente comme « sa bonne amie », « une des femmes des plus vertueuses » qu'il ait connues ( Mon portrait…, op. cit., n° 976).
Née Claire Reguis à Grenoble, en 1762, elle est parfois présentée comme une illuminée, au sens péjoratif du terme. Il semble en effet qu'avec le temps, ses qualités vertueuses se soient transformées en une forme d'exaltation dépassant le raisonnable. C'est à la création du Calvaire des lauriers qu'elle doit sa notoriété. En effet, en 1817, elle fait entreprendre la construction d'un sanctuaire dans le parc qui jouxte la propriété de la Colinière à Aulnay, « dans ce désert où la douleur avait trouvé le salut, la consolation et l'espérance ». Ce monument est « élevé au nom des mères, des veuves, des sœurs et des orphelines des guerriers français, sous l'invocation de la Vierge sainte, mère des affligés, à la gloire du Très-Haut, par la gloire de la Croix » [2] . Avec le temps, il connaîtra de nombreuses extensions, avec des dômes, des arcs et des portiques, pour devenir finalement le Calvaire des lauriers. Claire Lenoir-Laroche fonde bientôt une congrégation, l'Institution des dames du Calvaire, consacrée au service des malades et des pauvres, et à l'instruction des jeunes personnes.
![]() |
Le Calvaire
des Lauriers, « élevé au
nom des mères, des veuves, des sœurs et des orphelines des guerriers
français, sous l'invocation de la Vierge sainte, mère
des affligés, à la gloire du Très-Haut, par la
gloire de la Croix » |
Le Calvaire des lauriers fait l'objet de processions exaltées, au point que les autorités en sont bientôt alertées. Le sous-préfet de Sceaux, le maire de Châtenay et le gouverneur des Invalides réclament l'arrêt de ces cérémonies. Le rapport de police qui est alors établi fait état de scènes « fort scandaleuses », où « la décence est peu respectée », sans toutefois préciser la nature de ces excès. Il semble que la décence en question soit probablement à rattacher aux idées politiques exprimées par Claire Lenoir-Laroche lors des discours ponctuant les cérémonies des dames du Calvaire. Le rapport de police concernant celle du 25 septembre 1820 signale que les nombreuses inscriptions qui tapissent le lieu sont « de nature à exalter l'imagination dans un sens contraire au gouvernement ». Cependant, si, comme le précise Robert Amadou, « on rencontre chez Mme Lenoir-Laroche beaucoup de vérités chrétiennes : la prière, la piété, la ferveur […], le don de sagesse manque à l'illuminée du Calvaire […] » et elle « verse dans un dolorisme suspect » [3]
Le comte Lenoir-Laroche ne semble guère apprécier les engagements et les débordements mystiques de son épouse. Ne voulant pas risquer sa carrière politique à cause de ses excès, il finit par interdire les activités du Calvaire en 1820. Claire meurt l'année suivante, le 26 décembre 1821, et le mémorial est vite laissé à l'abandon. La croix qui ornait le Calvaire a été démontée ; elle se trouve à présent dans le chœur de l'église de Châtenay. Il semble qu'au début des années 1900, on pouvait encore voir les ruines de ce monument. Outre sa Description du Calvaire des lauriers qu'elle publia en 1820, on doit à Claire Lenoir-Laroche La Grèce et la France ou Réflexions sur le tableau de Léonidas de M. David (1815). Elle a également laissé un manuscrit sur l'interprétation mystique de la fable de l'Amour et Psyché.
Dominique Clairembault
Notes :
[2] Description du Calvaire des lauriers, monument élevé au nom des mères, des veuves, des sœurs et des orphelins des braves guerriers français, sous l'invocation de la Vierge sainte, mère des affligés, à la gloire du Très-Haut, par la gloire de la Croix , Paris , 1820.
[3] Robert AMADOU « Le Calvaire des lauriers de Madame Lenoir-Laroche », Trésor martiniste , Paris, Villain et Belhomme – Éditions Traditionnelles, 1969, p. 185-228.
© Les textes, documents et illustrations publiés sur ce site sont protégés par un copyright ; leur reproduction, partielle ou intégrale, est interdite.
Sommaire |
Nous écrire ||Haut
page |Amis et disciples| Précédent ![]()